Il y a soixante-dix ans, le 31 août 1944, les troupes canadiennes libéraient la rive gauche. Cette victoire militaire sera facilitée par l’action d’une poignée de Résistants stéphanais. Les « combattants de l’ombre » évitent parfois la lumière, même des décennies plus tard. « J’avais vingt ans quand j’ai appris par mon oncle que mon père avait été résistant », explique Brigitte Hermse, fille du Franc-tireur et partisan (FTP) stéphanais Felicimo Vicente. Ils ont été une poignée de Stéphanais à entrer en résistance « dès les premiers jours de l’occupation », confiait l’ancien FTP à nos confrères de Oissel lors d’une interview enregistrée à l’occasion du soixantième anniversaire de la Libération.
Beaucoup de FTP paieront cet engagement de leur vie, signale Gérard Vandenhende, membre de l’atelier Histoire et patrimoine du centre socioculturel Georges-Déziré, dans une monographie sur la résistance stéphanaise. Pierre Friand, Léonard Cordemans et Flament Bernard, tous trois Stéphanais, note-t-il, seront faits prisonniers et fusillés par les Wafen SS avec trois autres de leurs camarades, alors qu’ils s’étaient engagés en forêt du Rouvray pour soutenir l’avancée des troupes canadiennes, ces dernières étant prises en embuscade par les Allemands couvrant la retraite vers Rouen des 240 000 combattants et chars panzer du maréchal von Kluge échappés de la poche de Falaise.
Souricière
Malgré les ponts et embarcations détruits par la Résistance, le gros de l’armée allemande parviendra à franchir la Seine, à Rouen et à Oissel, mais au prix de très lourdes pertes matérielles et humaines, résultant de l’action de ces « combattants de l’ombre ». Felicimo Vicente raconte, sur le même enregistrement, que l’ordre leur avait été donné de libérer la rive gauche par leurs « propres moyens ». Disposant de peu de munitions, le groupe entreprendra de désorienter les Allemands en inversant les panneaux indicateurs. « Ils ont tourné pendant deux jours, dit-il, et se sont retrouvés piégés sur ce qui est maintenant le quai Jean-Moulin à Rouen. Ils ont été rangés là, puis pilonnés. » Grâce à cette action en partie menée par des Résistants stéphanais, le régiment écossais-canadien des Stormont, Dundas and Glengarry Highlanders prendra la rive droite sans combattre, le 30 août, la veille de la libération de la rive gauche.
Photo : Le résistant FTP Felicimo Vicente (deuxième en partant de la droite) et son ami Roland Couture (premier à droite). Roland Couture, 27 ans, et Pierre Larson, 20 ans, seront fusillés par les Allemands au Madrillet le 29 mai 1942.
Audio : L’ancien résistant FTP Felicimo Vicente raconte comment le lieutenant-colonel des FTP Charles Fournier-Boquet (décédé le 6 août dernier) a demandé aux résistants de libérer la rive gauche de Rouen « par leurs propres moyens ». Enregistrement : Stéphane Caron, service communication, Ville d’Oissel, 2004.