MENACES sur le patrimoine urbain de CAEN…

 

En suivant ce lien, vous trouverez un article, comme toujours percutant et bien documenté de Didier Rykner de la Tribune de l’Art au sujet des facéties coûteuses et inutiles d’un haut-fonctionnaire de l’Etat (en l’occurrence, le DRAC de Basse-Normandie) qui s’en prend à une statue et son socle ayant réchappé aux destructions massives de 1944… 

http://www.latribunedelart.com/inquietudes-pour-la-statue-de-louis-xiv-sur-la-place-saint-sauveur-de-caen-article003708.html

Il est EDIFIANT de constater que les « Vandales » soient ceux qui sont censés nous en protéger!

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Place Saint-Sauveur à Caen: le socle et statue de Louis XIV en soldat romain, un rare bronze datant de l’époque de la Restauration (1828), oeuvre du sculpteur Louis Petitot: le socle est dans le colimateur du DRAC, M. Kleber Arhoul… Par les temps qui courent n’y aurait-il pas d’autres priorités?

 

Reste néanmoins le problème de l’achèvement de la récupération par la ville de Caen, près de 70 ans après les destructions de la Libération, d’une qualité architecturale et monumentale d’espaces publics médiocres ou enlaidis par une Reconstruction qui avait d’autres urgences et d’autres priorités…


Le collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie » profite de cette navrante circonstance pour rappeler une revendication et une proposition:

S’il faut créer une oeuvre d’art contemporaine sur l’espace public caennais, qu’elle soit consacrée à honorer la mémoire même du fondateur de la cité, un certain GUILLAUME LE CONQUERANT qui n’a toujours pas sa statue à Caen!!


Cette statue, associée à la profonde culture équestre de notre région, pourrait être érigée dans le château ducal ou sur ses abords (par exemple, devant l’église Saint-Pierre) à l’occasion des JEUX EQUESTRES MONDIAUX de 2014


Affiche apposée le 18 janvier 2007 (jour de la Saint Guillaume)  par le collectif « Bienvenue en Normandie » sur le socle de la statue équestre du Connétable Duguesclin, oeuvre du sculpteur Arthur Leduc et qu’à Caen, touristes et habitants prennent pour une statue équestre de Guillaume le Conquérant…


Ci- après, le texte d’un courrier envoyé au député-maire de Caen, Philippe Duron le 6 décembre 2011 (lettre restée pour lors sans réponse…

 A l’attention de Monsieur Philippe DURON, député-maire de Caen

 

Réflexions sur le patrimoine édilitaire à Caen : entre mémoire et amnésie…

avant le retour du Conquérant en 2014 ?

 

Caen, le 6 décembre 2011

 

Monsieur,

 

Le bilan mitigé de la commémoration du XIème centenaire de la Normandie (911-1944), les discussions en cours sur le réaménagement de la place Saint-Sauveur mais aussi la perspective d’accueillir à Caen en 2014 les Jeux Equestres Mondiaux, nous amènent à vous faire part des réflexions suivantes concernant le patrimoine édilitaire symbolique présent dans l’espace urbain caennais.

 

Avec la guerre et l’occupation nazie, les destructions de la Libération de 1944 et celles engendrées par la Reconstruction des années 1950, la ville de Caen a perdu la plupart de ses places publiques (au profit d’une conception utilitariste de la voirie)  et par voie de conséquence, a vu disparaître la majeure partie de son patrimoine édilitaire : statues, fontaines et  monuments ont été soit fondus ou détruits et jamais rétabli.

 

Ne restent dans l’espace public de la ville que quatre monuments de l’Avant-guerre :

–          La statue en pied et en empereur romain de Louis XIV, place St. Sauveur ;

–          La statue équestre du connétable breton Duguesclin réalisée par Arthur Leduc, au bout des fossés St. Julien et qui vient de faire l’objet d’une restauration exemplaire ;

–          La colonne de la Victoire ailée de la Grande Guerre érigée dans les années 1920, place Foch ;

–          L’étudiant rescapé de l’ancien monument au professeur Demolombe autrefois place de la République fondu par les Allemands et qui accueille aujourd’hui les visiteurs à l’entrée du musée de Normandie.

 

La récupération et la restauration de ce patrimoine statuaire n’a pas été, bien entendu, une priorité de la Reconstruction, d’abord préoccupée par la grande urgence du relogement des sinistrés et s’intéressant surtout, dans le domaine du monumental, à la commémoration de la tragédie héroïque de 1944 : les nombreuses plaques et inscriptions lapidaires appelant sans cesse dans les rues caennaises le passant au souvenir ont remplacé monuments, statues et fontaines d’autrefois.

 

La sculpture publique s’est donc faite plus discrète se réfugiant dans l’ornement des impostes des porches des nouveaux immeubles reconstruits.

 

Les tentatives de récupération de l’art statuaire à Caen des années 1950-1970 s’avèrent plutôt médiocres ou maladroites :

Ainsi, une fort modeste statue de Malherbe (en vulgaire calcaire et non en pierre de Caen) trônant discrètement au fond de la place Bouchard (à l’emplacement de l’hôtel d’Etienne Duval de Mondrainville, l’ami du poète caennais) tente de faire oublier la monumentale statue en bronze qui ornait autrefois l’escalier d’honneur de l’ancienne université, rue Saint-Sauveur.

Plus troublant : l’arrivée à Caen en 1962 d’une banale statue équestre de Jeanne d’Arc symbole de la Résistance et placée sur la nouvelle place du même nom. Il faudrait, en effet, rappeler que cette statue venant d’Oran et donc « rapatriée » en France après l’indépendance de l’Algérie faisait partie d’un monument commémorant le 100ème anniversaire de l’Algérie française avec des bas reliefs évoquant la conquête militaire de 1830 que la municipalité caennaise n’a pas voulu…

 

En outre, certains monuments que l’on croyait disparu ou détruits pendant la Guerre auraient pu restaurés et rétablis : ainsi,  la fontaine en fonte du XIXe siècle des « Trois Grâces » d’après Germain Pilon qui ornait autrefois le Cours des Alliés face à la célèbre brasserie du Chandivert avait disparu puis fut retrouvée après la Guerre en pièces détachées dans une propriété privée : cette fontaine sert aujourd’hui de bac à fleurs remisé au fond du square municipal de Langrune S/Mer. Cette fontaine doit revenir à Caen à son emplacement d’origine pour améliorer un espace urbain devenu bien médiocre !

 

Néanmoins, une réussite éclaire ce paysage plutôt morne : le phénix de Louis Leygues érigé en 1957 devant le nouveau palais universitaire d’Henri Bernard (qui abrite aussi une très belle galerie de portraits de Normands célèbres gravés dans le béton par Charles-Emile Pinson), est devenu le symbole officiel de l’Université de Caen. Cette sculpture en bronze d’une grande qualité est malheureusement cachée par la station du tramway qui l’ignore totalement : elle pourrait être déplacée et installée quelques mètres en face pour donner enfin du sens à l’esplanade-fontaine de la Paix.

 

Enfin et surtout, un oubli déjà présent avant la Guerre est toujours perpétué hélas depuis 1944 : l’absence de tout monument ou de toute statue consacré à Guillaume le Conquérant et à la reine Mathilde, le couple fondateur de la ville de Caen comme nouvelle capitale de la Normandie à partir du XIe siècle. En cette année 2011 durant laquelle nous avons fêté (trop discrètement) le XI ème centenaire de la naissance de la Normandie, il faut relever que certaines évidences n’ont pas besoin d’être commémorées !

 

Ce bilan de l’art édilitaire caennais pose donc question et c’est un vrai sujet qui pourrait être un terrain d’expériences et d’expression pour des artistes contemporains qui, s’il y avait une réelle volonté politique pour la mettre en œuvre, pourraient avoir l’ambition d’achever la reconstruction symbolique de la ville à condition d’avoir la curiosité culturelle et affective nécessaire.

 

Consciente semble-t-il du problème, l’ancienne maire de Caen,  Mme Lebrethon avait mis en œuvre un « parc de sculptures contemporaines » dans l’enceinte du château de Caen, mais ce parc en est malheureusement un : les œuvres, déconnectées du contexte historique et symbolique caennais sont reléguées derrière le musée des Beaux-arts.

 

Cette question est donc à nouveau d’actualité à l’occasion du projet de réaménagement de la place St. Sauveur : la statue de Louis XIV en pied et en empereur romain a beaucoup voyagé. Conçue originellement pour l’actuelle place de la République (ci-devant place Royale), l’œuvre actuelle, réplique fondue en 1828 par Louis Petitot de l’original détruit pendant la Révolution, avait été déménagée après 1963 sur le socle en pierre laissé vacant par la destruction en 1943 de la statue de l’écrivain Elie de Beaumont. Auparavant, Louis XIV, chassé par un kiosque à musique républicain avait été relégué contre le mur de clôture de l’ancien lycée Malherbe occupant alors les locaux de l’ancienne abbaye aux Hommes qui deviendra dans les années 1960 le nouvel hôtel de ville.

 

Cette statue doit être à nouveau déménagée pour rejoindre le fond de la place St. Sauveur sur un axe formée par le portail de l’église St. Sauveur et la place Fontette, l’autre place publique ancienne préservée à Caen : ce choix n’est donc pas idiot même si on eut préféré que Louis XIV retrouvât son emplacement  d’origine au centre d’une place de la République qui n’a toujours pas retrouvé sa forme et son lustre d’Avant-guerre.

 

Nous n’aurions pas à évoquer, à nouveau, ces problématiques aujourd’hui (il y a en ce moment, vous en conviendrez, des sujets beaucoup plus urgents !) si M. Arhoul, l’actuel DRAC n’avait pas eu l’idée saugrenue de détruire le socle en marbre et emmarchement de granit situé au centre de la place St. Sauveur pour poser le bronze impérial du roi Soleil sur un piédestal en… plexiglas transparent !! Heureusement, cette idée a depuis été abandonnée au profit d’une restauration du socle existant.

 

(ndlr : il est  cependant toujours question d’une intervention contemporaine sur ce malheureux socle…)

 

Néanmoins, l’art contemporain doit s’inscrire dans l’espace public caennais : c’est même une nécessité. Mais cette contribution contemporaine ne doit pas poursuivre la destruction massive d’il y a 60 ans. Le patrimoine urbain caennais n’a pas à subir une nouvelle guerre !

 

Au contraire, les artistes contemporains doivent faire œuvre de pacification et de « résilience » en magnifiant les deux grands symboles caennais :

 

–          La paix et la réconciliation après 1944

–          L’héritage européen des Normands du XI et XIIe siècles

 

Les grands espaces libres de l’urbanisme des années 1950 attendent d’être animés par l’Art tandis que le château ducal ou ses abords attendent toujours d’être honorés par la statue équestre du Conquérant. Les Jeux Equestres Mondiaux de 2014 auront lieu à Caen, ville capitale d’une région qui fut et reste encore un haut lieu de la civilisation du cheval : sera-ce l’occasion d’un grand retour du Conquérant dans la cité qu’il a fondé ? Nous espérons que le projet culturel en cours autour de la mémoire de Guillaume qui doit unir les deux rives de la Manche dans le cadre du programme européen INTERREG  sera mené à bien : il serait certainement judicieux que la ville de Caen y prenne part et que l’art de notre époque puisse rendre enfin justice de l’absence du cavalier Guillaume dans sa ville…

 

Quoiqu’il en soit décidé ou non sur ce projet d’ici 2014, j’ai le plaisir de vous informer que nous étudions actuellement la possibilité de créer prochainement à Caen une association ayant pour but la création,  par souscription publique, d’un monument équestre dédié au Conquérant.

 

Bien cordialement,

Le collectif citoyen et républicain « Bienvenue en Normandie »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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