__Vœu présenté par le groupe
« Le Havre à gauche, communiste, républicain et citoyen »
Des informations concordantes font craindre que le projet de LNPN se réduise à des travaux sur le Mantois et au déménagement de Rouen vers la rive gauche.__
Ces 2 opérations figurent dans le projet global. Elles sont certes indispensables pour améliorer rapidement la desserte ferroviaire sur la ligne classique Paris – Le Havre, qui n’a cessé de se dégrader au fil du temps.
Mais réduire le projet à ces seuls aménagements ne donne pas une vision de long terme et reviendrait à sous-estimer les enjeux de développement économique qui concernent la région havraise, mais aussi l’ensemble de la Normandie.
Invoquer l’insuffisance actuelle des crédits dédiés au financement des infrastructures terrestres pour décider de réduire le projet de LNPN n’est pas acceptable, au regard de l’ambition largement partagée sur l’ensemble du territoire normand, mais aussi des objectifs consensuels de développement durable.
Le Conseil Municipal du Havre tient donc à rappeler que le projet de LNPN est un ensemble cohérent qui constitue un véritable outil d’aménagement durable du territoire.
Le gouvernement a annoncé un réexamen du Schéma National des Infrastructures. Le Conseil Municipal du Havre demande donc que le projet global de LNPN soit maintenu et considéré comme un Enjeu Public National, financé et réalisé comme tel.
De même, la mise en chantier, l’exploitation et la maintenance de ces nouvelles infrastructures doivent être assurées par le service public ferroviaire, à même d’apporter toute la cohérence en matière de réponses aux besoins des populations et d’aménagement du territoire et de retrouver une efficacité en lien avec le développement de l’emploi et l’efficience sociale et environnementale.
Notre explication:
Pendant plusieurs mois, des centaines de personnes, à travers la Normandie, ont participé à un large débat public sur un meilleur maillage ferroviaire de notre région. De Paris au Havre, à Evreux ou à Caen, de Dieppe à Granville ou Cherbourg, la nécessité d’une relance du ferroviaire a été mise en évidence, comme une des conditions et un des moyens du développement de nos territoires, à l’intérieur de cette vaste région.
Au-delà de l’idée « médiatique ? » de faire du Havre le débouché maritime de Paris, les vrais enjeux se situent dans un aménagement du territoire correspondant aux besoins actuels, dans les conditions de déplacement des hommes et des biens, le tout dans une exigence de développement durable.
Aux termes de ce débat, des informations font craindre que le projet, de « Ligne Nouvelle – Paris Normandie », se réduise à des travaux sur le Mantois et au déménagement de la gare de Rouen vers la rive gauche de la Seine. Ce projet réduit serait même soutenu par des élus normands.
Ce ne serait pas à la hauteur des enjeux.
L’argument principal utilisé est le coût du projet et il est vrai que le financement des infrastructures, en particulier ferroviaires, représente une somme importante. C’est pourquoi un Schéma National des Infrastructures est régulièrement élaboré après de larges concertations. C’est aussi pourquoi une Agence de Financement des Infrastructures de Transport – l’AFITF – avait été créée avec l’objectif de sécuriser les financements de ces infrastructures nécessaires au développement des territoires et du pays.
Cette Agence était financée par une part du produit des péages autoroutiers, ce qui lui assurait des moyens d’intervention importants auxquels s’ajoutaient les moyens de RFF et les participations des collectivités territoriales.
Ainsi, le financement public des infrastructures qui constituent un « enjeu national », était préservé. Mais avec la droite, cela n’a pas duré ! La privatisation des sociétés d’autoroutes a privé l’AFITF de l’essentiel de ses ressources ; les groupes, qui sont plus financiers qu’industriels, ont ainsi mis la main, à vil prix, sur une véritable poule aux œufs d’or ; et ils sont à présent candidats au financement des infrastructures de transport, mais seulement celles qui rapportent suffisamment en péages ferroviaires bien entendu : un vrai jackpot ! Ce sont vos amis, Messieurs de la droite, qui ont organisé ce bradage scandaleux, en 2005-2006. Et c’est donc logiquement que vous préconisez le recours aux Partenariats Public-Privé – les PPP – pour financer la LNPN, ce que nous avions dénoncé au cours du débat public et ici même au CM.
Il est clair que sans financement supplémentaire, l’AFITF ne peut faire face. Ses recettes actuelles sont d’environ 1,5 à 2 milliards d’euros par an, alors que l’ensemble des projets du Schéma National des Infrastructures dépasse 200 milliards.
Alors, serions-nous condamnés à choisir entre le recours au privé, ce qui signifierait servir une 2ème rente aux groupes financiers du BTP, et l’automutilation de nos projets ? Nous ne le pensons pas.
D’une part, parce que le gouvernement a annoncé un nouvel examen du schéma national des infrastructures. Alors, puisque les décisions ne sont pas arrêtées, l’heure n’est pas à jouer « petit bras », mais à affirmer la cohérence du projet normand et les enjeux auxquels il entend répondre.
D’autre part, parce que si les financements publics manquent aujourd’hui, du fait d’une politique qui a longtemps choisi de servir les intérêts financiers de quelques groupes privés, l’heure est à présent venue de constituer d’autres moyens de financement.
La puissance publique pourrait ainsi décider de remettre la main sur les autoroutes et de se redonner ainsi des marges de manœuvre. Elle pourrait aussi, comme pour le logement social et les PME et PMI, décider la création d’un livret d’épargne dédié au financement des infrastructures de transport, affirmant ainsi sa volonté de ne pas laisser de tels outils de développement et d’aménagement du territoire servir de rente financière aux groupes privés. Dans ce domaine aussi, l’enjeu est de sortir notre économie des griffes prédatrices de la finance. Ce sont là, parmi d’autres, des propositions que j’avais faites, fin 2011, lors du débat parlementaire sur le budget 2012 des transports…
Pour toutes ces raisons, une décision d’autocensure de la part des Normands, et en particulier des Havrais, serait une bien mauvaise façon de répondre aux enjeux et de préparer l’avenir.