L’industrie papetière perçoit les premiers signes d’un ralentissement économique (source : Les Echos)
Le niveau élevé des stocks, la baisse de la consommation et la mise en service de nouvelles capacités de production ont fait redescendre les prix de la pâte sous les 1.000 dollars la tonne.
Laurence BOLLACK, Les Echos
Papier-toilette : Georgia-Pacific innove pour se maintenir en tête Les analystes de JP Morgan sont formels : « le marché du papier est classiquement le premier à montrer la tendance en cas de retournement de conjoncture à la baisse. C’est bien ce qui se produit aujourd’hui ». Après la forte reprise qui a suivi la crise de 2008-2009, l’industrie papetière commence à sentir le ralentissement en cours.
La demande s’affaiblit en Europe et aux Etats-Unis, les prix baissent, et des investissements sont remis en cause. Compte tenu du coup de froid sur l’économie chinoise, le fabricant de carton Nine Dragons vient ainsi de retarder la mise en service de six machines. Quant aux actions des groupes papetiers, elles ont été parmi les plus pénalisées en Bourse ces derniers mois.
Les cours de la pâte à papier, eux, redescendent de leurs sommets. Après avoir culminé en juin à 1.050 dollars la tonne pour la pâte de qualité NBSK (Northern bleached softwood kraft) qui sert de référence, les prix sont retombés ce mois-ci à quelque 950 dollars la tonne. A cela plusieurs raisons : tout d’abord la hausse des stocks, aujourd’hui à un niveau très élevé. « Chez les producteurs de pâte de feuillus, les stocks atteignent quarante-huit jours, contre un niveau standard d’environ trente jours. Pour les faire baisser, les industriels consentent des rabais et les prix s’érodent mécaniquement », explique Paul-Antoine Lacour, délégué de la Fédération des pâtes à papier.
A ce phénomène s’ajoute une baisse de la consommation liée aux difficultés des acteurs économiques, qui pèsent en effet sur les volumes de publicités et les échanges interentreprises, donc sur la demande de papier.
Autre élément de nature à faire reculer les cours de la pâte : la mise en service de nouvelles capacités, notamment dans les pays émergents. La Chine vient ainsi de se doter d’une nouvelle usine de grande taille, avec l’entrée en production d’une unité de 700.000 tonnes exploitée par Shandong Chenming dans le Guangdong. De nouveaux projets sont attendus en Asie et en Amérique latine, où la forêt, grâce à l’eucalyptus, croît rapidement.
Une baisse limitée Au final, la baisse reste néanmoins limitée. « Il existe une détente sur les prix en dollars. Mais le billet vert s’est raffermi par rapport à l’euro, monnaie dans laquelle nous payons notre pâte. Pour nous, la baisse des prix n’est donc pas significative », témoigne Thierry Lot, directeur général opérationnel de Georgia-Pacific, un gros consommateur de cette matière première.
La dépréciation des monnaies locales aide aussi les producteurs : la baisse du réal favorise par exemple les exportations du brésilien Fibria, premier producteur de pâte dans le monde. « Les prix de la pâte ont décliné cette année, un phénomène que la faiblesse de la monnaie aide à compenser », confirme Pedro Galdi, responsable de la stratégie du courtier brésilien, SLW Corretora.
