Je rentre d’une rencontre débat à
l’université de Mont St Aignan, avec Pinar Selek, exilée Turque victime des
derniers assauts d’une justice archaïque. Je suis saisie, avec gravité et
émotion, du témoignage de cette femme, sociologue, féministe et
antimilitariste, résistante, engagée pour les droits de l’homme en
Turquie.
Elle fait l’objet, depuis 14 ans, d’une histoire qui pourrait nous
apparaitre, à nous en France, complètement surréaliste : Elle vient d’être
condamnée, le 24 janvier dernier, à la prison à perpetuité pour n’avoir pas
voulu « donner » les noms des personnes (Kurdes) qu’elle a interrogées dans le
cadre de son projet de recherche … après avoir été acquitée par la cour de
cassation 3 fois pour ce même chef d’accusation !

Pinar Selek vient d’être condamnée, une nouvelle fois, parce qu’en Turquie,
il y a 14 ans, débattre de la question Kurde était un sujet tabou. Cette
condamnation est le symbole d’une Turquie en
mouvement, en proie à ses conflits internes entre archaïsme et
modernité, entre démocratie et nationalisme. (Pinar dit d’ailleurs
d’elle même qu’elle incarne « un combat symbolique », tout en constatant la
richesse intellectuelle et l’évolution sensible de son pays depuis quelques
années).
Comme l’ensemble de l’assemblée, j’ai été touchée par cette injustice…
Mais je ne veux pas me résigner à rester un témoin « indigné »:
Ce témoignage est aussi, pour moi, un formidable message d’espoir tourné vers
la recherche d’une solution politique, qui plaide en faveur de
l’urgence de relancer le processus d’intégration de la Turquie dans
l’Europe.
Pinar Selek nous a fait partager ce soir, son refus et sa lutte contre les
tabous en Turquie, mais en France, depuis le non au TCE, n’avons nous pas, nous
aussi, nos sujets tabous?
S’il est difficile de parler de l’Europe aujourd’hui, ça l’est encore plus
de parler de l’intégration de la Turquie !
Une intégration qu’on renvoit, à chaque rendez vous électoral, aux calendes
grèques. Le processus, bloqué depuis l’ère sarkozy est encore en panne
aujourd’hui ! Le dossier est certes complexe, mais le chemin est
balisé : le respect des critères de Copenhague (la reconnaissance des
droits des Kurdes et celle du génocide Arménien), l’engagement dans le
processus, et au bout, l’entrée dans l’Europe (celle des
peuples, pas celle des Etats nationalistes!) comme la meilleure
garantie de la démocratie, des libertés et des droits de l’homme.
Cette expérience me conforte (s’il le fallait?) dans la croyance intime, du
pouvoir de la démocratie… mais m’alerte aussi, car cette démocratie souffre
mal l’inconséquence, la paresse et la pauvreté des débats politiques
ambiants…
Je reprends donc le clavier ce soir (cela faisait plusieurs mois que je ne
m’etais pas exprimée sur ce blog), de façon un peu spontanée et passionnée,
mais finalement à l’image de mon engagement en politique, en 2001 pour une
ville citoyenne, en 2009 pour l’Europe des peuples, et demain, une nouvelle
fois, pour une démocratie locale vivante, exigeante, et porteuse d’une nouvelle
ambition pour un avenir commun.

