
Il y aura bientôt 18 ans, un million de Rwandais qu’ils soient
batusi, bahutu ou batwa, étaient tout bonnement éliminés par une idéologie
génocidaire que l’on croyait à jamais disparue de la surface de la terre.
Depuis, la recherche de la vérité a failli être sacrifiée sur l’autel de la
raison ou de la déraison d’état…
Mais, comme le dit le proverbe rwandais, « la vérité passe à
travers le feu mais ne se brûle pas ». En effet, il existe dans le monde
un petit village d’irréductibles Gaulois, peuplé de politiques, de diplomates,
de militaires, de juges à la retraite, d’éditorialistes, de journalistes, etc.
qui résiste encore et toujours à l’expression de cette même vérité. Ce petit
village possède une potion magique qui lui a permis depuis près de 18 ans
d’endormir et d’enfumer l’opinion publique française. Cette potion, au goût
amer, aura durant tout ce temps apporté des aigreurs d’estomac à celles et ceux
qui restent attachés à des valeurs anachroniques comme l’honnêteté, la
curiosité citoyenne… Car, la France est le seul pays occidental, voire du
monde, où la remise en cause de la réalité du génocide des Tutsi du Rwanda de
1994 a été, et est encore, ne pêchons pas par excès d’optimisme, une spécialité
locale.
Un juge, aujourd’hui à la retraite, Jean-Louis Bruguière, aidé de quelques
faiseurs d’opinion, Pierre Péan en tête, s’est permis de remettre en cause la
réalité de la dernière et plus grande catastrophe humaine de la fin du XXème
siècle. Son arme ? La procédure judiciaire qu’il a soigneusement bâclée en
la menant avec un double objectif : absoudre la France de ses péchés au
pays des mille collines et faire porter le chapeau au président rwandais actuel
et à son entourage. Soient une enquête au service de conclusions et non
l’inverse…
Mais le juge Bruguière était un juge éminemment politique. Il s’occupait de
« l’antiterrorisme ». Ce fut donc tout naturellement qu’il nappa de
brouillard une histoire qui n’a pas fini d’être écrite. Lors de son enquête et
dans les mois qui ont suivi, les tenants rwandais de l’idéologie génocidaire,
appuyés par quelques éditeurs et dynamisés par Péan se sentirent pousser des
ailes (de vautours plus que d’anges) afin de semer le doute dans l’opinion, de
laver la France, ses politiques et ses militaires de toute tache de sang et
d’emporter le morceau.
Il est donc symptomatique que ce soit un autre juge, Marc Trévidic, qui soit
à l’origine, non pas du désaveu, le mot est faible, mais du dynamitage des
conclusions de l’enquête du juge Brouillard, pardon Bruguière. Aujourd’hui, la
justice française s’auto rétablit en présentant des résultats plus conformes à
la réalité. Ainsi, Bruguière a bien enfumé son monde en concluant que les
forces du FPR avaient abattu un avion depuis la colline de Kanombe sur laquelle
on trouvait le palais présidentiel et voisine de l’aéroport de Kigali !
Cette colline était notoirement gardée non par les militaires de Forces Armées
Rwandaises, mais par la Garde Présidentielle de l’époque… M. Bruguière avait
par exemple choisi comme source le Colonel Bagosora de sinistre mémoire,
« cerveau » avec des tas de guillemets du génocide, cousin de la
veuve Habyarimana, condamné à la perpétuité par le Tribunal Pénal International
à Arusha, pour obtenir ce qui devait être les numéros de série des missiles
tirés contre l’avion présidentiel. Belle rigueur intellectuelle et même
judiciaire !
Mais l’enquête du juge Trévidic, qui lui, s’est déplacé sur les lieux est
formelle. Selon Le Monde : « les missiles qui ont détruit l’appareil
du président Habyarimana auraient été tirés du camp de Kanombe, tenu par les
loyalistes hutus, et non par des Tutsis. Pour arriver à ces conclusions, le
juge Trévidic s’est rendu sur place fin 2010, accompagné d’experts,
spécialistes notamment des tirs de missile. Une initiative que n’avait pas
prise le juge Bruguière. »
Nous serons d’accord à un mot près : les auteurs (moraux si j’ose dire)
de l’attentat ne sont pas des loyalistes. Cet attentat qui a coûté la vie à
deux présidents (rwandais et burundais) a donné le signal du début du génocide.
Les premières victimes n’ont pas été des Tutsi, mais des Hutu comme Agathe
Uwilingiyimana, premier ministre issue de l’opposition, le président de la cour
suprême et d’autres politiques, hutu et loyalistes. Si les
« loyalistes » du Monde ont abattu le président et enclenché un
génocide soigneusement préparé, comment les qualifier ?
Le mot de la fin aux Rwandais avec le proverbe suivant :
« Tout ce qui excite la curiosité est caché ».
Ce n’était pas le cas en France. Le secret était bien gardé, mais pour la
curiosité, on repassera…