JL Bourlanges au Havre : « il y a un besoin d’Europe aujourd’hui »

bourlangesJean-louis Bourlanges était au Havre,  jeudi 20 février, à l’invitation du diocèse du Havre,  pour tenir une conférence intitulée : « L’Europe entre crise et refondation« dans l’amphithéâtre de l’Ecole de Management de Normandie.

Dans ses propos Jean-Louis Bourlanges souligne le contraste, concernant la construction européenne, entre les bonnes années 1990 et les mauvaises années 2000.

Ainsi les années 90 ont été marquées par 4 succès de la  construction européenne :

– La réforme du parlement européen dont le fonctionnement est très démocratique

– La constitution d’un marché intérieur selon le principe : « Pas de libéralisation sans harmonisation ».

– La création de l’Euro.

L’élargissement de la communauté européenne avec l’accueil des pays de l’Europe de l’est.

 

Au contraire les Années 2000 constituent un véritable « chemin de croix » pour la construction européenne avec :

Une Crise institutionnelle : la communauté européenne ne peut fonctionner à 28 pays sans réforme institutionnelle. Le traité de Nice est un échec absolu. Le « non » français au référendum de 2005 marque un coup d’arrêt à la construction européenne et le traité de Lisbonne n’est qu’un rafistolage du projet constitutionnel de 2005.
Contrairement aux tenants du « non » (laurent Fabius) au référendum, aucune autre voie ne s’est dégagée pour  construire l’Europe.

L’incapacité à définir une politique extérieure et de sécurité commune. La règle de l’unanimité pour toute décision a tuée la construction d’une politique extérieure commune alors que la règle de la majorité qualifiée aurait dû s’imposer (majorité des 2/3). D’autant plus que, dans les années 2000, les Etats-Unis se sont détournés de l’Europe. En effet le regard américain vis-à-vis de l’Europe a connu 2 périodes : avant 1939 où l’Europe était un modèle pour les USA puis entre l’après guerre et la chute du mur de Berlin où l’Europe était un enjeu international majeur. Après l’effondrement de l’union soviétique les USA ont connu une période d’indifférence vis à vis de l’Europe et leur regard s’est tourné vers l’Asie.

Crise de l’Euro : En face d’une monnaie unique, L’Europe n’a pas les moyens d’une politique économique commune parce que les gouvernements n’en voulaient pas.
La mise en place d’un fédéralisme monétaire s’est heurtée à l’arrivée aux affaires d’une génération de dirigeants euro-sceptiques : Chirac, Berlusconi, Aznar, Schroder n’ont pas cherché à former une politique économique commune. La politique économique commune a été remplacée par 2 règles : Le déficit budgetaire de chaque pays doit rester <3% et son endettement <60%.
Ces règles méconnaissent les cycles économiques et n’incitent pas au désendettement en période de croissance tout en aggravant les crises économiques.

La France, en matière économique, a fait comme avant l’Euro sauf que la dévaluation n’est plus aujourd’hui possible. Avant l’Euro, les concessions données aux syndicats avec les hausses de salaire étaient insidieusement récupérées par des dévaluations du Franc.

L’idée qu’il n’y avait plus besoin de l’Europe s’est  répandue dans l’opinion publique européenne pour  3 raisons :

– La disparition de l’Union Soviétique, a laissé seule l’hyperpuissance américaine faire le gendarme du Monde. Pourquoi constituer une Europe militaire puisque les USA font le Job.

– L’échec du communisme laisse le libéralisme sans autre modèle crédible de société. Le philosophe Francis Fukuyama, a parlé, à ce propos, de « fin de l’histoire ».

– La mondialisation rend le marché européen sans intérêt. A quoi bon construire un marché européen puisque le marché est dorénavent global.

 

200338071-001Or Les prédictions des années 2000 s’avérent éronnées :

– Ce n’est pas la fin de l’histoire : l’attaque des tours du world trade center, la radicalisation religieuse, la dichotomie chinoise, la Russie de Poutine témoignent d’un recul de la démocratie et des libertés dans le Monde.
Les démocraties européennes deviennent soudainement intéressantes et ont des valeurs à défendre.

– Il n’y a pas d’hyper-puissance américaine avec l’enlisement en Irak et en Afghanistan.

– Il n’y a pas de Globalisation heureuse puisque la Croisance mondiale est très inégale : forte dans les pays émergents et faible en Europe.

Le besoin d’Europe est de retour or nous n’avons pas les outils pour poursuivre la construction européenne.

L’Europe doit retrouver son élan :

En assumant ses origines : L’Europe n’a pas vocation à être universelle. Ainsi l’entrée de la  Turquie en Europe n’a aucun sens.

En acceptant l’efficacité : il faut agir politiquement et créer une politique économique commune. Non à l’Europe circulatoire.

En assumant le principe de solidarité. L’Europe est en crise, certes, mais les nations ne se portent pas mieux. En effet de nombreuses  nations européennes sont traversées par des mouvements indépendantistes puissants comme au Royaume Uni (l’Ecosse), en Espagne (la Catalogne – le pays Basque) en Belgique. Nous assistons partout en Europe à un repli sur des identités de plus en plus étroites.

Ainsi l’Europe ne peut pas adopter le modèle de la mobilité américaine où le citoyen américain se déplace vers les régions à fort taux de croissance pour délaisser les zones pauvres (le centre des USA). Dans l’Europe, tous les pays européens  doivent s’y retrouver. L’acceuil de travailleurs grecques, portugais, espagnol en Allemagne n’est  pas satisfaisant et ne correspond pas au modêle de construction européenne.

Le fonctionnement de la communauté européenne est celui de la démocratie de négociation qui conduit à des compromis acceptable à tous.

 

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