CCCXXVIII.

Il y a soixante ans ou cinquante, on s’amusait. Par exemple, chaque année, ici, on avait droit à La féérie étoilée des bâtons blancs. La chose, sorte de gala, se passait à l’Omnia. Pas celui d’aujourd’hui mais celui d’hier, tout blanc, tout beau, avec des fresques remplies de faunes, de cerfs et de déesses jouant de la lyre. Bref, l’Omnia du temps du Bar de l’Omnia et d’Omnia Coiffure, du temps où aller à l’Omnia, c’était aller à l’Omnia.

Voir Gilbert Bécaud, Édith Piaf, Barbara … des gens comme ça. Et voir de grands films, type Laurence d’Arabie ou Ben Hur. Du temps où tout cela signifiait quelque chose. Du temps où nos grands hommes — Allain Leprest — ou nos grands films – La Guerre des boutons 2 & 3 — n’étaient que des étincelles dans les yeux de leurs géniteurs.

Donc nous allions voir La féérie étoilée des bâtons blancs, autrement dit le gala annuel des œuvres sociales de la police. Autrement dit le bal des pompiers. C’était l’occasion d’applaudir d’amusants numéros de music-hall. Parfois, on tirait une loterie, de quoi gagner une télévision, un réfrigérateur et une année, devinez quoi, une Aronde ! C’était province en diable, mais ici ça n’a jamais été un défaut.

Puisque nous sommes dans le genre sapeur, on a pu lire il y a peu, la célébration mémorielle de ce sinistre pantin que fut Roger Parment. C’était dans Paris-Normandie, où ledit a officié du temps, justement, de la féérie. Il faut dire qu’avant d’être journaliste, Parment fut agent de police. Et ensuite, outre gaulliste bon teint, il devint adjoint à la culture. Une carrière comme on n’en verra plus.

Ajoutons, pour écrire comme lui, qu’il taquinait la muse. Je me souviens de ce poème commençant par : Il était un petit flic qui trouvait son métier très chic. Rien de fatal si ça se voulait drôle. Or, ça ne le voulait pas. Mais ça l’était. Tout le drame de Parment. J’ai connu un de ses collègues (et subordonné) qui, pour se venger de sa suffisance, collectionnait cuirs, bourdes et sottises écrits par son chef. Le recueil circulait de bar en bar. Dommage qu’il soit perdu.

L’article précité, rédigé selon la mesure balancée du ni vu ni connu, dit l’essentiel sans encourir la critique. C’est du Paris-Normandie pur jus. Ainsi relève-t-on qu’on pouvait juste reprocher au sujet portraituré une apparente confiance en lui et une personnalité quelque peu envahissante. Pourquoi apparente ? Pourquoi quelque peu ?

L’une des fariboles de l’ère Lecanuet fut d’avoir associé le nom de Roger Parment à une bibliothèque publique. Voilà un homme qui ne savait ni A ni B, dont l’admiration n’allait qu’aux vulgaires et aux médiocres (lesquels lui rendaient la pareille) et qui passe pour un sujet d’article. Vrai que nous sommes à Rouen, ne jamais l’oublier.

Mais bast, est-ce grave ? Sous le pont [Pierre Corneille] coule la Seine… Ne voyez ici, malheureux lecteurs, qu’un chroniqueur en mal d’inspiration. A dire le vrai, je devais vous entretenir d’autre chose. Ce sera pour la prochaine fois.

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