Alors, que faire?

Se cacher ? Et si nous étions tous un peu moins fous que les auteurs ne l’écrivent ? Car pour la première fois, la colère gronde, des pétitions et des manifestes circulent, y compris outre-Atlantique, pour «dénoncer cette psychiatrisation à outrance de nos modes de vie». Au point qu’aux[…]

Fusil à pompe dans des bus à Rouen: faux braquage, vraie violence

Ces actes avaient provoqué la suspension du trafic de la ligne 10 pour quelques jours.

Dimanche 17 février en début de soirée, le chauffeur stoppe son bus à l’arrêt Simone-de-Beauvoir dans le quartier de la Sablière, rive gauche à Rouen. Quand il ouvre les portes, deux hommes vêtus de sweat-shirt à capuche montent à bord. L’un d’entre eux exhibe un fusil à pompe. Le conducteur se lève brusquement. Ses deux jeunes agresseurs prennent aussitôt la fuite sans même avoir commencé à demander la caisse.

Un week-end meurtrier sur les routes de Seine-Maritime

Le chauffeur du 4×4 en cause dans la collision qui a coûté la vie à un couple d’octogénaires bonoxiliens samedi midi à Gonfreville-l’Orcher a été remis en liberté. Cet homme de 34 ans, originaire de la région havraise, avait été placé en garde à vue à la Brigade motorisée après avoir percuté par l’arrière un véhicule roulant à faible allure sur la bretelle de sortie de l’A131, au lieu-dit la Pissotière à Madame. Sa vitesse ne semble pas avoir été excessive selon des premiers éléments à confirmer par des expertises.

Procès de l’assassinat d’Alexandre : 2e acte

Samedi en début de soirée, les deux jeunes majeurs jugés toute la semaine dernière pour l’assassinat d’Alexandre en mars 2012 ont été condamnés à 18 et 20 ans de prison par la cour d’assises des mineurs (ils l’étaient au moment des faits). L’excuse de minorité a finalement été retenue par le jury. À partir d’aujourd’hui, et pour toute la semaine, le tribunal pour enfants de Dieppe va juger à huis clos leurs deux petits frères.

Une rude COMPARAISON NORMANDIE / BRETAGNE… Arthur YOUNG en 1788

Arthur YOUNG (1741- 1820) vous connaissez?

File:Arthur Young (1741-1820).jpg

Cet anglais fut célèbre dans l’Europe entière pour ses méthodes agronomiques et ses recherches agricoles. A partir de 1787, à l’instar de nombreux gentlemen- farmer anglais, il fait en tant que « touriste », plusieurs voyages en France… On retiendra surtout son voyage de 1788: après un débarquement à Calais, il visite les côtes et les campagnes de la Picardie, de la Normandie et de la Bretagne. Il note ses impressions et surtout des observations très précises sur ce qu’il voit: l’état de l’agriculture et de l’industrie, les pratiques culturales, techniques, artisanales, l’état sanitaire ou « moral » des populations, la description lapidaire pleine de vérité des villes et des pays traversés font que le carnet de notes de cet anglais est très précieux pour l’historien qui veut connaître l’état réel de la France à la veille de la Révolution.

Pour nous, on fera surtout le constat amer que la Normandie d’alors était une province riche et développée et que la Bretagne voisine était au contraire plongée dans le sous-développement et la « barbarie »

Les lignes à lire ci-dessous d’Arthur YOUNG sont donc à méditer pour aujourd’hui à l’heure où la Normandie connaît un déclin relatif sinon absolu depuis la fin des belles années qui ont suivi la dernière Guerre mondiale et la Reconstruction: on pensera alors aux conclusions du dernier livre d’Hervé LE BRAS et d’Emmanuel TODD « le Mystère Français » qui fait le constat du rattrapage scolaire réalisé par la Bretagne et l’Ouest français depuis les années 1960…

Alors qu’actuellement, l’illettrisme dépasse 11% dans l’académie de Caen voire 14% dans celle de Rouen, on rappelera que la Normandie traversée par Young en 1788 était la province de France où les paysans (filles et garçons) savaient le plus lire et écrire…

 

(carte du Gouvernement de Normandie datant de la veille de la Révolution éditée par l’académie royale des sciences: la frontière administrative et fiscale entre Haute et Basse Normandie n’apparait pas sur cette carte…)

 

(carte du Gouvernement de Bretagne datant de 1771 mais sur laquelle figure le projet de partage de la Bretagne en 5 départements contresigné par tous les constituants Bretons)


Le texte d’Arthur YOUNG (voyage de 1788, texte tombé dans le domaine public)

http://www.inlibroveritas.net/lire/oeuvre15896-chapitre78445.html

 

ANNÉE 1788

Le long voyage que j’avais fait en France l’année précédente me suggéra une foule de réflexions sur l’agriculture et sur les sources et le développement de la prospérité nationale dans ce royaume. Malgré moi ces idées fermentaient dans ma tête, et tandis que je tirais des conclusions relativement aux circonstances politiques de ce grand pays, dans ce qui touche à l’agriculture, j’arrivais à chaque moment à trouver l’importance qu’il y aurait à faire du tout un relevé exact, autant qu’il est possible à un voyageur. Poussé par ces raisons, je me déterminai à essayer de finir ce que j’avais si heureusement commencé.

 

Juillet 30. – Quitté Bradfield et arrivé à Calais. – 161 milles.

 

Août 5. – Le lendemain pris la route de Saint-Omer. Passé le Sans-Pareil, ce pont qui sert à deux cours d’eau à la fois ; on l’a loué au-delà de son mérite, il coûte plus qu’il ne vaut. Saint-Omer contient peu de choses remarquables ; il en contiendrait encore moins s’il était en moi de guider les parlements d’Angleterre et d’Irlande ; pourquoi forcer les catholiques à chercher à l’étranger une mauvaise éducation, au lieu de leur permettre de fonder des institutions chez nous, où on les élèverait bien ? La campagne se montre plus à son avantage du clocher de Saint-Bertin. – 25 milles.

 

Le 7. – Le canal de Saint-Omer s’élève par une suite d’écluses. Aire, Lillers, Béthune, villes bien connues dans l’histoire militaire. – 25 milles.

 

Le 8. – Le pays change : ce n’est qu’une plaine, admirable chemin sablé de Béthune, jusqu’à Arras. Rien dans cette dernière ville, si ce n’est la grande et riche abbaye du Var, qu’on ne voulut pas me laisser voir : ce n’était pas le jour ou quelque prétexte aussi frivole. La cathédrale n’est rien. – 17 milles 1/2.

 

Le 9. – Jour de marché ; en sortant de la ville, j’ai rencontré une centaine d’ânes au moins, chargés les uns d’une besace, les autres, d’un sac, mais en général de toutes choses peu pesantes en apparence ; la route fourmillait d’hommes et de femmes. C’est véritablement un marché abondamment pourvu, mais une grande partie du travail du pays se perd, au temps de la moisson, pour fournir aux besoins d’une ville qui, en Angleterre, serait nourrie par la quarantième partie de ce monde. Toutes les fois que je vois bourdonner cet essaim d’oisifs dans un marché, j’en infère, une mauvaise et trop grande division de la propriété. Ici, mon seul compagnon de voyage, ma jument anglaise, me révèle par son œil un secret, non des plus agréables : elle se fait aveugle et le sera bientôt. Elle a la fluxion périodique, mais notre imbécile de vétérinaire à Bradfield m’avait assuré qu’elle en avait encore pour plus d’un an. Il faut convenir que voilà une de ces agréables situations dans lesquelles peu de personnes croiront qu’on se mette volontiers. Ma foy ! C’est bien un échantillon de ma bonne veine ; ce voyage n’est guère qu’une corvée que d’autres se font payer pour l’entreprendre sur un bon cheval, moi je paye pour le faire sur un aveugle ; pourvu que je ne paye pas en me cassant le cou. – 20 milles.

 

Le 10. – Amiens. M. Fox a couché ici hier, et la conversation à table d’hôte était fort amusante : on s’étonnait qu’un si grand homme voyageât si simplement. Je demandais quel était son train ? Monsieur et madame étaient dans une chaise de poste anglaise, la fille et le valet de chambre dans un cabriolet ; un courrier français faisait tenir prêts les chevaux de relais. Que leur faut-il de plus que ces aises et ce plaisir ? La peste soit d’une jument aveugle ! Mais j’ai travaillé toute ma vie ; lui, il parle.

 

Le 11. – Gagné Aumale par Poix ; entré en Normandie. – 25 milles.

 

Le 12. – De là à Neufchâtel par le plus beau pays que j’aie vu depuis Calais. Nombreuses maisons de campagne appartenant aux marchands de Rouen. – 40 milles.

 

Le 13. – Ils ont bien raison d’avoir des maisons de campagne pour sortir de cette grande et vilaine ville, puante, étroite et mal bâtie, où l’on ne trouve que de l’industrie et de la boue. En Angleterre, quel tableau de constructions neuves offre une ville manufacturière florissante ! Le chœur de la cathédrale est entouré par une magnifique grille de cuivre massif. On y montre les tombeaux de Rollon, premier duc de Normandie, et de son fils ; de Guillaume Longue-Epée ; de Richard Cœur de lion, et de son frère Henry ; du duc de Bedford, régent de France ; d’Henry V, qui en fut roi ; du cardinal d’Amboise, ministre de Louis XII. Le tableau d’autel est une Adoration des bergers par Philippe de Champaigne. La vie à Rouen est plus chère qu’à Paris ; aussi les gens, pour ménager leur bourse, doivent-ils se serrer le ventre. À la table d’hôte de la Pomme-du-Pin nous étions seize pour le dîner suivant :
une soupe, environ 3 livres de bouilli, une volaille, un canard, une petite fricassée de poulet, une longe de veau d’environ 2 livres, et deux autres petits plats avec une salade ; prix 45 sous, plus 20 sous pour une pinte de vin ; en Angleterre, pour 20 d. (40 sous), on aurait un morceau de viande qui, littéralement, pèserait plus que tout ce dîner ! Les canards furent nettoyés si vivement, que je ne mangeai pas la moitié de mon appétit. De semblables tables d’hôte sont parmi les choses bon marché de France !

 

Parmi toutes les réunions sombres et tristes, la table d’hôte française occupe le premier rang ; pendant huit minutes, un silence de mort ; quant à la politesse d’entamer conversation avec un étranger, on ne doit pas s’y attendre. Nulle part on ne m’a dit un seul mot qu’en réponse à mes questions, Rouen n’a rien de particulier à cet égard. Le parlement est fermé, et ses membres relégués depuis un mois dans leurs maisons de campagne, pour refus d’enregistrer une nouvelle contribution territoriale. Je m’informai beaucoup du sentiment public, et vis que le roi personnellement, depuis son voyage ici, est plus populaire que le parlement, auquel on attribue la cherté générale. Rendu visite à M. d’Ambournay, auteur d’un traité sur la préférence à donner à la garance verte sur la garance sèche ; j’ai eu le plaisir de causer longuement avec lui sur différents sujets d’agriculture qui m’intéressaient.

 

Le 14. – Barentin. Traversé une forêt de pommiers et de poiriers. Le pays vaut mieux que les fermiers. Yvetot, plus riche encore, mais misérablement cultivé. – 21 milles.

 

Le 15. – Même pays jusqu’à Bolbec ; les clôtures me rappellent celles de l’Irlande : ce sont de hauts et larges talus en terre, avec des haies, des chênes et des hêtres en très bon état. Depuis Rouen, il y a une multitude de maisons de campagne qui me fait plaisir à voir ; partout des fermes et des chaumières, et, dans toutes les filatures de coton.
De même jusqu’à Harfleur. Les approches du Havre-de-Grâce indiquent une ville très florissante : les coteaux sont presque entièrement couverts de petites villas nouvelles ; on en élève de plus nombreuses ; quelques-unes sont si près l’une de l’autre, qu’elles forment presque des rues. La ville aussi s’agrandit considérablement. – 30 milles.

 

Le 16. – Il n’est pas besoin d’informations pour s’apercevoir de la prospérité de cette ville ; impossible de s’y méprendre : il y a plus de mouvement, de vie, d’activité que n’importe où j’aie été en France. On a loué dernièrement, pour trois ans, à raison de 600 liv. par an, une maison prise à bail pour dix ans, en 1779, à raison de 240 liv., sans aucun pot-de-vin ; il y a douze ans, on l’aurait eue pour 24 liv. Le goulet, formé par une jetée, est étroit ; mais il s’élargit en deux bassins oblongs, encombrés de plusieurs centaines de navires. Le commerce occupe tous les quais ; tout y est hâte, confusion et animation. On dit qu’un vaisseau de 50 peut y entrer, peut-être en ôtant ses canons. Ce qui vaut mieux, ce sont des navires marchands de 500 et 600 tonneaux. L’état du port a cependant donné de l’inquiétude : si on n’y eût pris garde le goulet se serait vite ensablé, mal qui va s’accroissant, et sur lequel on a consulté beaucoup d’ingénieurs. Le manque d’eau pour chasser ce que la mer apporte est si grand, qu’on a entrepris, aux frais du roi, un magnifique ouvrage, un vaste bassin, séparé de l’Océan par un mur, ou bien plutôt l’Océan lui-même a été emprisonné dans une maçonnerie solide de 700 yards de long, 5 de large, et dépassant de 10 ou 12 pieds le niveau de la haute marée ; et deux autres murs extérieurs, longs de 400 yards, larges de 3 yards, laissant entre eux un espace de 7 yards qu’on remplit de terre.
On espère, au moyen de ce bassin, obtenir assez d’eau pour nettoyer le port de toute obstruction. C’est un travail qui fait honneur au pays.

 

La Seine, vue de cette jetée, est remarquable ; elle a cinq milles de largeur ; de hautes terres forment son horizon sur la rive opposée, et les falaises de craie qui s’ouvrent pour lui laisser porter son énorme tribut à l’Océan sont grandes et pittoresques.

 

Rendu visite à M. l’abbé Dicquemarre, le célèbre naturaliste, chez qui j’ai eu le plaisir de rencontrer mademoiselle Le Masson Le Golft, auteur de quelques ouvrages agréables, entre autres l’Entretien sur le Havre, 1781, quand il ne comptait que 25 000 âmes. Le lendemain, M. de Reiseicourt (Récicourt), capitaine au corps royal du génie, pour lequel j’avais des lettres de recommandation, me présenta à MM. Hombert, qui prennent rang parmi les plus notables négociants de France. On dîna dans une de leurs maisons de campagne, en nombreuse société, de façon très somptueuse. Les femmes, les filles, les cousins et les amis de ces messieurs ont beaucoup d’enjouement, de grâce et d’instruction. L’idée de les quitter si tôt ne me revenait nullement, car leur société me semblait devoir rendre un plus long séjour très agréable. Il n’y a pas de mauvais penchant à aimer des gens qui aiment l’Angleterre, où ils ont été pour la plupart. – Nous avons assurément en France de belles, d’agréables et de bonnes choses ; mais on trouve une telle énergie dans votre nation !

 

Le 18. – Passé à Honfleur sur le paquebot, bateau ponté, qu’un fort vent du nord fit franchir ces 7 1/2 milles en une heure. Le fleuve était plus houleux que je croyais qu’un fleuve pût l’être. Honfleur est une petite ville très-industrieuse, avec un bassin rempli de navires, parmi lesquels des négriers (Guinea-men) aussi forts qu’au Havre.

 

Visité, à Pont-Audemer, M. Martin, directeur de la manufacture royale de cuirs. Je vis huit ou dix Anglais employés là (il y en a quarante en tout). L’un d’eux, du Yorkshire, me dit qu’on l’avait trompé pour le faire venir. Bien qu’ils fussent largement payés, la vie est très chère, au lieu d’être bon marché, comme on le leur avait donné à entendre. – 20 milles.

 

Le 19. – Pont-l’Évêque. En approchant de cette ville, la campagne devient plus riche, c’est-à-dire qu’il y a plus de pâturages ; l’ensemble en est singulier ; ce sont des vergers entourés de haies si épaisses et si bonnes, quoique composées d’osier avec quelques épines, que le regard peut à peine les pénétrer : beaucoup de châteaux épars, dont quelques-uns sont beaux, mais un chemin exécrable. Pont-l’Évêque est dans le pays d’Auge, célèbre par la grande fertilité de ses pâturages. Gagné Lisieux à travers la même riche contrée ; haies admirablement plantées ; le sol est divisé en nombreux enclos et très boisé. Descendu à l’hôtel d’Angleterre, nouvel établissement propre et bien monté ; j’y fus parfaitement traité et servi. – 26 milles.

 

Le 20. – Caen. Le chemin gravit une hauteur qui domine la riche vallée de Corbon, la plus fertile du pays d’Auge. Elle est remplie de beaux bœufs du Poitou, et se ferait remarquer dans le Leicester et le Northampton. – 28 milles.

 

Le 21. – Le marquis de Guerchy, que j’avais eu le plaisir de voir en Suffolk, était colonel du régiment d’Artois, en garnison ici ; j’allai lui rendre visite ; il me présenta à la marquise. Comme la foire de Guibray allait avoir lieu et qu’il s’y rendait lui-même, il me fit remarquer que je ne pouvais rien faire de mieux que de l’accompagner car cette foire était la deuxième de France. J’y consentis ; en chemin, nous passâmes par Bon pour dîner avec le marquis de Turgot, frère aîné du contrôleur général si justement célèbre ; lui-même est auteur de quelques mémoires sur les plantations, publiés dans les Trimestres de la Société royale de Paris. Il nous fit voir, en nous les expliquant, toutes ses plantations ; il se glorifie surtout des plantes étrangères, et j’eus le chagrin de m’apercevoir qu’il songeait un peu moins à leur utilité qu’à leur rareté. Ce travers n’est pas peu commun en France, non plus qu’en Angleterre. Je voulais, à chaque moment de cette longue promenade, amener la conversation des arbres sur la culture ; je fis même plusieurs efforts, mais en vain. On passa le soir au théâtre, jolie salle ; on donnait Richard Cœur de lion ; je ne pus m’empêcher de remarquer le grand nombre de jolies femmes. N’y a-t-il pas un antiquaire qui attribue la beauté, chez les Anglaises, au sang normand, ou qui pense, comme le major Jardine, que rien n’améliore autant les races que de les croiser ; à lire ses agréables voyages, on ne croirait pas qu’il y en ait aucune nécessité, et cependant, en regardant ces filles et en entendant leur musique, on ne saurait douter de son système.
Soupé chez le marquis d’Ecougal, à son château, à la Fresnaye. Si ces marquis de France n’ont pas de beaux produits en blés et en navets à me montrer, ils en ont de magnifiques d’une autre nature, de belles et élégantes filles, portraits charmants d’une agréable mère ; rien qu’à la première rougeur, je déclarai la famille tout aimable ; ces dames sont enjouées, gracieuses, intéressantes ; j’aurais voulu les mieux connaître, mais c’est le destin du voyageur d’entrevoir des occasions de plaisir pour les quitter aussitôt. Après souper, tandis qu’on jouait aux cartes, le marquis m’entretint de choses qui m’intéressaient. – 22 milles 1/2.

 

Le 22. – On vend, à cette foire de Guibray, pour 6 millions (262 500 l. st.) ; à Beaucaire, le montant est de 10. J’y trouvai une quantité considérable d’articles anglais, de la quincaillerie en entrepôt : des draps et des tissus de coton. – Une douzaine d’assiettes communes en imitation française, bien moins bonnes que les nôtres, valent 3 et 4 liv. ; je demandai au marchand (un Français), si le traité de commerce ne serait pas nuisible avec une telle différence. « C’est précisément le contraire, Monsieur ; quelque mauvaise que soit cette imitation, on n’a encore rien fait d’aussi bien en France ; l’année prochaine on fera mieux, nous perfectionnerons, et enfin nous l’emporterons sur vous. » Je le crois bon politique ; sans concurrence, aucune fabrication ne progresse. Une douzaine d’anglaises, à filets bleus ou verts, 5 livres 5 sous. Revenu à Caen dîné avec le marquis de Guerchy, lieutenant-colonel, le major de son régiment, et leurs femmes, nombreuse et charmante société. Visité l’abbaye des Bénédictins, fondée par Guillaume le Conquérant.
Superbe édifice, massif, solide, magnifique, avec de grands appartements et des escaliers de pierre dignes d’un palais. Soupé avec M. du Mesnil, capitaine au corps du génie, pour lequel j’avais des lettres ; il m’a présenté à l’ingénieur chargé du nouveau canal qui amènera à Caen des navires de 3 à 400 tonneaux, bel ouvrage à ranger parmi ceux qui font honneur à la France.

 

Le 23. – M. de Guerchy et l’abbé de *** m’ont accompagné à Harcourt, résidence du duc d’Harcourt, gouverneur de Normandie et du Dauphin. On me l’avait donné comme ayant le plus beau jardin anglais de France ; Ermenonville ne lui laisse pas ce rang, quoique le château y soit moins beau. Trouvé enfin un cheval pour essayer de poursuivre mon chemin un peu moins en Don Quichotte ; il ne me convint pas, il bronchait à chaque pas, était cher, et on demandait le prix d’un bon ; nous continuerons ensemble, mon aveugle ami et moi. – 30 milles.

 

Le 24. – Bayeux ; la cathédrale a trois tours, dont une est très légère, très élégante et richement sculptée.

 

Le 25. – Passé à Isigny, sur la route de Carentan, un bras de mer qui est guéable. En arrivant dans cette dernière ville, je me trouvai si mal par suite, je crois, de rhumes négligés, que j’eus peur de tomber malade ; je m’en ressentais dans tous mes membres, j’étais accablé d’une pesanteur générale. Je me couchai de bonne heure, et une dose de poudre d’antimoine provoqua chez moi une transpiration qui me soulagea assez pour reprendre mon voyage. – 23 milles.

 

Le 26. – Valognes ; de là jusqu’à Cherbourg le pays est très boisé et ressemble au Sussex. Le marquis de Guerchy m’avait prié de rendre visite à M. Doumerc, cultivateur très entreprenant, à Pierre-Buté près Cherbourg ; je le fis ; mais M. Doumerc était à Paris ; cependant son régisseur M. Baillio mit une grande courtoisie à me montrer et à m’expliquer tout. – 30 milles.

 

Le 27. – Cherbourg. J’avais des lettres de recommandation pour M. le duc de Beuvron, qui commande la ville, le comte de Chavagnac et M. de Meusnier, de l’Académie des sciences, traducteur des voyages de Cook ; le comte est à la campagne. J’avais tant entendu parler des fameux travaux entrepris pour faire ici un port, que je ne voulais pas attendre un moment de plus pour les voir : le duc m’accorda un laissez-passer ; je pris un bateau et me fis conduire à travers le port artificiel formé par les fameux cônes. Comme ce voyage peut être lu par des personnes n’ayant ni le temps, ni le désir de chercher dans d’autres livres la description de ces travaux, je ferai en quelques mots une esquisse des intentions qui y ont présidé et de l’exécution qui a suivi. De Dunkerque jusqu’à Brest la France n’a pas de port militaire ; encore le premier ne peut-il recevoir que des frégates. Cette lacune lui a été fatale plus d’une fois dans ses guerres avec notre pays, dont la côte plus favorisée offre non seulement, l’embouchure de la Tamise, mais aussi la magnifique rade de Portsmouth. Afin d’y remédier, on a conçu le projet d’une digue jetée en travers de la rade ouverte de Cherbourg. Mais la formation d’une enceinte capable d’abriter une flotte de guerre eût demandé une muraille si étendue, si exposée à de fortes marées, que la dépense eût été beaucoup trop grande pour que l’on y pensât, la réussite trop douteuse pour oser l’entreprendre.
On renonça donc à une jetée régulière, et on en adopta une partielle. Pour la former, on éleva dans la mer, sur toute la ligne que l’on voulait couvrir, des colonnes isolées en charpente et en maçonnerie, assez fortes pour résister à la violence de l’Océan ; elles en brisent les vagues et permettent d’établir une digue de l’une à l’autre. Ces colonnes ont reçu de leur forme le nom de cônes ; elles ont 140 pieds de diamètre à la base, 60 pieds au sommet, et 60 pieds de hauteur verticale ; enfoncées de 30 à 34 pieds, elles sont couvertes au reflux des plus hautes marées. Construits en chêne avec toutes les garanties de force et de solidité, ces énormes tonneaux à large base étaient, une fois terminés, chargés d’autant de pierres qu’il en fallait pour les couler ; chacun pesait alors 1 000 tonnes (de 2 000 livres). Afin de les faire flotter jusqu’à destination, on attachait tout autour avec des cordes 60 pièces vides de 10 pipes chaque, de nombreux vaisseaux les remorquaient en présence d’innombrables spectateurs. Au signal convenu, toutes les cordes sont coupées à la fois et l’énorme pilier s’engloutit ; il est alors rempli de pierres par des bateaux que l’on tient prêts chargés, et on le recouvre de maçonnerie. La capacité de chacun, jusqu’à 4 pieds de la surface seulement, est de 2 500 toises cubiques de pierre. Un nombre immense de navires sont ensuite occupés à construire de l’un à l’autre une chaussée de pierre, que l’on voit à marée basse au temps de la quadrature (neap tides). 18 cônes selon un certain projet, et 33 selon un autre, compléteront ce travail, qui ne laissera que deux passes, commandées par deux très beaux forts nouvellement construits, le fort Royal et le fort d’Artois, parfaitement bien approvisionnés, dit-on, car on ne les laisse pas voir, et munis d’un four à boulets rouges.
Le nombre de cônes dépend de l’espacement qui doit régner entre eux. J’en trouvai huit finis et la charpente de deux autres sur le chantier ; mais tout est arrêté par l’archevêque de Toulouse, grâces à ses plans de futures économies. Les quatre cônes dernièrement submergés, étant très exposés, sont maintenant en réparation ; on les a trouvés trop faibles pour résister à la furie des tempêtes et aux coups de mer par les vents d’ouest. Le dernier de tous est le plus endommagé : plus on avance, plus il en sera ainsi ; ce qui a fait croire à plusieurs habiles ingénieurs que le tout n’aboutira pas si l’on ne dépense pour le reste des sommes qui suffiraient à épuiser le revenu d’un royaume. Ce qu’il y a déjà de fait suffit à donner depuis quelques années à Cherbourg un nouvel aspect : il y a des maisons et jusqu’à des rues neuves, aussi l’annonce de la cessation des travaux a-t-elle été fort mal reçue. On dit qu’on y employait 3 000 ouvriers, y compris les carriers. Ces huit cônes seuls et la levée qui les accompagne ont rendu parfaitement sûre une partie considérable du port projeté. Deux vaisseaux de 40 y sont à l’ancre depuis 18 mois, par forme d’expérience, et quoiqu’il y ait eu d’assez fortes tempêtes pour éprouver le tout rigoureusement, et même, comme je l’ai dit, endommager beaucoup trois des cônes, ces vaisseaux n’ont pas ressenti la plus légère agitation ; sans rien ajouter de plus, c’est déjà un refuge pour une petite flotte. Si l’on continue, on devra construire des cônes plus fort, peut-être plus grands, et donner bien plus d’attention à leur solidité, on devra voir aussi s’il ne faut pas les rapprocher davantage : en tous cas la dépense sera presque double, mais toute dépense disparaît devant l’importance d’avoir un port de refuge si bien situé en cas de guerre avec l’Angleterre ; cette importance est immense, au moins aux yeux des habitants de Cherbourg.
Je remarquai, en traversant le port, que, tandis qu’en dehors de la digue la mer eût été bien rude pour un canot, elle était tout à fait paisible en deçà. Je montai sur deux de ces cônes, dont l’un portait cette inscription : « Louis XVI, sur ce premier cône échoué le 6 Juin 1784, a vu l’immersion de celui de l’est, le 23 juin 1786. »

 

En somme, le projet est grandiose et ne fait pas peu d’honneur à l’esprit d’entreprise de la génération actuelle en France. Une grande marine y est une idée favorite (que ce soit à tort ou à raison, c’est une autre question). Maintenant ce port fait voir que, quand ce grand peuple entreprend des travaux semblables, il sait trouver des génies audacieux pour en dresser le plan, et d’habiles ingénieurs pour le mettre à exécution d’une manière digne de ce royaume. Le duc de Beuvron m’avait invité à dîner mais je réfléchis que, si j’acceptais, il me faudrait la journée du lendemain pour voir les verreries ; je mis en conséquence les affaires avant les plaisirs et, demandant à ce gentilhomme une lettre qui m’en ouvrît l’entrée, j’y allai à cheval dans l’après-midi. Elles sont à environ trois milles de Cherbourg. M. de Faye, le directeur, m’expliqua le tout de la façon la plus obligeante.

 

Il ne faut pas s’arrêter à Cherbourg plus que le strict nécessaire. On m’y écorcha plus scandaleusement que dans aucune autre ville de France. Les deux meilleurs hôtels étant pleins, je fus forcé d’aller à la Barque, vilain trou, à peine meilleur qu’un toit à pourceaux, où, pour une misérable chambre toute malpropre, deux soupers se composant d’un plat de pommes, d’un peu de beurre, un peu de fromage plus quelques rogatons trop mauvais pour y toucher, et un pauvre dîner, on m’apporta un compte de 31 liv.(1 l. 7 s. 1 d.) ; on ne se contentait pas de me mettre la chambre à 3 liv. la nuit, mais on comptait encore l’écurie pour mon cheval, après d’énormes items pour l’avoine le foin et la paille.
C’est un abus qui ternit le caractère national. Je montrai, en passant, cette note à M. Baillio, qui cria au scandale ; il me dit qu’il ne fallait pas s’en étonner : ces gens, qui se retiraient du commerce, se faisaient une règle d’écorcher leurs hôtes de la bonne façon. Que personne ne passe à Cherbourg sans faire d’avance le prix de tout, jusqu’à la litière et à la stalle de son cheval, jusqu’au sel, au poivre et à la nappe de sa table. – 10 milles.

 

Le 28. – Retourné à Carentan, et, le 29, gagné, par un beau pays, bien enclos, Coutances, capitale du Cotentin. On y construit en terre d’excellentes habitations, de belles granges, et même des maisons à trois étages et d’autres bâtiments considérables. Cette terre (la plus convenable à cet emploi, est une glaise riche et noire) est pétrie avec de la paille ; après l’avoir étendue sur le terrain en couche épaisse d’environ 4 pouces, on la coupe en carrés de 9 pouces que l’on prend sur une pelle pour les donner au maçon qui fait le mur ; à chaque couche de 3 pieds, on laisse, comme en Irlande, sécher le mur, afin de pouvoir le continuer. Sa largeur est d’environ 2 pieds ; on fait dépasser d’un pouce en plus, pour couper cela ras, couche par couche. Si on les badigeonnait comme en Angleterre, ces murs feraient aussi bon effet que nos murs en lattes et en plâtre, et dureraient davantage. Dans les belles maisons, les encadrements des portes et des fenêtres sont en pierre. – 20 milles.

 

Le 30. – Beau paysage formé par la mer, les îles de Chaussey à 5 lieues de distance, Jersey, que l’on distingue clairement à 40 milles, et Granville, qui se montre sur un cap élevé. La beauté de cette ville disparaît quand on y entre : c’est un trou laid, étroit, sale et mal bâti. Aujourd’hui, jour de marché, on y voit cette foule d’oisifs commune en France. La baie de Cancale s’étendant à droite et le rocher conique de Saint-Michel s’élevant brusquement de la mer, portant un château au sommet, forment un ensemble très pittoresque. – 30 milles.

 

Le 31. – Entré en Bretagne par Pont-Orsin (Pontorson). La propriété semble être plus divisée que je ne l’ai vue jusque-là. Dans la ville épiscopale de Doll (Dol) une longue rue tout entière n’a pas de carreaux ; chétive apparence ! Le début en Bretagne me donne l’idée d’une bien pauvre province. – 22 milles.

 

Le 1er septembre. – Combourg. Le pays a un aspect sauvage ; la culture n’est pas beaucoup plus avancée que chez les Hurons, ce qui paraît incroyable au milieu de ces terrains si bons. Les gens sont presque aussi sauvages que leur pays, et leur ville de Combourg est une des plus ignoblement sales que l’on puisse voir. Des murs de boue, pas de carreaux, et un si mauvais pavé que c’est plutôt un obstacle aux passants qu’un secours. Il y a cependant un château, et qui est habité. Quel est donc ce M. de Chateaubriand, le propriétaire, dont les nerfs s’arrangent d’un séjour au milieu de tant de misère et de saleté ? Au-dessous de ce hideux tas d’ordures se trouve un beau lac entouré de hais bien boisées. Au sortir d’Hédé, beau lac appartenant à M. de Blassac, intendant de Poitiers ; superbes bois aux alentours.
Avec un peu de soin, on ferait de ceci un tableau délicieux. Il y a un château, des fenêtres duquel on ne voit que quatre rangées d’arbres, rien de plus, selon le style français. Dieu du goût, faut-il que le possesseur de ce château soit aussi celui de cet admirable lac ! Et cependant M. de Blassac a fait à Poitiers la plus belle promenade de France ! Mais le goût de la ligne droite et celui de la ligne sinueuse sont fondés sur des sentiments et des idées aussi séparés, aussi distincts que la peinture et la musique, la poésie et la sculpture. Le lac est poissonneux ; il y a des brochets de 36 liv., des carpes de 24, des perches de 4 et des tanches de 5. Jusqu’à Rennes, même confusion bizarre de déserts et de cultures ; pays moitié sauvage, moitié civilisé. – 31 milles.

 

Rennes est bien bâtie et a deux belles places, surtout celle de Louis XV, où se trouve sa statue. Le Parlement étant en exil, on ne peut voir la salle des séances. Le jardin des Bénédictins, appelé le Tabour, est remarquable ; mais ce qu’il y a de plus curieux à Rennes maintenant, c’est, aux portes de la ville, un camp formé par quatre régiments d’infanterie et deux de dragons, sous le commandement d’un maréchal de France, M. de Stainville. Le mécontentement du peuple, qui avait amené ces précautions, venait de deux causes : la cherté du pain et l’exil du Parlement. La première est fort naturelle ; mais ce que je ne puis entendre, c’est cet amour pour le Parlement ; car tous ses membres sont nobles comme ceux des états, et nulle part la distinction entre la noblesse et les roturiers n’est si tranchée, si insultante, si oppressive, qu’en Bretagne. On m’assura, cependant, que la population avait été poussée par toutes sortes de manœuvres et même par des distributions d’argent.
Les troubles présentaient une telle violence, avant que le camp ne fût établi, que la troupe fut incapable de maintenir l’ordre. M. Argentaise, pour lequel j’avais des lettres, eut la bonté de me servir de guide pendant les quatre jours que je passai ici. Il fait bon marché vivre à Rennes, et cela me frappe d’autant plus, que je sors de Normandie, où tout est à un prix extravagant. La table d’hôte, à la Grande-Maison, est bien tenue : à dîner il y a deux services abondamment pourvus d’excellents mets, et un très grand dessert bien composé ; à souper un bon service, un fort morceau de mouton et un délicieux dessert. Chaque repas se paye, avec le vin ordinaire, 40 sous ; pour 20 sous en plus, vous avez de très bon vin ; l’entretien du cheval 30 sous ; en tout cela ne fait (avec du vin de choix) que 6 livres 10 sous par jour ou 5 shill. 10 ds. Cependant on se plaint que le camp a fait hausser tous les prix.

 

Le 5. – Montauban. Les pauvres ici le sont tout à fait ; les enfants terriblement déguenillés, et plus mal peut-être sous cette couverture que s’ils restaient tout nus ; quant aux bas et aux souliers, c’est un luxe hors de propos. Une charmante petite fille de six à sept ans, qui jouait avec une baguette et souriait, avait sur elle de tels haillons, que mon cœur s’en serra : on ne mendiait pas, et quand je donnai quelque chose, on me parut plus surpris que reconnaissant. Le tiers de ce que j’ai vu de cette province me paraît inculte et la presque totalité dans la misère. Quel terrible fardeau pour la conscience des rois, des ministres, des parlements, des états, que ces millions de gens industrieux, livrés à la faim et à l’oisiveté par les exécrables maximes du despotisme et les préjugés non moins abominables d’une noblesse féodale ! Couché au Lion-d’Or, affreux bouge. – 20 milles.
Le 6. – L’aspect est le même jusqu’à Brooms (Broons) ; mais près de cette ville il devient plus agréable, le terrain étant plus accidenté.

 

Lamballe. – Plus de cinquante familles nobles passent l’hiver dans cette petite ville et vivent sur leurs biens en été. Il y a probablement autant d’extravagance et de sottise, et, pour ce que j’en sais, autant de bonheur dans leurs cercles que dans ceux de Paris. Ici et là on ferait bien mieux de cultiver ses terres et de donner du travail aux malheureux. – 30 milles.

 

Le 7. – Le pays change immédiatement au delà de Lamballe. Le marquis d’Urvoy, que j’ai connu à Rennes, et qui possède un beau domaine à Saint-Brieuc, m’avait donné une lettre pour son intendant ; celui-ci y a fait honneur. – 12 milles 1/2.

 

Le 8. – Jusqu’à Guingamp ; contrée sombre couverte d’enclos. Passé Châteaulandren (Chatelaudren) et entré en Basse-Bretagne : on reconnaît au premier coup d’œil un autre peuple. On rencontre une quantité de gens n’ayant d’autre réponse à vos questions que : « Je ne sais pas ce que vous dites», ou : «Je n’entends rien.» Entré à Guingamp par des portes, des tours, des fortifications qui paraissent de la plus vieille architecture militaire : tout annonce l’antiquité et est en parfait état de conservation. L’habitation des pauvres gens est loin d’être si bonne : ce sont de misérables huttes de boue, sans vitres, presque sans lumière ; mais il y a des cheminées en terre. J’en étais à mon premier somme à Belle-Isle quand l’aubergiste vint à mon chevet et tira le rideau en faisant tomber une pluie d’araignées, pour me dire que j’avais une jument anglaise superbe, et qu’un seigneur voulait me l’acheter.
Je lui jetai à la tête une demi-douzaine de fleurs d’éloquence française pour son impertinence ; alors il jugea prudent de nous laisser en paix, moi et les araignées. Il y avait grande partie de chasse. Ce doivent être des chasseurs de première force que ces seigneurs bas-bretons pour arrêter leur admiration sur une jument aveugle. À propos des races de chevaux en France, cette jument m’avait coûté 23 guinées lors de la cherté des chevaux en Angleterre, et en avait été vendue 16 quand ils étaient un peu meilleur marché : on peut s’en faire une idée ; cependant on l’admira, et beaucoup, et souvent pendant ce voyage, et en Bretagne elle rencontra rarement d’égale. Cette province, et la même chose arrive en Normandie, est infestée de mauvaises rosses d’étalons, perpétuant la malheureuse race que l’on rencontre partout. Le vilain trou qui s’intitule la Grande-Maison est la meilleure auberge d’une station de poste sur la grande route de Brest ; des maréchaux de France, des ducs, des pairs, des comtesses, etc., etc., doivent s’y être arrêtés de temps à autre, selon les accidents auxquels on est sujet dans les longs voyages. Que doit-on penser d’un pays qui, au XVIIIe siècle, n’a pas de meilleurs abris pour les voyageurs ! – 30 milles.

 

Le 9. – Morlaix est le port le plus singulier que j’aie vu. Dans une vallée juste assez large pour contenir un beau canal, on voit deux quais et deux rangées de maisons ; en arrière s’élève la montagne, abrupte et boisée d’un côté, semée de jardins, de roches et de broussailles de l’autre ; l’effet en est charmant et romantique. Commerce assez lourd à présent, mais très florissant pendant la guerre. – 20 milles.

 

Le 10. – Jour de foire à Landivisier (Landivisiau), ce qui me donne l’occasion de voir réunis nombre de Bas-Bretons et de leurs bestiaux. Les hommes portent de larges culottes, plusieurs ont les jambes nues, et la plupart sont en sabots ; ils ont les traits fortement accentués comme les Gallois, et un air moitié énergique, moitié nonchalant ; ils sont grands de taille, larges de poitrine et carrés d’épaules. Les femmes, même jeunes, sont tellement ridées par la fatigue, qu’elles perdent l’air de douceur naturel à leur sexe. Le premier coup d’œil les fait reconnaître pour absolument différents des Français. N’est-ce pas un miracle de les retrouver ainsi, avec leur langage, leurs mœurs, leurs costumes, après treize cents ans de séjour sur cette terre ? – 35 milles.

 

Le 11. – J’avais des lettres de personnes fort recommandables pour d’autres personnes aussi très recommandables de Brest, à l’effet de m’obtenir l’entrée des arsenaux. Ce fut en vain.

 

M. le chevalier de Tredairne fit en ma faveur des instances très pressantes auprès du commandant : mais l’ordre de ne laisser pénétrer qui que ce fût, Français ou étranger, était trop strict pour qu’on osât l’enfreindre, à moins que sur un avis exprès du ministre de la marine, rarement donné, et auquel on n’obéit qu’à contre-cœur. M. Tredairne me dit que cependant lord Pembroke l’avait visité, il y avait peu de temps, en vertu d’une telle dépêche ; et lui-même fit la remarque, voyant bien qu’elle ne m’échapperait pas, qu’il était singulier de montrer ce port à un général anglais, gouverneur de Portsmouth, pour en refuser la vue à un fermier. Il m’assura cependant que le duc de Chartres n’avait pas été plus heureux ces jours passés.
La musique de Grétry, qui, sans avoir de largeur, est franche et même élégante, n’était pas de nature à me mettre de bonne humeur ; le théâtre donnait Panurge. Brest est une ville bien bâtie, à belles rues régulières, et le quai, avec ses vaisseaux de ligne et ses autres navires, a beaucoup de cette vie et de ce mouvement qui animent les ports de mer.

 

Le 12. – Retourné à Landerneau. Le maître du Duc-de-Chartres, la meilleure auberge et la plus propre de l’évêché, vint me dire qu’il y avait là un monsieur, un homme comme il faut, et que le dîner serait meilleur si nous le prenions ensemble : De tout mon cœur. C’était un noble Bas-Breton, avec une épée et un misérable petit bidet très agile. Ce seigneur ignorait que le duc de Chartres de l’autre jour fût autre que celui qui était dans la flotte de M. d’Orvilliers. Pris la route de Nantes. – 25 milles.

Le 13. – Pays plus accidenté jusqu’à Châteaulin ; le tiers en est inculte. Région bien inférieure au Léon et à Tréguier ; aucun effort, aucune marque d’intelligence ; tout près cependant du grand marché de Brest et sur un bon terrain. Quimper, quoique ce soit un évêché, n’a de remarquable que sa promenade, une des plus belles de France. – 25 milles.

 

Le 14. – En sortant de Quimper, on voit un peu plus de culture, mais ce n’est que pour un instant. Déserts, déserts et déserts. Arrivé à Quimperlay (Quimperle). – 27 milles.

 

Le 15. – Même aspect sombre jusqu’à Lorient, mais quelques traces de culture et beaucoup de bois. Lorient était si plein de badauds venus pour assister au lancement d’un vaisseau de guerre, que je ne trouvai à l’Épée-Royale ni lit pour moi, ni place pour mon cheval. Au Cheval-Blanc, misérable trou, je plaçai mon compagnon au milieu de vingt autres empilés comme des harengs en caque ; mais moi je n’obtins rien. Le duc de Brissac, avec sa suite, ne fut pas plus heureux. Si le gouverneur de Paris ne put sans peine trouver à coucher dans Lorient, il ne faut pas s’étonner des obstacles que rencontra A. Young. J’allai sur-le-champ remettre mes lettres. Je trouvai M. Besné, négociant, chez lui ; il me reçut avec une cordialité sincère, préférable à un million de cérémonies, et, lorsqu’il sut ma position, il m’offrit, dans sa maison, une hospitalité que j’acceptai. Le Tourville, de quatre-vingt-quatre canons, devait être lancé à trois heures ; on remit au lendemain, à la grande joie des aubergistes, heureux de retenir un jour encore cet essaim d’étrangers. J’aurais voulu que le vaisseau les étranglât, car je n’avais en tête que ma pauvre jument, exposée toute la nuit au milieu des rosses de Bretagne. Cependant une pièce de douze sous au valet d’écurie la mit considérablement à l’aise. La ville est moderne et régulière ; les rues partent en divergeant de la porte, et sont coupées à angle droit par d’autres, larges, bien bâties et bien pavées : beaucoup de maisons ont vraiment bon air. Mais ce qui fait l’importance de Lorient, c’est l’entrepôt du commerce des Indes, qui renferme les navires et les magasins de la Compagnie. Ces derniers sont réellement grandioses, et annoncent la royale munificence dont ils tirent leur origine.
Ils ont plusieurs étages, sont construits en voûte, d’un grand style et d’une immense étendue. Mais il leur manque, au moins à présent, comme à tant d’autres superbes établissements en France, la vigueur et le mouvement d’un commerce actif. Les affaires ici semblent insignifiantes. Trois vaisseaux de quatre-vingt-quatre, le Tourville, l’Éole et le Jean-Bart, et une frégate de trente-deux sont en chantier. On m’assura qu’il n’avait fallu que neuf mois pour la construction du Tourville. Le port a de la vie ; quinze vaisseaux de ligne stationnés ici à l’ordinaire, quelques navires de la Compagnie des Indes et d’autres marchands, en font un agréable tableau. Une belle tour ronde en pierre blanche, de cent pieds de haut, légère et gracieuse dans ses proportions, et portant une balustrade au sommet, sert aux vigies et aux signaux. Mon hôte est un homme simple et franc, avec quelques idées originales qui lui donnaient plus d’intérêt ; il a une charmante fille, qui me distrait par son chant, qu’elle accompagne sur la harpe. Le lendemain matin, le Tourville descendit à flot au bruit de la musique des régiments et des acclamations de milliers de spectateurs. Quitté Lorient, arrivé à Hennebont. – 7 1/2 milles.

 

Le 17. – Traversé, en allant à Auray, les dix-huit milles les plus pauvres que j’aie encore vus en Bretagne. Bonnes maisons de pierre, couvertes d’ardoises, mais sans vitres. Auray a un petit port et quelques sloops, ce qui donne toujours de la gaieté à une ville. Jusqu’à Vannes, campagne variée, mais les landes dominent. Vannes n’est pas sans importance, mais son port et sa promenade en font la principale beauté.

 

Le 18. – Musiliac (Muzillac). On a en vue Belle-Isle et les îles plus petites d’Hédic (Haëdic) et d’Honat (Houat). Si Musiliac ne peut se vanter d’autre chose, il le peut au moins de son bon marché. J’eus pour dîner deux bons poissons plats, des huîtres, de la soupe, un beau rôti de canard, avec un ample dessert consistant en raisin, poires, noix, biscuits et liqueur, une pinte d’excellent bordeaux ; ma jument, outre le foin, reçut trois quarts de peck (soit 7 litres) d’avoine, pour 56 sous ; 2 sous à la fille et autant au garçon, font en tout 3 fr. Jusqu’à la Roche-Bernard, des landes, des landes, des landes ! La hardiesse des rives de la Vilaine la rend pittoresque, il n’y a pas d’ennuyeuses plaines ; elle a les deux tiers de la largeur de la Tamise à Westminster, et serait égale à quelque rivière que ce soit si ses bords étaient boisés ; mais ce ne sont que les déserts du reste du pays. – 33 milles.

 

Le 19. – Fait un détour sur Auvergnac, château du comte de La Bourdonnaye, pour lequel j’avais une lettre de la duchesse d’Anville ; c’était la personne qui pouvait le mieux me renseigner sur la Bretagne, ayant été pendant vingt-cinq ans premier syndic de la noblesse. On aurait à plaisir amoncelé les pentes et les rochers, que l’on aurait eu peine à faire un plus mauvais chemin que ces cinq milles ; si j’eusse pu mettre autant de foi que les bonnes gens de campagne dans deux morceaux de bois attachés ensemble, je me serais signé ; mais mon aveugle ami, avec une sûreté de pied incroyable, m’amena sain et sauf à travers de tels endroits ; sans mon habitude journalière du cheval, j’aurais tremblé d’abord, quand même ma monture aurait eu d’aussi bons yeux que ceux d’Éclipse ; car je suppose qu’un beau coureur, sur la vélocité duquel tant d’imbéciles étaient prêts à aventurer leur argent, devait avoir des yeux aussi bons que ses jambes.
Un tel chemin desservant plusieurs villages et le château de l’un des premiers seigneurs du pays montre quel doit être l’état de la société ; pas de communications, de voisinage ; aucune des occasions de dépenses naissant de la compagnie, une vraie retraite pour épargner ce qu’on dépensera dans les villes. Le comte me reçut avec beaucoup de politesse ; je lui exposai mes motifs et mon plan de voyage, qu’il voulut bien louer avec chaleur, exprimant sa surprise que j’aie entrepris une aussi grosse affaire que l’examen de la France sans être encouragé par mon gouvernement. Je lui expliquai qu’il connaissait très peu ce gouvernement, s’il supposait qu’il donnerait un schelling pour une entreprise agricole ou pour son auteur ; qu’il importait peu que le ministre fût whig ou tory, que le parti de la charrue n’en comptait pas un dans ses rangs ; qu’enfin l’Angleterre, qui comptait plusieurs Colberts, n’avait pas un Sully. Ceci nous mena à une conversation intéressante sur la balance de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, et les moyens de les encourager. En réponse à ses questions, je lui fis comprendre quels sont leurs rapports en Angleterre et comment notre culture florissait à la barbe des ministres, par la seule protection que la liberté civile donne à la propriété ; que, par conséquent, sa situation était pauvre en regard de ce qu’elle eût été, si on lui avait donné les mêmes secours qu’au commerce et à l’industrie. J’avouai à M. de La Bourdonnaye que sa province ne me semblait rien avoir que des privilèges et de la misère. Il sourit, me donna quelques explications importantes ; mais jamais noble n’approfondira cette question comme elle le devrait être, car c’est à lui que sont départis ces privilèges ; au peuple la pauvreté.
Il me fit voir des plantations très belles et très florissantes qui l’abritent complètement de chaque côté, même du sud-ouest, quoique si près de la mer. De son jardin on voit Belle-Isle et les autres, et un petit roc qui lui appartient. Il me dit que le roi d’Angleterre le lui prit après la victoire de sir Edw. Hawkes, mais que Sa Majesté voulut bien le lui laisser après une nuit de possession. – 20 milles.

 

Le 20. – J’ai pris congé de M. et de madame de La Bourdonnaye, très charmé de leur courtoisie et de leurs amicales attentions. Des collines près de Saint-Nazaire on a une belle vue de l’embouchure de la Loire ; mais des rives trop basses lui enlèvent l’air de grandeur que des promontoires élevés donnent au Shannon. À droite, à l’infini, se gonfle le sein de l’Atlantique. Savinal (Savenay) est le séjour de la misère. – 33 milles.

 

Le 21. – Rencontré un essai d’amélioration au milieu de ces déserts, quatre bonnes maisons de pierre et quelques acres recouverts de pauvre gazon, qui cependant avaient été défrichés ; mais tout cela est redevenu presque aussi sauvage que le reste. Je sus ensuite que cette amélioration, comme on l’appelle, avait été tentée par des Anglais aux frais d’un gentilhomme qu’ils avaient ruiné aussi bien qu’eux-mêmes. Je demandai comment on s’y était pris. Après un écobuage, on avait fait du froment, puis du seigle, puis de l’avoine. Et toujours, toujours il en est ainsi ! Les mêmes sottises, les mêmes bévues, la même ignorance ; et puis tous les imbéciles du pays ont été dire, comme ils le disent encore, que ces déserts ne sont bons à rien. À mon grand étonnement je vis, chose incroyable, qu’ils s’étendaient jusqu’à trois milles de la grande ville commerciale de Nantes : voilà un problème et une leçon à méditer, mais pas à présent.
Après mon arrivée, je suis allé de suite au théâtre, construit tout récemment en belle pierre blanche. La façade a un superbe portique de huit colonnes corinthiennes fort élégantes ; quatre autres en dedans séparent ce portique d’un vestibule majestueux. À l’intérieur, ce n’est qu’or et peinture, le coup d’œil d’entrée me frappa grandement. La salle est, je crois, deux fois aussi grande que celle de Drury-Lane et cinq fois plus magnifique. Comme c’était un dimanche, la salle était comble. Mon Dieu ! m’écriai-je intérieurement ; est-ce à un tel spectacle que mènent les garennes, les landes, les déserts, les bruyères, les buissons de genêt et d’ajonc et les tourbières que j’ai traversés pendant 300 milles ? Quel miracle que toute cette splendeur et cette richesse des villes en France n’aient aucun rapport avec l’état de la campagne ! Il n’y a pas de transitions graduelles : la médiocrité aisée et la richesse, la richesse et la magnificence. D’un bond vous passez de la misère à la prodigalité, de mendiants dans leur hutte de boue à Mademoiselle Saint-Huberti, dans des spectacles splendides à 500 liv. par soirée (21 liv. st. 17 sh. 6 d.). La campagne est déserte, ou si quelque gentilhomme l’habite, c’est dans quelque triste bouge, pour épargner cet argent, qu’il vient ensuite jeter dans les plaisirs de la capitale. – 20 milles.

 

Le 22. – Remis mes lettres. – Autant que le comporte l’agriculture, mon objet principal, je dois acquérir toutes les notions sur le commerce que je puis obtenir des négociants, car il est facile d’avoir d’utiles renseignements en abondance sans poser de questions, qui mettront la personne interrogée dans l’embarras, et même sans en poser aucune.
M. Riédy se montra très civil et satisfit à beaucoup de mes demandes ; je dînai une fois avec lui et vis avec plaisir la conversation se tourner sur le sujet important de la situation respective de la France et de l’Angleterre dans le commerce, particulièrement celui des Antilles. J’avais aussi une recommandation pour M. Espivent, conseiller au Parlement de Rennes, dont le frère, M. Espivent de la Villeboisnet, est un des notables négociants d’ici. On ne saurait être plus obligeant que ces deux messieurs ; leur conduite envers moi fut pleine d’attention et de cordialité : ils rendirent mon séjour en cette ville à la foi instructif et agréable. La ville a, dans ses nouvelles constructions, un signe de prospérité qui ne trompe jamais. Le quartier de la Comédie est magnifique, toutes les rues sont en pierre de taille et se coupent à angle droit. Je ne sais si l’Hôtel de Henri IV n’est pas le plus beau de l’Europe : celui de Dessein, à Calais, a de plus grandes dimensions ; mais il n’est ni construit, ni distribué, ni meublé comme celui-ci, que l’on vient d’achever. Il revient à 400 000 livres, avec le mobilier (17 500 liv. st.), et se loue 14 000 1. (6121. st. 10 sh.) par an, la première année ne comptant pas. Il y a 60 lits de maître et une écurie pour 25 chevaux. Les appartements de deux pièces, très convenables, se payent 6 liv. par jour ; une belle pièce 3 liv. Les commerçants ne donnent que 5 liv. pour le dîner, le souper, le vin et la chambre, et 35 sous pour leur cheval. C’est sans comparaison le premier des hôtels où je suis descendu en France ; il est de plus très bon marché. Situé sur une petite place, près du théâtre, de manière aussi commode pour le plaisir et le commerce que le peuvent souhaiter ceux qui recherchent l’un ou l’autre.
Le théâtre a coûté 450 000 liv., et se loue aux comédiens 17 000 l. par an ; plein, il donne 120 louis d’or. Le terrain de l’hôtel a été acheté 9 liv. le pied carré ; dans quelques quartiers de la ville, il se vend jusqu’à 15 liv. Cette valeur du terrain conduit à donner aux maisons une hauteur qui en enlève la beauté. Le quai n’a rien de remarquable, le fleuve est embarrassé d’îles ; mais plus loin, du côté de la mer, s’élève une longue file de maisons régulières. Une institution commune aux grandes villes commerciales de France, mais florissant particulièrement à Nantes, c’est une chambre de lecture, ce que nous appellerions un book-club, qui ne se défait pas de ses livres, mais en forme une bibliothèque. Il y a trois salles : une pour la lecture, une pour la conversation, la dernière pour la bibliothèque. En hiver on y trouve un bon feu et des bougies (de cire). Messieurs Espivent eurent la bonté de m’accompagner dans

FECAMP: un été qui s’annonce IMPRESSIONNANT!

Fécamp qui fut avec Dieppe et Granville le grand port normand pour le « grand métier » à savoir la pêche à la morue de Terre Neuve inaugure cet été son nouveau musée des Pêcheries et à l’occasion du festival « Normandie Impressionniste » une belle exposition consacré au pastelliste Pierre PRINS (1838 – 1913) sera visible… De même, on pourra entendre une oeuvre de Claude Debussy (on sait que le compositeur aimait créer ses oeuvres à Pourville sur Mer) sur la plage de galets le soir du 6 juillet  à 20 heures dans un concert gratuit avec les forces réunies des orchestres de l’opéra de Rouen et de l’ensemble instrumental de Basse- Normandie…

http://www.normandie-impressionniste.fr/event/Pierre-Prins,-un-pastelliste-impressionniste

 

Pierre Prins, un pastelliste impressionniste

Le service du patrimoine (label national Ville d’art et d’histoire) propose une visite guidée de l’exposition sur les pastels de Pierre Prins (1838-1913). Cet artiste a fréquenté les grands noms de la scène culturelle de son époque : Alfred Sisley, William Bougereau, Berthe Morisot, Zacharie Astruc, Stéphane Mallarmé ou Edouard Manet. L’exposition organisée par le musée de Fécamp réunit 30 de ses pastels et met en avant la poésie et la mélancolie qui émanent de ses œuvres. Parmi les nombreux voyages que fait le pastelliste, il faut noter ceux à Fécamp, effectués au cours de la décennie 1890, qui ont été l’occasion pour l’artiste de représenter la chapelle des marins Notre-Dame de Salut.
Musée de Fécamp – Ville de Fécamp
En partenariat avec : Sennelier mécénat
titre

« La chapelle Notre-Dame de Salut » de Pierre Prins, 1899
Ville de Fécamp

Quelques nouvelles du futur musée des Pêcheries dont le chantier avait connu récemment quelques déboires…

Musée des Pêcheries : le bâtiment livré en juin 2013

Chacun a pu le constater, le chantier du musée des pêcheries a été très peu actif ces derniers mois… Mais le chantier va repartir et d’ici à la fin de l’année les soucis que nous avons connus ces derniers temps ne seront plus que de mauvais souvenirs.

Il se trouve en effet qu’une entreprise, que l’on peut qualifier de défaillante, a considérablement retardé le chantier. Nous nous sommes retrouvés dans l’obligation de relancer un appel d’offres entraînant un arrêt du chantier au niveau du belvédère. Cependant, les travaux se sont poursuivis à l’intérieur du Musée. Certes nous allons enregistrer un nouveau retard dans la livraison du bâtiment mais de très nombreux projets connaissent eux aussi ce genre de déboires :
  • 18 mois de retard minimum pour le Musée des Confluences de Lyon
  • Plus d’un an de retard pour la rénovation du Musée Picasso à Paris
 

Le bâtiment livré en juin 2013

Nous avons aujourd’hui la certitude que le bâtiment nous sera livré en juin 2013. Nous devrons alors nous atteler au déménagement de l’ensemble des collections et nous déciderons à ce moment-là, de la meilleure date possible pour une ouverture au public.
 
Ce qui nous importe aujourd’hui c’est de voir le chantier de notre Musée évoluer normalement et de ce point de vue nous sommes aujourd’hui totalement rassurés. Toutes les entreprises vont entrer en action. Le belvédère sera couvert et vitré avant Noël et le reste du chantier va ensuite se poursuivre jusqu’en juin.
 

Les « vendredis du Musée »

D’ici là et pour que chacun constate par lui-même l’avancée des travaux, seront lancées « les vendredis du Musée ».
 
Chaque semaine, une association culturelle Fécampoise sera invitée à venir visiter le futur Musée en compagnie d’un ou de plusieurs élus. Chacun pourra ainsi suivre l’évolution du chantier. Ce Musée est un véritable pari architectural et il est presque normal de devoir faire face à quelques contretemps. Mais nous savons que son succès sera à la hauteur de notre attente…et que notre patience sera récompensée.
 
 

Sotteville sous le Val – Enduro de pêche de la FSGT – Circuit de l’Europe.

Certes ils étaient moins nombreux que les autres années. Mais le moment que représente ces 24 heures de pêche presque non-stop organisé par le club de pêche FSGT sur le site du circuit de l’Europe, reste pour de nombreux passionnés, un rendez-vous incontournable. Et malgré les 3 degrés affichés en milieu de nuit et une seule petite averse, certains ont tiré leur épingle du jeu. Ainsi, dimanche midi, à l’issu de cet enduro, l’équipe composée de Sébastien Lemire et Pascal Piet s’est-elle vue remettre le premier prix sous forme de bons d’achats, par Guy Dubuis, adjoint au maire et Jean-Luc Brouté, président de l’association.

Petit-Quevilly – Portes ouvertes à l’EMMDT.

S’épanouir en danse, théâtre ou musique.

Quoi de plus indiqué pour découvrir l’art de la danse, du théâtre et de la musique que de se rendre sur les lieux où il est enseigné ? Nombreux ont été les Quevillais qui ont opté pour cette solution samedi après-midi. Guidés dans un univers riche d’expériences artistiques par la professeur de théâtre ou le clown Lulu, le visiteur a pu, l’espace d’un après-midi, respirer l’atmosphère de ce temple culturel. Du rez-de-chaussée à l’étage en passant par le parvis, nombre d’ateliers, de démonstrations, de concerts et d’exhibitions ont su en convaincre certains de s’adonner, dès la rentrée à la pratique d’un instrument ou à esquisser quelques pas de danse. « C’est une belle vitrine que les professeurs ont su mettre en valeur » concédait Muriel, venue avec son fils Maxime en quête de renseignements. De fait, l’école municipale de musique, de danse et de théâtre, propose dès la rentrée de septembre, des dizaines de cours pour petits, grands, débutants ou confirmés. La réinscription des anciens élèves s’effectuera du lundi 10 au mercredi 19 juin ; du lundi 24 au vendredi 28 juin et du lundi 2 vendredi 13 septembre pour tous les autres publics. EMMDT – 150 bis rue Gambetta – 76140 Petit-Quevilly – 02.35.72.61.88.

Rouen – Graines de jardins – Jardin des plantes.

Un week-end au jardin.
La cinquième édition du festival Graines de Jardin qui a eu lieu ce week-end au Jardin des plantes de Rouen a eu la bonne idée de s’intercaler entre deux dépressions atmosphériques qui se plaisent, en ce moment, à traverser le pays. Paradoxe, le thème choisi cette année traitait de… l’eau! Celle-ci n’aura en tous cas pas empêché les milliers d’amateurs de faire le déplacement afin d’échanger ou acheter des végétaux, de recueillir de précieux conseils auprès de professionnels et de particuliers, ou encore participer à divers ateliers et démonstrations. Sylvaine, 11 ans, venue avec son papy et sa mamie depuis Amiens avait, elle, un tout autre projet : « Papy et Mamie aiment bien les fleurs. Moi, je cherche un cadeau pour la fête des mères. » L’après-midi de samedi ne se déroula pourtant pas sans une petite averse. Sous son parapluie, attendant que cela se passe, René, rouennais de 69 ans commente ironiquement ce temps de chien. « C’est la nature, faut laisser faire. Et puis, par ce temps, toutes les graines vont sortir », avant d’ajouter en désignant du menton la délégation d’élus déambulant dans l’allée, « même les mauvaises… ». Plus loin, dans le marché artisanal, les rires attirent le chaland. Deux couples s’extasient devant les paniers de fruits présentés par l’association pomologique : « Tu as vu le nom de cette pomme ? Jules Labitte… ». Autour des ânes Lulu, Pyjama ou encore Papaye et Pimpin, les enfants font la queue pour faire un petit tour. Les plus grands s’émerveillent devant le piège à nuages, invention simple pour recueillir les gouttelettes de condensation. On l’aura compris, ce festival qui, au fil des années est devenu un rendez-vous incontournable des passionnés de nature, tient son succès de son emplacement, le jardin des plantes, de par sa diversité d’exposants, d’animations et d’ateliers et surtout par son côté convivial qui fait que « l’on va au festival » pour passer un bon moment entouré de jolies choses.

Petit-Quevilly – Exposition des 120 ans de l’école Chevreul – Collège Diderot.

Cent-vingt ans de souvenirs.

Depuis plusieurs mois déjà, la directrice de l’école Chevreul, Michèle Pasdeloup et l’ensemble de son équipe pédagogique concoctaient un programme de réjouissances en vue de la célébration des 120 ans de l’institution. Vendredi dernier a été marqué par la première étape de cette célébration sous la forme d’une exposition installée au sein du collège Denis Diderot situé à … moins d’une demi lieue de l’école élémentaire. Documents, photos, vieux livres d’école, cahiers appartenant à des anciens écoliers, témoignages d’anciens élèves, professeurs, directeurs, directrices… Tout un patrimoine affiché sous vitrines et sur les murs témoignent d’un passé que seuls les plus anciens ont connu. « Nous voulions que la fête soit grandiose » témoigne Michèle Pasdeloup, « le retour des bonnes volontés dépassent nos espérances. Les parents d’élèves, la municipalité, les anciens, élèves et enseignants… tous ont joué le jeu! ».  Cette célébration, prévue du 24 mai au 7 juin se déroulera sur deux sites : celui de l’école et celui du collège Denis -Diderot. Chacune des neuf classes a travaillé sur un thème (écriture à la plume, jouets d’autrefois…). Des associations de quartier ont été mises à contribution pour confectionner des costumes d’antan et reproduire une classe à l’identique. Cette exposition est visible pour le public tous les soirs de 16 h 30 à 18 h jusqu’au 7 juin.

Rouen – Remise de médaille à Marcel Clet – Hôtel du Département.

L’ancien président honoré.
Didier Marie, président du Département de Seine-Maritime a remis jeudi dernier au cours d’une cérémonie, la médaille du Département à Marcel Clet, ancien président du Comité départemental olympique et sportif de Seine-Maritime. « Par son engagement depuis 8 ans comme président du CDOS et plus généralement depuis plus de quarante ans, Marcel Clet a, entre autres choses, oeuvré pour la promotion du sport, participé à l’élaboration de la labellisation  des clubs seinomarins « Sport et handicap, contribué à la défense et au développement du patrimoine sportif département et favorisé le développement de la pratique sportive » a t-il déclaré. Marcel Clet avait débuté son engagement en 1969 en devenant le responsable de l’association sportive Gervais-Danone à Neufchâtel en Bray, et en prenant des fonctions de responsabilités dans le sport d’entreprise en 1992. Il a quitté son poste de président du CDOS en février dernier laissant place à Gérard Sénécal. Le CDOS, qui rassemble en son sein les comités départementaux situés dans son ressort territorial, représente le sport départemental, pour toutes les questions d’intérêt général, auprès des pouvoirs publics. Le CDOS collabore avec la Direction départementale jeunesse et sports et est l’interlocuteur privilégié du Conseil général pour la mise en place de la politique sportive départementale.

Rouen – Remise de chèque du Soroptimist au CDIFF – Rue du Pré de la Bataille.

Solidarité féminine.
Depuis 1998, le club Soroptimist de Rouen rassemble des femmes dynamiques et motivées de tous horizons qui unissent leurs compétences, leurs talents et leur créativité au service des femmes et des enfants. Elles mettent en avant le rôle et l’importance de la femme dans la société pour favoriser son leadership. Elles se réunissent régulièrement dans un esprit de convivialité pour organiser et développer les actions locales, nationales et internationales comme par exemple le salon de la création féminine qui se tient en fin d’année à la Halle aux Toiles. Régulièrement le club service apporte également son soutien à d’autres organismes ou associations. Ce fut le cas mardi soir au cours d’une petite cérémonie durant laquelle Christelle Vernier-Caron et Marie-Paule Coquatrix, respectivement présidente et past-présidente du Soroptimist ont remis un chèque de 1.525 euros à Annie Jeanne et Nathalie Lecorbier, présidente et directrice du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles. Le   CIDFF, fondé en 1972 est un relais essentiel de l’action des pouvoirs publics en matière d’accès aux droits pour les femmes, de lutte contre les discriminations sexistes et de promotion de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Saint-Etienne du Rouvray – Signature convention INSA CESI RBS – INSA

L’union fait la force.
« L’innovation n’a de sens que si, derrière, il y a des clients… ». Forts de ce concept, Jean-Marc Gallot pour Rouen Business School / Reims Management School, Jean-Louis Billoët pour l’INSA et Christine Dispa pour le CESI ont paraphé mardi soir une convention de partenariat entre leur trois écoles afin de proposer aux étudiants une approche mutualisée sur l’innovation. But de cette mise en commun de compétences ? « Développer des dispositifs conjoints et mobiliser les étudiants sur des opérations pédagogiques communes » souligne le représentant de l’INSA, porteur du projet. Deux projets communs seront, dès la rentrée 2013, à l’ensemble des communautés des 3 écoles ». « Explor’Action », de RBS/RMS, est un séminaire qui placera les étudiants, dès leur arrivée sur le campus, dans une situation collective de créativité. Cet atelier vise à stimuler, via des témoignages d’entrepreneurs, leur créativité tout en les sensibilisant à la création d’entreprise, notamment dans des domaines d’activité originaux. Le deuxième concept, « 48h pour faire émerger des idées », est un dispositif existant déjà depuis 10 ans et favorise l’ouverture des étudiants à l’innovation et son déploiement dans l’entreprise. Il initie, en 48 h, les étudiants constitués en équipe, aux outils et méthodes stimulant la créativité. Les équipes ainsi formées collaboreront ensuite avec des équipes d’autres pays permettant ainsi l’échange de bonnes pratiques.
Trois écoles pour l’innovation.
Pour parvenir à ce concept qui veut que « ensemble on est plus fort », ce sont 3 écoles normandes renommées qui unissent leurs savoir-faire : Rouen Business School / Reims Management School qui ont récemment fusionné en une seule entité, affiche une double ambition. « Etre reconnue comme le partenaire privilégié des entreprises ». L’INSA de Rouen, première école d’ingénieurs de Normandie a lui tissé des liens étroits avec le monde industriel et a développé de nombreux partenariats à l’international. Enfin, le CESI, pôle d’enseignement supérieur et de formation professionnelle est, au coeur du tissus économique, à l’écoute des divers besoins concrets exprimés par l’ensemble des partenaires sociaux-économiques.

Caudebec les Elbeuf – Ressourcerie.

Du neuf avec du vieux.

Depuis plus d’un an l’association « Amicalement Vôtre » livre un combat contre le gaspillage, recyclant de vieux objets destinés à la déchetterie, en leur donnant une nouvelle vie sous forme de lampes ou d’objets décoratifs. Cette activité lui a permis d’être reconnue sur le territoire e la CREA et de sensibiliser à cette façon de pérenniser « la vie de l’objet ». Devant l’élan solidaire qu’a provoqué cette initiative, Josiane Trolley, la présidente de l’association, a entrepris la mise en place d’une « ressourcerie » de quartier. « Nous souhaitons initier de nouveaux comportements visant à réduire les tonnages de déchets voués à l’enfouissement et, par la même occasion, le budget qui y est consacré. Les objets collectés sont nettoyés et remis en valeur pour leur revente. Il nous semble indispensable de travailler sur une base « donnant, donnant » c’est à dire favoriser l’implication des personnes sur cette solution d’éducation à la citoyenneté en les impliquant, à la base et leur donner la possibilité d’acquérir à moindre coût des objets d’utilité courante. Ce projet est en quelque sorte un test, notre but étant d’élargir la faisabilité d’une telle action sur une ville ou un regroupement de ville. C’est un vecteur de valeurs telles que la préservation des ressources, la création d’emplois, le développement des solidarités et l’éducation à l’environnement » détaille t-elle. Mettre en synergie des acteurs autour d’une démarche positive tout en créant une dynamique, tel est l’objectif de ce concept qui prendra le nom de « seconde vie ». Donateurs, bénévoles et toutes autres personnes intéressées peuvent prendre contact avec Josiane au 06.22.63.25.15.

Saint-Pierre de Manneville – Noces d’or époux Delarue.

« Au nom de la loi, je vous déclare unis de nouveau pour le meilleur, en essayant de ne pas penser au pire… ». Le maire Nelly Tocqueville a pris plaisir la semaine dernière à célébrer les noces d’or des époux Delarue qui, non contents d’être mariés depuis 50 ans, ont désiré poursuivre cet engagement débuté en mai 1963. Michel, retraité chauffeur auto et Annick, retraitée de la papeterie ont toujours pris une part importante dans la vie de la commune lors de leurs engagements dans le Ccas, l’Admr ou en encore le foyer rural. Entourés de leur famille et amis, le couple n’a pas eu d’hésitation à l’instant de prononcer à nouveau le renouvellement de ses voeux.

On en mange autant comme autant…

Presse écrite : spécial Charlie Hebdo

 

La mal-bouffe chez Charlie

L’article suivant est tiré de Charlie Hebdo à propos de son dernier numéro spécial.

 

Bon appétit!

Hors série numéro 9 par Fabrice NicolinoEn 1948, Charles Trénet chantait «Qu’y
a-t-il à l’intérieur d’une noix?».
 Aujourd’hui, il aurait de quoi écrire un album entier. Et ça ressemblerait moins à de la poésie qu’à une formule chimique et
mathématique.

C’est ce que vous propose de découvrir ce hors-série, qui explore le monde
merveilleux de la bouffe industrielle, de ses lobbies, de ses barons et de leurs magouilles financières, de ses adjuvants aux noms savants et incompréhensibles — c’est préférable —, de ses
effets comiques sur notre santé et de son riant avenir qui se fout bien du nôtre. Mais, comme il faut tout de même espoir garder, il y est également question des solutions, car il y en a, pour
s’affranchir du gavage aux pesticides et aux édulcorants de synthèse. Car, désormais, il ne s’agit plus de manger pour vivre, mais de rester vivant en mangeant.

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L’édito de Fabrice Nicolino, auteur du Hors-série

La mise en scène était succulente. Quand on a commencé à parler du prétendu «scandale de la viande de cheval», au début de février 2013, on a compris qu’on
avait affaire à de grands acteurs comiques. La palme au ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, déclarant sur RTL le 11 février: «Je découvre la complexité des circuits et de ce système de jeux de trading entre grossistes à l’échelle
européenne.»
 Le Foll est l’un des très rares politiques à connaître l’univers de l’agriculture. Non seulement il est petit-fils de paysan, mais, en plus, il a en poche un BTS agricole
et a enseigné l’économie dans un lycée agricole breton.

Donc, il se fout de nous. Mais pourquoi à ce point-là? Parce que l’industrie de la bouffe est en France intouchable. Elle est de loin le plus gros employeur de
notre pays de chômeurs, avec 500000 emplois directs, dont la plupart ne sont pas délocalisables. La viande est au cœur du système. Et c’est pourquoi il n’était pas question d’ouvrir le vrai
dossier, celui d’une industrie devenue si folle qu’elle paraît incontrôlable.

Au début était pourtant la nourriture. Les panthéons du passé sont pleins de divinités qui la représentent. Ne parlons pas des Grecs, saoulés d’ambroisie, ni des
Romains, qui offraient à leurs dieux d’interminables gueuletons. Chez les Slaves, avant que n’arrivent les curés, Zywienia, déesse de la bouffe, couchait avec Radogast, dieu de l’Hospitalité. Pas
si mal. Et Kokopelli, le petit dieu des Indiens Anasazi, cachait dans sa bosse éternelle des plantes et des graines. Mais tout cela c’était avant le Grand Progrès.

« autoroutes de la bouffe contre départementales de la nourriture »

La révolution industrielle n’a pas seulement inventé la machine à vapeur, l’usage du pétrole, les abattoirs de Chicago, la bagnole individuelle, la chimie de
synthèse et le téléphone portable. Elle a pulvérisé les anciennes manières de se nourrir. Ce que vous allez lire dans ce hors-série de Charlie n’est qu’une évocation dont vous ne sortirez peut-être pas tout à fait indemne. C’est en tout cas tout le mal
qu’on vous souhaite. Car l’apparition des transnationales de la bouffe a changé en simple marchandise ce qui était jadis cadeau des cieux et travail des hommes. Désormais, il faut cracher du
flouze. On a vu comment Findus, qu’on croyait un gentil cuisinier, appartenait en réalité à un fonds de pension, exigeant une rentabilité financière d’au moins 8% l’an. La bouffe est une
industrie, mondialisée, financiarisée, aussi sympathique que les hedge funds et les subprimes qui ont précipité la crise de 2008. Faut-il ajouter que cette industrie se contrefout des questions de
santé publique, qui ne sont évidemment pas son problème? Elle surajoute, par exemple, du sel dans tous les plats qu’elle nous fourgue, car cela augmente leur poids, multipliant le
profit. Bilan? 25000 morts par an en France, comme le clame dans le désert le chercheur Pierre Meneton.

Cargill, Monsanto, Nestlé, Danone font la loi parce qu’ils pèsent davantage que la plupart des États de la planète. Et les gendarmes du monde, comme
l’Organisation mondiale de la santé (OMS), regardent ailleurs, quand ils ne sont pas manipulés ou infiltrés par les grands lobbies industriels.

L’histoire que raconte Charlie est sinistre, mais elle fera rire,
car il ne nous reste plus que cela, en attendant mieux. Sauf révolte massive de la société, pour l’heure improbable, la machine continuera sa route. Pendant que nous montrons notre impuissance à
seulement contrôler le sucre, le sel, le gras, les pesticides, les colorants, les conservateurs, les ingénieurs de l’industrie avancent. Leurs labos nous concoctent de la viande sans animal, ou
de la bidoche clonée, ou encore des nanoaliments — taille: un milliardième de mètre — capables de traverser tous les tissus vivants, cellules comprises. Où sont les études sur leur toxicité ?
Nulle part. Elles n’existent pas. Elles viendront peut-être, mais quand il sera trop tard.

Y a-t-il une autre voie? Plus d’une, en réalité. Le mouvement Slow Food, l’agriculture bio, l’alimentation des Karens de Thaïlande, le végétarisme montrent que
nous ne sommes pas condamnés à subir la loi des marchands. Mais pour échapper à la bouffe industrielle, il faudrait commencer par accepter de payer le prix réel des aliments. La plupart d’entre
nous préfèrent acheter un téléphone portable que de s’acheter du vrai pain et de vrais fruits. La publicité a parfois bon dos, qui permet d’échapper à des questions bien plus dérangeantes. Pour
sortir de ce système infernal, il faudrait commencer par relever la tête. Pour l’heure, nous avons la gueule enfoncée dans l’auge.

 

Cette fois encore, l’équipe de Charlie Hebdo s’est surpassée. Il faut dire quie le thème de la nourriture, reste un sujet sensible dans le pays de la gastronomie.

Nos amis anglais expliquent que les anglais mangent pour vivre, tandis que les français vivent pour manger.

Qui n’a jamais échangé de bonnes recettes, ou des bons plans restau avec des amis ou des connaissances ? Si en Angleterre, nous nourrissons nos conversations avec les conditions climatiques, en
France, c’est la bonne bouffe !

Toutefois, les bons petits plats tendent à disparaitre : la mondialisation, la crise, la rentabilité, la nourriture standardisée,…

Si la France a gardé un bon niveau alimentaire, il a une fichue tendance à baisser avec le pouvoir d’achat en berne où les pauvres sont de plus en plus pauvres, et les classes moyennes ripent
vers la pauvreté.

 

Ce hors série est disponible chez vos marchands de journaux. La presse – librairie Au Fai’t de Catherine et Eric Picard en ont à votre disposition dans le tourniquet consacré à la presse
sarcastique et satyrique. S’ils n’en ont plus, n’hésitez à commander ce magazine exceptionnel, de grande qualité, qui vous fera sourire jaune… Au Fai’t est situé face à la collégiale d’Auffay.
Site internet : http;//www.aufait76.com

 

Bon lundi à tous !

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