Monsieur le Ministre,
Dans votre discours le 16 octobre dernier, dans le cadre de la préparation de la Loi sur la refondation de l’École, vous vous êtes prononcé, alors qu’il me semblait que nous étions en période de concertation, pour la création d’un service public régional de l’orientation.
Je m’étonne de cette décision qui s’inscrit dans les pas de l’un de vos prédécesseurs, Monsieur Xavier Darcos, ministre de Nicolas Sarkozy, et qui avait, dès 2007, annoncé son intention de confier la gestion de l’orientation aux Régions.
L’opposition des personnels, déjà connu en 2007, n’a pas faiblit en 2012.
La situation de l’Education Nationale est aujourd’hui délicate. En effet, l’école de la République a de plus en plus de difficulté à donner à tous les jeunes les armes nécessaires pour affronter le monde du travail et continuer ses études. Plus de 150000 jeunes sortent du système scolaire sans diplôme chaque année, environ 50% d’échec en licence du fait, entre autres, d’une mauvaise orientation et de l’absence de suivi, etc…
Cela est la conséquence de plusieurs décennies d’une politique d’Education qui ne visait qu’à réduire les budgets en supprimant des postes d’enseignants, de conseillers d’orientation, de psychologue, etc…
Les conseillers d’orientation ont un rôle très important à jouer aujourd’hui au vu de la situation de la difficulté d’insertion dans le monde du travail. Mais depuis 10 ans, le service public de l’orientation subit de nombreuses attaques, dont, entre autre, l’asphyxie du corps avec des recrutements bloqués à 65 pour 300 départs en retraite par an, avec pour conséquences une précarisation galopante du corps atteignant 30% des effectifs et la fragilisation du réseau des Centres d’information et d’Orientation avec un plan de restructuration visant à terme, l’élimination d’un CIO sur deux, des suppressions de postes de personnels administratifs et des diminutions de budgets conduisant à réduire le service rendu au public ou à fusionner des centres. Depuis 5 ans, 10 % des CIO ont été supprimés, fusionnés ou transformés en antennes.
Ainsi, Monsieur le Ministre, vos annonces m’inquiètent comme elle inquiète la profession des conseillers d’orientation psychologues qui espéraient avec le changement une autre orientation politique les concernant….
En effet, cette territorialisation entraînerait bon nombre de conséquences néfastes pour les personnels et pour les élèves. C’est une remise en cause profonde de l’égalité d’accès à ce service public à travers le pays, chaque Région décidera de la part du budget qu’elle attribuera à l’orientation en fonction de ses moyens et de ses objectifs. Tous les élèves n’auront donc pas le même droit à l’orientation, ce n’est pas acceptable dans notre République.
De plus, les personnels seraient placés sous une double autorité, celle de l’Etat et de la Région. La concurrence entre les deux « donneurs d’ordre » exposerait les personnels à des conflits de priorité qui influeront sur la qualité de leur travail. Les missions du personnel seront également transformées. Les accords signés entre les Recteurs et Régions répondront aux priorités définis par chaque Région.
Ainsi les premières victimes de ce choix seront les élèves car les conseillers d’orientation seront encore moins présents dans les établissements.
En outre, la labellisation serait de compétence régionale, aucun cadrage national n’étant prévu. Cela donnerait la possibilité à tout organisme d’obtenir ce label et de s’en prévaloir pour intervenir auprès des publics scolaires….
Enfin, aucune annonce ne permet d’être assuré que l’existence des CIO serait préservée après cette régionalisation. En effet, les CIO ne seraient plus service de l’Etat mais des services régionaux du STPO (Service Public Territorialisé de l’Orientation) et pourrait être regroupés dans des espaces polyvalents uniques pour rationaliser les dépenses.
La baisse des dépenses publiques imposée par le Traité Européen dont les collectivités territoriales paient le prix fort, m’amène à penser que cette hypothèse dénoncée par les personnels est fortement probable.
Cela transformerait radicalement le service public de l’orientation tel que nous le connaissons car ces organismes n’auraient ni les mêmes missions, ni le même mode de fonctionnement, ni les mêmes financements.
Ces annonces ont fortement troublé la communauté éducative et l’élue locale que je suis, attachés à l’égalité d’accès pour tous les élèves au service public de l’orientation.
Demain, partout dans le pays, la profession s’apprête à le dénoncer en manifestant son opposition à ce projet contraire à l’intérêt des usagers. Ils auront tout mon soutien.
Je souhaite, Monsieur le Ministre, qu’en cette période de concertation, les personnels soient écoutés et entendus.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations respectueuses. Nathalie NAIL