Le père Lachaise rouennais

ROUEN-A la Toussaint, les cimetières connaissent une fréquentation inhabituelle. Souvenir de ceux connus ou oubliés, il est pour le visiteur attentif, un véritable album à feuilleter, tombe après tombe.

LIEU DE MÉDITATION

sur le sens de la vie, y compris la notre, il incite à la réflexion sur les vanités humaines anéanties par la mort. Et sans être pour autant un lieu sinistre, sa visite permet l’approche de l’histoire des villes et villages, grâce à une galerie de personnages anonymes reprenant vie. Les classes sociales se découvrent au travers de l’architecture des tombes et les espérances et chagrins envahissent les textes. Les objets, parfois banals, souvent beaux et étonnants, sont des témoins précieux de l’évolution de l’art funéraire. Longtemps, les morts inhumés en centre ville, ont fait peur aux vivants en rappelant les dévastatrices épidémies de peste. Un édit royal de 1776 ordonne le transfert des cimetières hors la ville et Rouen en crée alors cinq nouveaux.

Joyau de l’art funéraire

Le cimetière monumental construit entre 1824 et 1828 est une véritable ville dans la ville. La lecture des noms des familles venues séjourner ici pour l’éternité rappelle ceux qui ont développé des talents dans la littérature, les arts, la conduite municipale ou le rayonnement économique de la ville. Gustave Flaubert le mal aimé, Boïeldieu le musicien, Félix-Archimède Pouchet, le peintre et graveur Hyacinte Langlois, Charles Verdrel, l’ancien maire, Francis Yard, le poète normand, l’abbé et archéologue Cochet, n’ont pas à montrer leurs cartes de visite. Le plus pertinent est sans doute Duchamp-Villon rappelant que «D’ailleurs, c’est toujours les autres qui meurent». Albert Beaucamp, musicien, ajoute «Je ne vous ai pas quitté, la musique ne meurt pas». Certaines inscriptions sont devenues illisibles tandis que d’autres sont de véritables chef-d’oeuvre sculptés. La plus curieuse est sans doute celle de Louise-Aimée Lieutaud, fondatrice de la Société rouennaise d’études spirites, «incarnée sur la terre en 1796 et retournée au monde des esprits en 1876».


Un site frappé d’alignement !

Un site frappé d’alignement !


Le tombeau du baron Haussmann rouennais.

Le tombeau du baron Haussmann rouennais.

L’ensemble est un précieux héritage fragilisé par l’indifférence coupable, l’oubli et l’usure du temps. A une époque où vandalisme et avidité sont des comportements courants, le réel fléau est le vol de bustes et statuettes pour des collectionneurs sans scrupules. Le meilleur moyen d’honorer les défunts en protégeant et valorisant ce patrimoine inestimable est alors de manifester une curiosité non morbide pour les cimetières.



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