Démocratie plutôt que sondocratie

sondageAlors que les sondages tombent comme à Gravelotte sur la primaire citoyenne et qu’ils passent en boucle sur les ondes avec un matraquage frisant le lavage de cerveau ; alors que ceux qui ont été rémunérés pour les réaliser affichent une scientificité aussitôt contredite par l’aveu de leur complète ignorance du corps électoral ; alors que ceux qui trustent les médias les commentent avec un unanimisme qui n’est pas sans rappeler le phrasé mécanique de la pensée officielle – comment ne pas songer à Philippe Séguin et deux de ses discours, marquants, puissants, prononcés en janvier 1995.

A l’époque, un carré de beaux esprits se congratulant dans le cercle de la raison considéraient comme acquise la victoire d’Edouard Balladur à l’élection présidentielle. Que d’autres, dans son parti et dans les autres, aient pu songer à présenter leurs candidatures relevait de l’incongruité, de l’erreur de jugement, de la faute de goût que seule l’obligation démocratique d’organiser un scrutin semblait pardonner. A tel point que le porte-parole du candidat chouchou de l’époque, Nicolas Sarkozy, l’imaginait carrément élu dès le premier tour.

Contre cette assignation à penser-comme-il-faut, Philippe Séguin s’exprima pour défendre le voter-comme-je-veux. A Bondy, il déclara : « Arrêtez donc de croire qu’il va y avoir une élection présidentielle ! Le vainqueur a déjà été désigné. Proclamé. Fêté. Encensé. Adulé. Il est élu. Il n’y a pas à le choisir, il y a à le célébrer. Ça n’est plus la peine de vous déranger. Circulez, y a rien à voir.» Et à Metz, il lança : “On me pose parfois cette question : pourquoi diable ne faites-vous pas comme bien d’autres ? Dès lors qu’il y a deux candidats dans les rangs de votre parti, pourquoi ne pas choisir celui des deux dont on dit, dont on répète, dont on martèle à l’envie qu’il aurait, aujourd’hui, les meilleures chances de l’emporter ? En d’autres termes, pourquoi ne pas choisir le meilleur cheval ? Ma réponse est simple : c’est parce que je ne veux pas confondre la politique et le service de l’Etat avec le PMU”.

Relisons Philippe Séguin, lisons-le avec soin et méditons son message : en République, les décisions ne sont pas prises par les sondeurs, mais par les électeurs.

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