Cécile Raynal est aidée par 11 partenaires publics et privés pour réaliser ce projet qu’elle revendique comme un projet documentaire.
Le Havre – Elle est là, dans l’excitation du moment, ces derniers instants fous qui précèdent son embarquement. Les palettes contenant argile et matériels sont désormais prêtes à être chargées. Vendredi, la sculptrice, Cécile Raynal devait monter l’échelle de coupée du porte-conteneurs de la CMA-CGM, le « Fort-Saint-Pierre » pour accompagner l’équipage dans sa rotation entre le Havre et Pointe-à-Pitre, dans l’intention de le sculpter dans ses gestes, ses pensées aussi, au quotidien. Un pari fou ? Peut-être. Une aventure ? Certainement.
Elle le dit d’emblée : « Mon travail s’inscrit toujours dans ce processus qui est d’aller explorer des lieux un peu à la marge ». Une maison de retraite en 2011, un centre pénitentiaire à Caen en 2009 : Cécile Raynal intègre toujours des univers qui lui sont éloignés et dans ces deux dernières expériences qui renvoient aussi à la notion d’enfermement, de repli, dans la solitude de sa cellule ou dans celle de l’âge.
Elle s’enferme de nouveau à bord du Fort-Saint-Pierre. « Ce sera ma solitude face à la leur, en tout cas, celle que je fantasme. Tout est à découvrir ». Elle sera femme dans un monde d’hommes. « Ma position sera celle de sculptrice, c’est celle que je revendique toujours ».
Adapter le geste au lieu
Et Cécile Raynal le sait, le temps de la traversée va permettre le temps des complicités avec les hommes d’équipage, préalable indispensable à son travail. « Les hommes d’équipage », tel est le nom de sa résidence insolite.
C’est dans l’espace réduit et contraint de deux cabines que ce rapprochement va se tisser, que les sculptures vont se dresser, « en dehors de toute fonctionnalité ». Un endroit contraint ? « Je travaille inévitablement sur le lieu dans lequel je m’immerge. Il modifie mon geste, irrémédiablement. Et là, dans l’espace de la cabine, il sera nécessairement contraint ». Cécile n’a pas peur du mal de mer ; elle le craint en revanche pour ses sculptures. Une table élévatrice, des mousses, des sangles lui garantissent une possible mise en sécurité de son travail si les conditions météo l’exigent… Deux rotations, 66 jours de voyage, 1 tonne de terre sur la mer, Cécile Raynal embarque pour une très belle expérimentation. Bon voyage !
Karine Lebrun