Le Havre : la vente « à la bougie » d’un appartement

Notaire
Mon voisin du dessous est décédé il y a deux ans laissant derrière lui de l’argent et un appartement. Le pauvre homme n’ayant aucune descendance, il laisse ce que l’on appelle une succession vacante. L’État a donc pris l’argent ; c’est qu’il lui en faut des devises pour renflouer les banques ! Humour… Quant à l’appartement, il sera vendu et c’est à nouveau l’État qui empochera le butin . La vente est confiée à un notaire chargé d’orchestrer une drôle de cérémonie : une vente dite « à la bougie ». En réalité, pas de bougie mais un chrono.
Je me porte acquéreur de cet appartement de 34 m2 en état d’insalubrité totale pour agrandir mon chez moi et m’épargner, surtout, un voisinage difficile.
La mise à prix est alléchante 15 000 euros, c’est près de 5 fois moins cher que le prix moyen au m2 au Havre (1 986 euros/m2 en moyenne). Évidemment, les bas prix attisent les convoitises d’investisseurs. Je me présente à cette vente fixée fin novembre dernier. Quatre biens sont mis aux enchères pour cette même session : nous voilà donc noyés dans la masse des acheteurs potentiels. Ils sont tellement nombreux que je ne peux les compter; tous sont venus faire la bonne affaire, mais aucun n’est plus déterminé que moi !


Tu seras notaire mon fils !

Comme le notaire l’a indiqué, je me suis munie d’un chèque de  banque de 3000 e qui me donne le droit d’enchérir et j’entre dans la longue file d’attente. J’apprends sur place que si j’emporte l’enchère, je devrais m’acquitter immédiatement des frais de notaire. Nous nous sommes fixé une enchère limite de  31 000 euros pour ce bien ; mon mari doit donc retourner chez nous rapidement pour aller chercher un chéquier. Pour ces éventuels 31 000e, je devrais débourser 8 500e de plus en frais de notaire. Je sors vite un instant, j’appelle mon fils de 10 ans au téléphone et je lui dis : « Plus tard, tu ne seras pas footballeur, tu seras notaire! ». (Humour bis). J’entre à nouveau dans la salle. La tension commence à monter. Tout ceci est étudié pour. Après avoir rempli un petit dossier, donné mon chèque, on me donne un badge portant le numéro 8. Diantre ! D’habitude, mon « lucky number », c’est le 6…. Aïe aïe aïe.


L’heure H, la minute M…

L’appartement que je convoite passe en premier. Chic ! Je suis très nerveuse mais je me concentre. Le commissaire-priseur nous explique la règle du jeu : un chrono de 90 secondes. Ces dernières nous permettent de poser une enchère minimale de 500 euros. Les 10 dernières secondes sont sonores telles un compte à rebours qui nous permet de prendre conscience qu’un temps presque crucial passe… Chaque fois qu’une enchère est prononcée, le compteur repart à zéro. J’ouvre le bal : 15 500 e ; la femme commissaire-priseur telle une bonimenteuse harangue le client : « allez m’sieur dame, un effort! », 17, 18, 19, 20 000, 25 000 ; 29 000 e, je suis inflexible mais j’approche de ma deadline. Un homme me suit de près : « 30 000 e », dit-il silencieusement en levant son badge. J’annonce fiévreuse « 30 500 » et je tremble intérieurement. La tension est à son comble…
L’homme qui me talonne se penche vers moi et me glisse à l’oreille : « Allez, je vous le laisse! ». Les 10 dernières secondes retentissent. Les plus longues de ma vie. J’emporte l’enchère mais la partie n’est pas gagnée pour autant car pendant 10 jours ouvrés, toute personne qui le souhaite peut faire une surenchère. Cela a failli m’arriver mais l’intéressé aurait dû supporter une somme supplémentaire de 10% du prix final de l’enchère et s’acquitter de frais de notaires plus élevés, elle a donc jeté l’éponge. Tant mieux pour moi. Et tant pis pour le notaire.
DLM-T

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