
On en parlait depuis quelques mois, ça y est, la France a lancé
son attaque au nord Mali contre les différents mouvements intégristes. Tous
mobilisés contre l’ennemi. Les chaînes d’information continue ont revêtu leur
tenue de combat. Et la classe politique toute entière
applaudit…
Toute, non ! Quelques irréductibles résistent encore et toujours à
l’appel de la fleur au fusil. Mais ces quelques voix discordantes semblent
perdues dans un maelstrom cathodique et éditorial ne laissant aucune place aux
déserteurs, aux tire-au-flanc et autres esprits chagrins qui ne sont pas si
convaincus que çà par la guerre, pardon, par les opérations en cours au pays
d’Amadou et Mariam qui chantent les beaux dimanches de Bamako.
Certes, les éléments présentés par le gouvernement et l’armée et
complaisamment relayées par nos médias et nos élus de tout poil auraient plutôt
tendance à nous présenter l’événement comme inévitable et salutaire. Bien sûr,
qui peut se satisfaire de la domination de groupes armés aux motivations
diverses et aux méthodes brutales, c’est un euphémisme, sur des populations qui
n’ont rien demandé et qui subissent les illuminations d’hurluberlus bien
souvent autant d’importation que leur idéologie, si j’ose dire, aux antipodes
du concept des Droits de l’Homme. Quant à ceux de la femme, n‘en parlons même
pas…
C’est donc en jouant sur du velours que le gouvernement français a décidé de
cette aventure malienne sans bien sûr demander son avis au parlement qui, de
toute façon, aurait approuvé en bombant le torse, le petit doigt sur la couture
du pantalon. Tout juste si presque tous nos députés et sénateurs auraient
entonné Le Chant du Départ. Mais cela reste dans l’ordre du détail, de
l’épiphénomène, habitués que nous sommes à voir depuis plus de cinquante ans
l’Elysée et son occupant quel qu’il soit décider en notre nom des interventions
militaires en Afrique. Certes, on nous offre le rêve de l’éternelle grandeur de
la France et on ne parle plus des problèmes du quotidien. Mais à malien, malien
et demi…
Nonobstant la presque unanimité belliqueuse de nos habitués du petit écran,
il conviendrait plutôt de se demander comment on a pu en arriver à cette
situation inextricable. Et si la situation actuelle n’était que le produit de
choix effectués par nos chers leaders depuis plusieurs décennies ? En
effet, les intégrismes de toutes obédiences prospèrent sur le terreau de la
misère comme pourrait le dire un sociologue jardinier. Qu’a fait la France en
Afrique depuis un demi-siècle de soi-disant indépendance, si ce n’est faire
prospérer justement le terreau sur lequel pousse les plus mauvaises
herbes ? Régimes corrompus ou fragilisés, dirigeants cooptés,
développement erratique, armées omniprésentes dans les organigrammes nationaux
même si celles-ci savent mieux rançonner la population que la protéger des
attaques extérieures, systèmes politiques calqués sur notre cinquième
république, pression des organes comme le FMI ou la Banque mondiale, et j’en
passe, le tout avec la bénédiction des chefs d’état de l’ancienne métropole
colonisatrice.
Le cas malien est exemplaire. L’armée malienne, dont on peut dire sans
prendre de risques (enfin j’espère) qu’elle a été constituée selon le modèle et
les méthodes français n’a pas su contenir d’abord les forces du MNLA et ensuite
les groupes AQMI, Ansar Edine ou encore les scories de Boko Haram. Par contre,
cette armée s’est arrogé le droit de détruire un régime qui avait néanmoins su
ne pas plier aussi vite que d’autre sous les pressions et diktats divers venant
de Paris. Et voilà le résultat. Le capitaine Sanogo, qui n’a pas l’air très
malien, pardon malin, illustre à lui tout seul le problème de ces officiers
dont la formation par des cadres hexagonaux ne semble pas avoir développé les
facultés sur le plan de l’analyse.
Certes, la population semble soulagée d’avoir vu arriver nos avions en
rafale dans le ciel malien. Nos troupes commencent à débarquer de nos
porte-avions terrestres à savoir nos bases militaires au Tchad, en
Centrafrique, au Gabon ou ailleurs. Le sud du Mali voit plutôt d’un bon œil
cette intervention et ils ne sont d’ailleurs pas les seuls sur le continent.
Alors, fallait-il y aller ou non ? Cette décision faite, nous a-t-on
martelé, dans l’urgence alors que la situation se tend depuis des mois au nord
du pays, ne servira à rien si elle n’est pas suivi de décisions politiques qui
seules pourraient changer l’état dans lequel le Mali et bien d’autres se
trouvent. Difficile d’être optimiste. Depuis un demi-siècle, la France n’a
toujours pas réalisé ce que voulaient dire les mots indépendance, souveraineté,
coopération, développement… alors, dans l’urgence, on peut rester
sceptique.
Le mot de la fin à Dominique Marie François René Villezeau de Galopin,
pardon, Galouzeau de Villepin, on s’y perd, serial looser qui n’a brillé qu’une
seule fois, mais à l’ONU contre la guerre en Irak et qui a avec quelques autres
cassé le consensus : « Ne cédons pas au réflexe de la guerre pour
la guerre. L’unanimisme des va-t-en-guerre, la précipitation apparente, le
déjà-vu des arguments de la "guerre contre le terrorisme" m’inquiètent
».
Mais nous aussi, Dominique Marie François René, nous aussi…