
Il arrive que parfois des brebis s’égarent. C’est apparemment et
dernièrement le cas de citoyennes et de citoyens qui, portés par une sorte de
vague médiatique, se sont aperçus que de l’eau chaude et de l’eau froide, ça
donne de l’eau tiède…
En effet, quelques-unes de ces brebis égarées dans le marigot du
rassemblement bleu lepéniste sont rentrées au bercail après avoir frayé quelque
temps avec le mirage démocratique que constitue le parti cher au châtelain de
Montretout, le bien mal nommé fief de la famille Le Pen. Un de mes anciens
maîtres d’école aimait dire de certains de ses élèves qu’ils n’avaient pas
inventé -au choix et selon les jours- l’eau tiède ou le fil à couper le beurre.
C’est visiblement le cas de trois transfuges qui ont cru au miracle bleu
marine.
Ainsi, une ancienne candidate du Front de Gauche, un élu UMP ou encore une
française d’origine algérienne nous ont-ils fait part dernièrement de leur
déception voire de leur désarroi concernant les mondanités en usage dans le
parti d’extrême droite le plus connu de notre échiquier politique, même s’il
n’est pas connu par tous en tant que tel. Ces trois personnes, donc, ont laissé
le nid douillet de leurs appareils précédents pour tenter l’aventure dans le
parti au joli camaïeu bleu foncé rappelant les tenues des agents de sécurité ou
des policiers en tenue justement, les uniformes de la marine nationale, les
cars des CRS en 1968, les cernes des lendemains de cuite ou encore les traces
de coups avec ou sans matraque.
Ces trois personnes ont donc découvert que le front national n’offrait pas à
l’intérieur le nouveau visage avenant et souriant que les nouveaux cadres du
parti s’échinent à présenter sur les plateaux télé bien souvent complaisants.
Mais qu’ont bien pu découvrir nos trois oies blanches ?
Commençons par l’ancienne candidate du Front de Gauche à Marseille, Anna
Rosso-Roig. Cette dernière qui avait connu son quart d’heure warholien il y a
quelques mois en faisant savoir qu’elle quittait Jean-Luc M pour Marine L,
s’est donc rendue compte lors de son bref passage au front d’extrême droite
qu’existait toujours « ce côté brutal ».
Pour l’élu UMP de Gamaches Bruno Cléré qui comptait faire son petit business
en vue des prochaines élections avec le front, la désillusion est du même
ordre. Ainsi, notre seconde oie blanche nous informe : « J’ai
fait une erreur, celle de penser que le FN était un parti fréquentable. Quand
on voit Marine Le Pen à la télévision, on ne peut pas imaginer à quoi ressemble
l’arrière-boutique. (…) J’ai vu des tatouages de croix gammées sur deux ou
trois personnes. (…) J’ai aussi très vite été choqué par les propos
homophobes et xénophobes des militants ». Pourtant si les croix gammées ne
font pas florès à l’UMP, les propos homophobes et racistes n’y étaient pas
inconnus, d’Hortefeux le boutefeu à Vanneste l’indigeste. Les exemples sont
mêmes nombreux. Malgré cette vaccination préalable, le Bruno en question a donc
été choqué par ce qu’il a vu et entendu dans les couloirs de l’extrême droite,
c’est dire…
C’est également le cas de l’éphémère tête de liste Nadia Portheault, née
Djelida nous précise-t-elle, qui a découvert que « cette ambiguïté
permanente, entre la vitrine et une arrière-boutique spécialisée dans les
blagues vaseuses sur les Arabes et les homos, n’était plus supportable ».
Cerise sur le gâteau et foin de considérations culinaires, cette idéaliste
s’est reçu un « Toi et tes enfants, vous êtes bons pour le
four » bien refroidissant et même glaçant.
On pourrait résumer par analogie leur grande découverte. C’est comme si on
découvrait que l’eau mouille, que le feu brûle, que le gros rouge tache, qu’une
boulangerie vend du pain ou encore que les coups font mal.
Le mot de la fin à la regrettée Françoise Giroud qui a écrit un jour :
« Ainsi commence le fascisme. Il ne dit jamais son nom, il rampe, il
flotte, quand il montre le bout de son nez, on dit : C’est lui ? Vous
croyez ? Il ne faut rien exagérer ! Et puis un jour on le prend dans
la gueule et il est trop tard pour l’expulser ».
Et pas avec un fil à couper l’eau tiède…