Les affameurs

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Ce n’est pas une blague de mauvais goût. Les dirigeants de l’Union européenne, ceux-là mêmes 
qui ont renfloué les caisses des banques au prix de milliards d’euros, se préparent à réduire de 75 % le programme européen d’aide 
aux plus démunis (PEAD) ! En d’autres termes, le budget des aides alimentaires qui contribuait à soutenir 
les associations de solidarité dans leur mission auprès 
des populations plongées dans la plus grande pauvreté serait quasiment anéanti en 2012. La réunion des ministres de l’Agriculture des vingt-sept États membres, réunie hier à Bruxelles, a abouti, faute d’accord, à cette incroyable et révoltante menace. Six États, emmenés par l’Allemagne d’Angela Merkel, ont refusé que soient poursuivis les achats alimentaires dans le cadre de 
la politique agricole commune pour constituer 
les stocks de nourriture. Dans un même mouvement, 
on sanctionne les agriculteurs et on prive de nourriture des millions d’êtres humains… Ainsi se déroule 
la chronique d’une Europe étouffée par le libéralisme, et qui renonce ouvertement aux principes qu’elle proclame.

Les pauvres sont décidément trop nombreux, pense-t-on sans doute dans les services 
de M. Barroso, dans les bureaux de la Cour européenne de justice, qui avait rendu un avis en ce sens, ainsi que dans les chancelleries à Berlin, Copenhague, La Haye, Stockholm et Prague, pour que l’Union continue à les aider à survivre en fréquentant 
les Restos du cœur. 
Et qu’importe que le traité de Lisbonne affirme dès son article 3 que « l’Union européenne combat l’exclusion sociale et les discriminations, et promeut la justice et la protection sociales », le caractère de classe de l’orientation de la politique européenne apparaît ici dans toute sa cruauté. « Indignez-vous ! » L’appel de Stéphane Hessel trouve chaque jour ou presque de nouvelles raisons de se révolter.

L’Europe compte quelque 80 millions d’hommes et de femmes contraints de vivre en dessous 
du seuil de pauvreté. Tous sont victimes de la loi de 
la concurrence libre et non faussée, de l’économie dominée par les marchés financiers, du recul dans tous 
les États membres de l’UE de l’État social. La France dans ces domaines ne fait pas exception, bien au contraire 
avec ses quelque 8 millions de personnes aux revenus inférieurs à 880 euros mensuels.

Mais la solidarité est une valeur européenne 
qui ne s’applique pas aux 18 millions de pauvres aidés par le PEAD dans 19 pays de l’Union. 
Sans rire, la Cour et la Commission renvoient la balle 
aux budgets nationaux des États membres concernés… Mais de quels pays parle-t-on ? De la Grèce, que 
les dirigeants européens et le FMI saignent à blanc, 
du Portugal, de l’Italie ? Si le blocage n’a pas été surmonté hier, un autre Conseil des ministres européens tentera de trouver un compromis le mois prochain. 
C’est un encouragement à poursuivre la pression sur 
le gouvernement. Les associations qui ont sonné 
le tocsin au cours d’une conférence de presse lundi 
ne sont pas pour rien dans l’expression du désaccord 
de la France avec un coup d’arrêt de l’aide alimentaire aux plus démunis. Mais face aux affameurs, seule 
une large mobilisation dans notre pays et dans toute l’Europe pourra faire prévaloir la solidarité européenne, 
si éloignée des calculs égoïstes de Bruxelles

Le caractère de classe de la politique européenne apparaît ici dans toute sa cruauté.

 

Jean-Paul Piérothumanite2010logo.gif

 

 

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