Forte hausse des coûts de production chinois.

Forte hausse des coûts de production chinois. 

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Les industriels locaux se mettent à délocaliser… au Vietnam notamment…

 Le fait est étonnant mais il est bien là : dans moins de 5 ans, les coûts de production chinois auront rattrapé ceux de l’OCDE…Ce, du fait d’une inflation jugulée au prix d’une politique monétaire plus restrictive, qui freine le crédit et de salaires en forte hausse.

Dans ce contexte, les industriels chinois cherchent désormais à délocaliser leur production vers des pays à faible coût salarial.

En particulier le Vietnam… Travailleurs chinois, ce n’est que le début !

Malgré la hausse des coûts de production qui grignote les étroites marges bénéficiaires des entreprises hongkongaises, les pôles d’activité chinois restent toutefois les plus compétitifs d’Asie. Telle est la conclusion de deux études publiées le 3 juin 2010 par le Hong Kong Trade Development Council (HKTDC)[1].

Intitulée « Mounting Price Pressure on China Exports », la première étude analyse la progression des coûts de production en Chine, tandis que la seconde : « The Competitive Supply Chain: China v Arising Asia » établit une comparaison entre la compétitivité des producteurs chinois et celle des fournisseurs d’autres pays asiatiques.

La production face à ses défis

Commentant les conclusions de ces deux rapports, Madame Pansy Yau, économiste au HKTDC, souligne que les producteurs hongkongais basés en Chine continentale font actuellement face à l’augmentation des salaires, à la progression rapide du coût des matières premières et de l’énergie, à l’inflation et à une pression croissante sur le cours du yuan.

« Tous ces facteurs grignotent leurs marges, déjà étroites. Il n’en reste pas moins que la part des exportations de produits chinois dans le commerce international ne cesse de croître : de 4,7 % en 2000 à 12,7 % en 2008. Ces chiffres prouvent que la compétitivité de la production chinoise n’est pas uniquement une affaire de prix. »

Et Madame Yau de préciser également que malgré l’intérêt croissant des acheteurs pour des produits fabriqués dans des pays asiatiques émergents où le coût de la main d’œuvre est moindre (Vietnam, Inde, Bangladesh, Indonésie et Cambodge), cette tendance ne menace toutefois pas réellement les exportations chinoises.

« Des zones de concentration industrielle bien implantées, la compétence et la qualification élevées de la main d’œuvre et ses infrastructures permettent au pays de compenser le désavantage de la hausse des coûts ».

Hausse des coûts d’exploitation

L’étude menée par le HKTDC révèle que plus de la moitié des industriels hongkongais opérant dans la région du Delta de la rivière des perles ont dû faire face à une pénurie de main d’œuvre au cours du premier semestre 2010 en raison d’une hausse des commandes destinées à l’exportation. Pour retenir les ouvriers qualifiés, les salaires proposés dans cette région ont été revus à la hausse d’environ 17 % au cours des six derniers mois ; soit une augmentation de 4 à 6 % des coûts de production.

Autre sujet crucial : la hausse des prix de l’essence et du gasoil survenue en avril 2010 à raison de 4,1 et 4,5 % respectivement ; soit une augmentation de 28,7 et 29,5% depuis fin 2008.

Autre indicateur essentiel, l’indice chinois des prix à la production (I.P.P.), qui affichait en décembre 2009 une tendance baissière, s’inscrit de nouveau à la hausse et a même augmenté de 6,8 % en avril 2010. Enfin, l’indice des prix de produits de base « Economist Commodity-Price Index » indique que les prix des métaux étaient, fin avril, en hausse de plus de 120 % par rapport aux niveaux plancher atteints fin février 2009. Les prix des alliages d’aluminium, du coton et de la pâte à papier ont également augmenté.

Part locale et pression sur le yuan

L’étude du HKTDC constate également une augmentation de la part locale – à savoir que la part de coûts de production réglés en yuan par les entreprises hongkongaises produisant sur le continent chinois – est passée d’une moyenne de 30 % il y a quelques années à 48,9 %. L’appréciation de la monnaie chinoise leur pose un problème majeur.

D’après Mme Yau, alors que le marché mise pour l’année prochaine sur une valorisation progressive du cours du yuan de l’ordre de 3 % à 5 %, l’augmentation de la part locale implique qu’une réévaluation de 5 % par rapport au dollar américain se traduirait par une hausse de 2,5 % des coûts de production.

Transfert de coûts et compétitivité pérenne

Après un fléchissement tout au long de l’année 2009, l’indice des prix à l’exportation du continent chinois a renoué avec la croissance en mars 2010. Le recul des prix à l’importation de produits en provenance des États-Unis a également subi un brusque coup de frein au cours des derniers mois.

Malgré tout, la contribution des exportations de produits fabriquées en Chine au commerce international ne cesse d’augmenter, passant de 4,7 % en 2000 à 12,7 % en 2008. Ceci prouve que la compétitivité de la Chine continentale en tant que centre de production n’est pas uniquement une question de coût.

Cette compétitivité est également mise en lumière par la deuxième étude du HKTDC : « The Competitive Supply Chain: China v Arising Asia » qui se livre à une comparaison entre les fournisseurs chinois et ceux du reste de l’Asie, tout en étudiant dans quelle mesure les pays producteurs émergents assurent une complémentarité par rapport au continent chinois en termes de production de biens à fort coefficient de main d’œuvre et à quel degré l’Asie est en voie de devenir un réseau de producteurs.

Les pôles de production asiatiques

Il ressort de l’étude que la hausse des coûts de production sur le continent chinois a poussé les acheteurs étrangers à repenser leur stratégie et à envisager leurs achats de biens à fort coefficient de main d’œuvre auprès de fournisseurs asiatiques bénéficiant de coûts salariaux moindres. Ainsi, le Vietnam exporte essentiellement des vêtements, meubles et chaussures vers les États-Unis. En 2009, ces catégories représentaient d’ailleurs 63 % de toutes les importations américaines en provenance du Vietnam tandis que plus de 90 % des importations américaines en provenance du Cambodge et du Bangladesh portaient sur des vêtements.

Mais même si l’on constate une progression des exportations de certains pays producteurs asiatiques, leur part de marché à l’échelle internationale reste, en valeur relative, encore très loin derrière celle de la Chine continentale. À titre d’exemple, les exportations du Vietnam vers les États-Unis et l’Union européenne ont certes progressé de respectivement 18,8 % et 9,3 % entre 2006 et 2009 mais leur part sur ces mêmes marchés ne représentent que 0,9 %.  

La hausse des coûts de production en Chine a également incité les producteurs à restructurer leur organisation de manière à pouvoir tirer parti des tarifs de main d’œuvre relativement bas pratiqués dans les régions intérieures du continent ainsi que dans d’autres pays asiatiques ; notamment pour la fabrication de produits de masse et d’articles à bas prix. La fabrication de produits à plus forte valeur ajoutée et de plus haute complexité reste toutefois dans la région du Delta de la rivière des perles.

Au-delà du facteur prix

Monsieur Billy Wong, également économiste au HKTDC, fait valoir que la compétitivité de la Chine reste solide en dépit de la hausse de ses coûts de production, en ce sens que la production moyenne par travailleur y est nettement plus élevée qu’au Vietnam, au Bangladesh ou au Cambodge. Et de préciser que « les producteurs chinois bénéficient de pôles d’activité industrielle bien développés offrant un accès facile à l’approvisionnement en amont ainsi que d’infrastructures essentielles de transport et d’expérimentation. Tous ces éléments ne sont pas uniquement des moteurs d’efficacité mais raccourcissent également les délais de livraison. »

Et Monsieur Wong d’ajouter que l’appareil productif chinois travaille également en coopération avec d’autres pôles asiatiques émergents bénéficiant de faibles coûts de main d’œuvre afin de former un vaste réseau de production voué à desservir les marchés étrangers.

Pérennité de la compétitivité

Dans le cadre de l’étude, le HKTDC avait demandé à des producteurs de noter la compétitivité (les principaux critères étant les coûts de main d’œuvre et d’approvisionnement) de plusieurs pôles d’activité industrielle. Au classement final, les cinq régions dominantes étaient toutes sur le continent chinois. Le Delta de la rivière des perles et le Delta du fleuve Yangtze occupaient les premières marches du podium, suivis des zones de la province du Guangdong situées en dehors du Delta de la rivière des perles ainsi que des provinces intérieures à la périphérie du Guangdong et enfin du Golfe de Bohai. Parmi les entreprises envisageant l’établissement de nouvelles usines dans les trois prochaines années, 46 % plébiscitaient le Delta de la rivière des perles contre 6,2 % qui déclarèrent envisager une implantation au Vietnam.

Même si la production de biens à fort coefficient de main d’œuvre et de produits à demande élastique est susceptible d’être délocalisée vers d’autres pays asiatiques, aucune économie n’a la carrure nécessaire pour se substituer à la Chine dans un avenir proche conclut le rapport. Pour ce qui est de la fabrication de biens à valeur ajoutée et de produits sophistiqués, les avantages du continent chinois en termes de qualité, de productivité et de R&D lui permettront de conforter sa place dans la chaîne mondiale de l’offre.

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