(fil-fax 17/01/13)
Au lendemain de l’annonce par la direction de Renault d’une fonte de ses effectifs en France de 7.500 salariés d’ici 2016, des débrayages ont été organisés mercredi par la CGT sur plusieurs sites dont ceux de Sandouville et Cléon. Selon la direction, ces arrêts de travail limités à une heure ont eu un impact limité: 162 grévistes à Cléon et 153 à Sandouville. La CGT évoque pour sa part 250 salariés présents lors de la prise de parole, soit 25 % de l’effectif présent ce matin à Sandouville. « C’est un coup de bambou », s’insurge Nicolas Guermonprez, secrétaire du syndicat CGT qui chiffre à mille départs l’impact de la mesure sur l’usine de Sandouville qui emploie 2.200 salariés. »Si la direction cherche l’affrontement, elle va l’avoir », prévient-il en parlant de « salariés dégoutés qui ne savent plus à qui se fier ». Ces débrayages prévus depuis plusieurs jours n’étaient pas liés directement à l’annonce faite mardi par la direction et visaient globalement à peser sur les négociations en cours sur « la compétitivité » du groupe en France.
Contrairement à un précédent arrêt de travail, huit jours plus tôt, FO premier syndicat à Sandouville, ne s’était pas joint au mouvement. « C’est la poursuite de la politique de Renault », juge toutefois Vincent Lefrançois, secrétaire du syndicat FO qui voit dans l’annonce de la réduction des effectifs sans fermeture de site un « élément » de l’accord de flexibilité que tente d’obtenir la direction du groupe. « On veut nous faire travailler plus et remettre en cause l’accord des 35 heures », résume-t-il en prédisant que la charge de travail sera répartie entre ceux qui resteront. A Sandouville, ce mouvement de réduction des effectifs est depuis longtemps engagé avec la reconversion de l’usine qui va abandonner l’assemblage du haut de gamme (actuellement ²Espace et Laguna), pour se consacrer en 2014 au nouveau véhicule utilitaire Trafic. Selon FO, l’effectif de l’usine ouverte en 1964 pourrait tomber à 1.500-1.600 salariés alors que la direction ne s’est jamais engagée sur un quelconque chiffre . « Ici la pyramide des âges est élevée et il y aura des départs naturels », observe toutefois Vincent Lefrançois en évoquant le probable départ des embauchés dans les années 1970 et 1980.
Pour Patrick Mériat, secrétaire de la section CFE/CGC, le lancement de l’utilitaire coincidera avec l’application du plan de la direction. Il reconnaît que dans les allées de l’usine, certains s’en réjouissent « parce qu’ils partiront plus tôt ». Pour ce syndicaliste qui dit subir ce genre de plans depuis plusieurs années, l’objectif reste pourtant « d’inverser le courant de suppressions d’emplois ». Mais il ne fait pas de fixation sur les chiffres donnés mardi. « C’est une mesure parmi d’autres » qui correspond, selon lui, à la méthode de la direction de Renault : « Un saucisson qu’on nous présente par tranche ». Pour lui, la question de fond peut être en réalité posée de deux manières : « Est ce que Renault veut réduire la voilure en France, ou est-ce un plan pour la relance en France ? »
Réactions
« Je partage la vive inquiétude des salariés qui s’interrogent sur l’avenir de chacun des sites » déclare la députée PS du Havre, Catherine Troallic, qui considère que ce que « Carlos Ghosn appelle un “redéploiement d’effectif“ est bien une suppression d’emplois ». Elle cite le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, en demandant que « Renault prenne des engagements de réembauche, notamment de jeunes ». L’Etat qui est actionnaire de Renault « doit jouer un rôle d’arbitre dans ces négociations et dans leur suivi », demande la députée.
« Si les suppressions de postes deviennent effectives, que restera-il de Renault en France ? », interroge la conseillère générale PCF, Nathalie Nail qui dénonce « le manque d’honnêteté de la direction de Renault », et demande que la puissance publique intervienne « pour relancer l’industrie ».