Sandra Gaviria et Roxana Eleta de Filipppis, deux sociologues au service de la famille.
Le Havre – Sandra Gaviria et Roxana Eleta de Filippis sont toutes deux maîtres de conférences en sociologie à l’Université du Havre. Toutes deux chercheuses, elles s’intéressent notamment à la notion de parentalité et aux contractualisations de plus en plus généralisées dans le domaine du social.
Vendredi dernier, c’était une journée d’étude qu’elles organisaient à l’Université du Havre sur la thématique : « Le contrat de responsabilité parental en question ». Cette journée réunissait chercheurs, travailleurs sociaux, enseignants, personnel de la ville…
Ce contrat, on le sait, né en 2006, avait bénéficié d’un fort traitement médiatique dans la mesure où il autorisait la suspension des allocations familiales aux familles dont les enfants étaient repérés comme trop absents de l’école (plus de 4 demi-journées par mois sans justification aucune), ou avec des problèmes comportementaux. « Si l’un ou l’autre de ces critères est retenu, l’école est en mesure d’en faire le signalement », détaille Roxana. Depuis 2006, les interlocuteurs en charge ensuite de faire la proposition du contrat aux familles ne cessent de changer. Le conseil général ou encore le maire ont été un temps ceux à qui la mission était confiée.
Un contrat sans entente mutuelle
Mais pour la chercheuse, plus concentrée sur l’aspect juridique de la question, « ce contrat parce qu’il n’est pas signé dans le cadre d’un engagement mutuel, n’est pas un contrat au sens juridique du terme ». Même s’il peut s’établir à la demande des familles; mais les cas sont extrêmement rares. En février dernier, il semblerait — les chiffres n’ont pas encore été officialisés — que 229 familles françaises aient été sanctionnées au cours des 12 derniers mois. « Ce qui est peu. Il y a un énorme décalage entre les effets de la loi et les effets d’annonce », pointe le duo persuadé que la mise en application de cette mesure est compliquée à mettre en œuvre. Ne serait-ce que sur le plan éthique. « Quels sont les enjeux de ces politiques de parentalité qui ne cessent d’augmenter ces toutes dernières années ? », interroge à son tour, Sandra Gaviria, « et pourquoi se placent-elles dans cette double injonction d’aider d’un côté, les parents, mais aussi de les sanctionner ? Y a-t-il un modèle induit d’une bonne parentalité ? »
Ce sont ces questions qui étaient abordées au cours de cette journée qui accueillait un grand nombre de participants.
K.Lebrun