À l’occasion de sa cérémonie des vœux le 12 janvier sur laquelle nous reviendrons, le maire Jacky Leborgne, qui s’est lui-même très activement engagé dans ce combat, a demandé à Bernard Bénat, vice-président du Collectif de défense du site pharmaceutique Merck d’Eragny-sur-Epte, de dresser un point sur la situation. Extraits.
Profits et dividendes
« Si la lutte pour le développement de l’emploi est présentée comme une priorité nationale par le gouvernement, nous restons convaincus que cette lutte passe tout d’abord par l’arrêt immédiat de la casse des emplois industriels existants. Certes, pas à n’importe quel prix, mais pour le site de Merck d’Eragny, il est salutaire de se souvenir qu’en 2011 : le chiffre d’affaires de Merck, 3e groupe pharmaceutique mondial, a atteint la coquette somme de 48 milliards de dollars ; les profits (bénéfices nets dégagés) se sont élevés à 11,4 milliards de dollars ; les dividendes servis aux actionnaires atteignent 5 milliards de dollars ! »
Pouvoir de l’argent
« Malgré cela, le jugement prononcé en faveur de Merck et donc, contre l’assignation engagée par les salariés, met en exergue deux choses importantes, à savoir :
1) La démonstration du pouvoir exorbitant que les puissances financières multinationales ont acquis et exercent au-dessus des Etats. Il s’agit ici d’un héritage des gouvernements libéraux trop longtemps restés au pouvoir en France (…)
2) L’absence d’un cadre législatif que nous appelons à mettre en place en urgence, depuis l’arrivée de François Hollande à l’Elysée, et qui aurait permis aux juges du tribunal de Nanterre de stopper le PSE (Plan de licenciements) proposé par Merck. Quelle est cette loi ? Tout simplement celle qui consiste à interdire tout plan de licenciement dès lors qu’une entreprise réalise des profits et distribue des dividendes à ses actionnaires. »
Stratégie financière
« Le site d’Eragny tient une place particulière dans la filière de production pharmaceutique par sa spécificité, sa technicité, son niveau d’équipement et surtout le savoir-faire de ses salariés. Il s’agit d’une production à forte valeur ajoutée puisqu’elle porte sur des produits injectables. Deux repreneurs intéressés par le site de St-Charles ont été écartés par Merck au tout début de cession. La raison invoquée ? Ces repreneurs ont été identifiés comme des concurrents (…) La tentative de fermeture du site correspond bien à une stratégie financière du groupe Merck et non à une réelle stratégie industrielle. »
Mépris des salariés
« Alors que le jugement de Nanterre venait d’être publié pour la mise en œuvre du PSE, le préfet de l’Oise, Monsieur Desforges, invitait à une table ronde le 19 décembre 2012, les représentants des salariés et la direction de Merck pour une réunion dite technique où les élus du Collectif de défense n’avaient pas leur place. Mais nous n’avons pas tardé à connaître la finalité de cette réunion : le seul sujet abordé a été de discuter d’une relance de la production d’un produit car Merck se trouve dans une situation de rupture de stock ! (…) Cette demande souligne l’intérêt de maintenir les emplois sur ce site mais surtout le mépris de la direction à l’égard des salariés. Qui se résume à leur dire : vous êtes en instance imminente d’être licenciés mais en attendant vous êtes priés de produire davantage et jusqu’au bout de votre contrat. (…) À Eragny-sur-Epte comme à Alizay chez M’Real il y a un an, il ne peut y avoir de fatalité à la fermeture du site… »