Au Havre, grève au centre d’appels Ceacom

En grève depuis lundi 26 novembre, les salariés de Ceacom, centre d’appels du Havre, maintiennent la pression. Leurs revendications : obtenir de réels acquis sociaux. Détails.

Depuis lundi 26 novembre, ils sont mobilisés : « Une centaine de personnes, indique Valérie Jaouen, déléguée CGT chez Ceacom, centre d’appels basé dans le quartier de l’Eure, au Havre. Car beaucoup de salariés sont en CDD et ne peuvent donc pas vraiment s’impliquer sous peine d’être sanctionnés.» Le problème ?

« Cela fait quelques mois que la colère gronde dans l’entreprise, poursuit Valérie Jaouen. Depuis cinq ans, aucune augmentation de salaires, nous sommes payés au Smic, pas de tickets restaurant, pas de mutuelle, pas d’ancienneté, pas de journée enfant malade, alors qu’une grande partie des employés sont des femmes avec des enfants à charge. Ça commence à bien faire.»

Avec la perspective de la Négociation annuelle obligatoire (NAO) devant se dérouler en octobre dernier, les salariés de Ceacom avaient souhaité s’organiser en amont :

« L’idée était clairement de poser les problèmes, et de trouver des solutions. L’arrivée en juin d’un nouveau directeur était l’opportunité d’évoquer ce qui n’allait pas.» Car les problèmes dans l’entreprise, il y en aurait, selon la déléguée syndicale, beaucoup d’autres.
« Seules 10 minutes de pause sont rémunérées »
« Dans notre travail, (pour le compte d’Orange et d’EDF, ndlr), on nous écoute toute la journée. On ne peut donc jamais s’exprimer sous peine d’obtenir une mauvaise note d’écoute. » Avoir une bonne note d’écoute est synonyme de prime : « 10 euros par mois ! », s’indigne la syndicaliste.

« Nous sommes allés voir le directeur avec nos espoirs, explique Valérie Jaouen. Alors, il écoute, il écoute, mais strictement rien n’a évolué. Il nous explique qu’il embauche du personnel, ce à quoi nous répondons que quand on se sépare de près de 40 salariés par le système de la rupture conventionnelle, on n’a pas de mal à rembaucher un nombre équivalent de CDD qui sont autant d’emplois précaires (il y aurait 350 CDD sur 650 postes). Par ailleurs, il dit que nous avons avancé sur le système des pauses rémunérées, ce qu’il faut savoir, c’est que sur 30 minutes de pause, seules 10 sont payées. Quand on doit s’arrêter pour aller aux toilettes ou boire un verre d’eau, c’est sur notre temps personnel !»

Les revendications
« Elles sont simples. Nous voulons que soit revue la rétroactivité sur la rémunération de la pause quotidienne, obtenir une prime de Noël et que la direction revienne aussi sur la majoration des RTT de fin d’année. Nous sommes décidés à lutter, les salariés sont de plus en plus en colère, cela va mal se terminer cette histoire…»
Dans un courrier adressé au directeur de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE), la Conseillère générale (PCF) du Havre, Nathalie Nail, apporte son soutien aux salariés de Ceacom, évoquant « le fait que les salariés sont soumis à d’intenses pressions. Depuis le début du mouvement, les agissements de la direction sont abjects. Pressions, mises à pied et licenciements sont devenus le quotidien des salariés en lutte, au mépris des lois les protégeant. La direction essaie également d’opposer les syndicalistes aux salariés. Ces méthodes, que l’on pensait dépassées me révoltent, elles sont une grave attaque contre les droits des salariés.»

La version du patron
76actu s’est rendu sur place. Le directeur de Ceacom a accepté de répondre : « Cette proportion sur le nombre de CDD/CDI est fausse. Chez nous, 70% des employés sont en CDI. Concernant les ruptures conventionnelles de contrats, là encore, c’est faux, nous n’avons pas recours systématiquement à cette méthode. Quand des salariés souhaitent se réorienter professionnellement, nous faisons ce qui nous semble être le mieux pour eux », estime le directeur, Tarik Yaker, qui se déclare « surpris de l’ampleur du mouvement, puisque les NAO avaient abouti à des accords acceptés par tous et notamment par le syndicat élu, à savoir la CFDT. 50 salariés déjà en poste seront prochainement nommés chargés de clientèle niveau 2, c’est le signe qu’il y a des perspectives d’évolution dans notre entreprise. »

Tarik Yaker indique qu’il « peut comprendre la colère de certains salariés » mais ne peut pas « tolérer les méthodes employées, à savoir, faire entrer des personnes étrangères à l’entreprise pour mettre la pression sur d’autres salariés, utiliser des procédés violents comme, par exemple, faire sauter un pétard près de l’oreille d’une employée qui est en ITT (interruption temporaire de travail) pour 5 jours et a peut-être l’audition endommagée.» Concernant la liste des inégalités évoquées par les grévistes, le directeur de Ceacom commente également :

« Tout n’est sans doute pas idyllique mais nous sommes une jeune entreprise (six ans), il faut nous laisser le temps de nous développer. Mais je maintiens que nous donnons aux salariés des signes encourageants. Nous avons mis en place des règles liées à la planification, des réunions de vie et ma porte est ouverte pour tous les salariés. Je ne suis là que depuis l’été dernier et je n’ai fait aucun promesse car je sais qu’il faudra encore du temps pour avancer.»

L’inspection du travail et le sous-préfet, qui ont été sollicités, pourraient apporter une expertise externe. En attendant, la grève est reconduite, ce jeudi 29 novembre.

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