Hier, 6 avril, Eric Besson, Ministre de l’industrie et de l’énergie, a confirmé les résultats de l’appel d’offres éolien offshore. EDF Energies Nouvelles et Alstom raflent la mise : 3 lots sur 5 leur sont attribués. La Haute-Normandie pourrait se trouver doublement pénalisée.
D’abord parce que l’ambition de diversifier rapidement les sources d’énergies et de développer massivement les énergies renouvelables dans notre région est clairement mise à mal. Le projet de parc éolien du Tréport, l’un des deux plus importants du programme national – soit 750 MW- reste orphelin. Il fera l’objet d’une nouvelle procédure de mise en concurrence dans des délais inconnus. Le retard est acquis.
Ensuite parce que le rejet de toutes les offres du consortium GDF SUEZ-AREVA-VINCI fragilise les perspectives de développer sur le territoire une puissante filière industrielle de l’éolien offshore, créatrice d’activités pour le tissu de PME locales et de centaines d’emplois. AREVA a immédiatement confirmé son intention de créer au Havre ses deux usines de fabrication de turbines et de pâles. Il est toutefois permis de s’interroger sur la réalité de cet engagement quand, le 26 mars, l’industriel conditionnait celui-ci à l’attribution de deux parcs au moins d’éoliennes offshore. Côté UMP, toutes les vérités ne sont sans doute pas bonnes à dire en période pré-électorale : il faut dire qu’au Havre, le seule certitude est que les législatives arriveront avant les usines…
Gâchis, mauvais coup et suspicion : les mots ne manquent pas pour illustrer la déception, mais aussi exprimer une colère.
Le gâchis c’est cette décision, car elle peut compromettre plusieurs années d’effort des acteurs régionaux. Avant tout ceux des ports, des chambres de commerce, des agences de développement, des petites et moyennes entreprises qui travaillent activement depuis deux ans sur ces projets et entrevoient, par la décision gouvernementale, le risque d’être privés du fruit de leurs efforts. C’est aussi une réelle déception pour les collectivités territoriales qui ont su dépasser leurs divergences et s’engager collectivement pour accompagner ce projet stratégique. Dans cette compétition, la Région n’a pas ménagé sa peine pour copiloter avec le Préfet un comité de coordination de l’éolien offshore, soutenir la candidature havraise auprès des différents consortium, initier l’offre du port de Dieppe comme base de maintenance du parc du Tréport ou encore s’engager sur le déploiement d’un programme de formation pour garantir une main d’œuvre qualifiée aux industriels. Nous étions prêts. Plus que d’autres, pourtant retenus par le Gouvernement. Comprenne qui pourra.
Le mauvais coup, il est porté à l’axe Seine. Quelques semaines après la remise du rapport du Haut Commissaire, dans lequel la filière éolienne offshore figure au rang des projets phares et quelques jours seulement après la publication du décret instaurant la conférence de l’axe Seine, le premier grand choix industriel du Gouvernement vient contredire une ambition. Il conduit aussi en partie à la vider de son sens. Après les colloques et les rapports, l’Axe-Seine attendait une concrétisation industrielle : par choix de l’Etat, elle n’est hélas pas pour tout de suite.
Quant à la suspicion, elle plane résolument sur cette décision d’attribuer à un seul groupe, dont la technologie n’est pas éprouvée, et à la veille d’échéances électorales majeures, la construction des éoliennes pour la majorité des sites. Il y a là la marque d’un certain exercice du pouvoir : celui de l’entre-soi, des petits arrangements et des grands accointements. Peut-être fallait-il participer, un dimanche soir de mai 2007, aux agapes organisées dans une “brasserie populaire des Champs-Elysées”, comme le Fouquet’s fut rebaptisé sans rire par un ancien ministre, pour accéder a une telle commande publique ? Le résultat de l’appel d’offre sur l’éolien off shore n’invalide pas cette légitime interrogation.
Puisque ce Gouvernement ne nous aide pas, nous nous aiderons nous-mêmes. L’Histoire de notre région est celle du combat victorieux contre l’adversité. Nous devrons garder le sens du travail collectif, entretenir la dynamique engagée, rebondir pour qualifier nos entreprises auprès des industriels retenus et s’assurer que l’économie haut-normande trouve sa place dans le développement de l’éolien offshore.
La Haute-Normandie ne s’avoue pas vaincue. Elle ambitionne plus que jamais d’être une terre d’énergies, l’avant-garde de l’indispensable transition – qu’il s’agisse de production, de consommation, de transformation ou d’acheminement. Ce doit être dès aujourd’hui notre ambition pour demain. Pour le reste, les électeurs haut-normands auront bientôt l’occasion de juger la politique du gouvernement actuel et de ceux qui la soutiennent. Je les appelle a faire preuve de la même sévérité que ce Gouvernement a mobilisée contre notre territoire, ses entreprises, ses salariés et leur savoir faire.
