PAC 2013 – 2020 : entre espoirs et contradictions

Ce 18 novembre, Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture, a présenté son projet de réforme de la Pac en 2013. Dans ce que nous avons lu, nous partageons des constats et propositions. Le commissaire affirme la nécessité de remettre à plat les aides publiques à l’agriculture européenne et de mieux prendre en compte l’actif agricole dans la redéfinition de ces aides. En ce sens, il insiste sur le soutien particulier à porter aux petites fermes, indispensables à la vie de nombreuses régions rurales.
Nous partageons également avec Dacian Ciolos sa volonté d’engager l’agriculture à prendre toutes ses responsabilités dans la lutte contre le bouleversement climatique et la dégradation de la biodiversité.
Mais la Commission européenne ne remet pas en cause la prédominance du marché sur toute politique agricole, aboutissant à la formulation d’une double ambition contradictoire : l’amélioration de la compétitivité du secteur agricole dans un commerce concurrentiel mondialisé et la lutte contre l’instabilité des prix pour limiter la variabilité du revenu des producteurs.
Pourtant le constat est sans appel pour le modèle en place : le nombre d’emplois dans l’agriculture de l’UE a diminué de 25% entre 2000 et 2009. En France, nous sommes passés en dix ans de 1,5 million d’agriculteurs professionnels à 770.000 en 2007 (2). Au niveau du revenu, la situation est tout aussi dramatique : les paysans français on vu en 2009 leurs revenus baisser de plus d’un quart par rapport à l’année précédente ; le phénomène est similaire partout en Europe, où ces revenus ont chuté en moyenne de 12%. Quant aux conséquences sur l’environnement des pratiques encouragées par la Pac, elles n’ont cessé de s’aggraver, de la vache folle à l’arrivée des OGM, en passant par la destruction de la qualité des eaux ou des sols dans nombre de régions.
Il faut donc, non seulement réformer la Pac en 2013, mais la réorienter complètement. Et passer d’une « vocation exportatrice » sous commande de l’agro-industrie à la souveraineté alimentaire dans le respect de toutes les agricultures du monde.
Il nous faut tourner la page d’un système qui importe massivement du soja, souvent transgénique et cultivé sur la déforestation de vastes régions d’Amérique du Sud, pour nourrir en Europe des élevages concentrés puis exporter à bas coût et avec subventions la viande produite vers des pays tiers, en Afrique par exemple, ruinant au final les producteurs locaux. Nous devons répondre à une demande de la société qui est toute autre.
Construire la souveraineté alimentaire implique de tenir l’agriculture à l’écart des règles de l’OMC et de dépasser les accords de Blair House pour reconquérir l’autonomie en protéines de l’Union européenne. Cela suppose la relocalisation des productions et des échanges, des paysans nombreux sur tous les territoires, donc de nouvelles politiques foncières et la coopération entre producteurs et bassins de productions en remplacement d’une compétition dévastatrice. La redéfinition et la réorientation des aides publiques sont ici essentielles.
Prenons acte des volontés de la Commission européenne dans son avant-projet : plaçons l’emploi et l’environnement au cœur de cette refondation. Les aides doivent être liées aux volumes produits par actif selon les types de productions, et franchement plafonnées afin d’éviter les dérives vers l’agrandissement et l’industrialisation des exploitations. Elles doivent être conditionnées à des pratiques assurant la protection et la régénération des ressources naturelles. Elles doivent être, comme préconisées, mieux équitablement réparties sur le territoire européen et tenir compte des handicaps naturels.
Pour atteindre ces objectifs, il est indispensable que le budget de la Pac soit maintenu à un niveau élevé. Il n’y aura aucun problème à justifier une telle ambition budgétaire si elle correspond à un projet répondant aux souhaits des Européens pour leur agriculture, leur alimentation, leur environnement et leurs territoires.

Les élus régionaux Europe Ecologie en charge de l’agriculture/B.D.

(1) selon un rapport publié en mai 2010 par Eurostat, direction générale de la Commission européenne chargée de l’information statistique à l’échelle communautaire.
(2) selon l’Insee

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