"Le commissariat général au développement durable a estimé à 522 milliards d'euros, la dépollution des eaux souterraines", avance Bernard Lelièvre (photo d'archives).
Bernard Lelièvre, le délégué d’UFC Que Choisir du Havre, qui siège à la commission consultative des usagers à la Codah (la Communauté d’agglomération du Havre) tire une nouvelle fois la sonnette d’alarme à l’égard de la qualité des eaux du Havre. Il dénonce depuis plusieurs années déjà l’exposition chronique « à de faibles doses », à un mélange de molécules polluantes (nitrates, pesticides, substances pharmaceutiques…) présentes dans l’eau du robinet. On parle du fameux « effet cocktail » que de nombreux médecins et scientifiques s’accordent maintenant à dénoncer « au regard de ses effets ravageurs sur la santé», insiste le représentant havrais.
Ces pollutions sont évidemment soumises au contrôle de l’ARS (l’Agence régionale de santé), chargée pour l’État d’organiser le contrôle sanitaire de l’eau.
« Nous sommes autorité de contrôle, et, en ce sens, nous sommes habilités à prendre des mesures en cas de souci pour protéger le consommateur », expliquait récemment Jérôme Le Bouard, responsable du pôle santé environnement de l’ARS de Haute-Normandie.
Pour autant , Bernard Lelièvre s’inquiète notamment d’une pollution à l’anthraquinone survenue durant l’été 2011 sur le quartier de Sanvic, au Havre, une pollution qui a été mise en évidence à l’occasion de la présentation du rapport annuel sur l’eau et l’assainissement, en octobre dernier.
Deux lettres à la Codah
L’anthraquinone avait alors été détectée dans le réseau d’eau potable de la ville à des teneurs supérieures à la norme réglementaire de 0,1 microgramme/litre. L’anthraquinone ?
« Cette molécule est un polluant toxique que beaucoup estime cancérigène », s’alarme le délégué de l’UFC Que Choisir.
Bernard Lelièvre avait immédiatement demandé à la Codah de plus amples précisions sur les raisons de cette pollution, son importance et les causes du phénomène. Il avait envoyé deux courriers en ce sens. Courriers auxquels la Codah a répondu en arguant de sa bonne foi :
« À l’époque, il n’existait pas d’instructions relatives à la gestion des risques sanitaires en cas de présence d’anthraquinone dans l’eau du robinet ».
Il faudra en effet attendre le 27 décembre 2011 pour voir la publication d’une instruction ministérielle qui donnera la marche à suivre en cas de présence d’anthraquinone dans les réseaux.
Arnold Cauterman, directeur adjoint à la direction du cycle de l’eau à la Codah est néanmoins rassurant :
« Dès 2009, dans le cadre des analyses du contrôle sanitaire diligenté par l’Agence régionale de santé, une recherche d’anthraquinone avait été engagée par l’ARS sur le territoire du département de Seine-Maritime ». À l’issue de ces recherches, plusieurs dépassements à l’anthraquinone ont été constatés en quelques points du département, « mais les précautions d’usage ont été mises en place ».
Des canalisations vite remplacées
La présence de l’anthraquinone, au Havre, résulte d’une réaction du chlore injecté dans le réseau d’eau potable sur l’un des composants de surface utilisés jusque dans les années 1980 dans les revêtements pour l’étanchéité de certaines canalisations d’eau potable. En concertation avec l’ARS, un contrôle poussé a donc immédiatement été effectué, « afin de circonscrire le quartier concerné ».
« Et sans attendre la sortie de l’instruction ministérielle qui préconise le remplacement des canalisations, la Codah a lancé un vaste programme de travaux de remplacement des canalisations d’eau de toutes les rues concernées », insiste Arnold Cauterman. Des travaux qui se sont achevés en août 2012.
« Il faut bien comprendre que l’anthraquinone apparaît dans l’eau du robinet du fait de la dégradation de certaines canalisations. Seules quelques communes sont ainsi touchées par ce phénomène. Et lorsqu’elles le sont, ce n’est qu’un tout petit secteur du réseau qui est victime de cette dégradation. Généralement, c’est une portion où le temps de séjour de l’eau, entre le moment de son approvisionnement et son arrivée au robinet, est long », développe Jérôme Le Bouard de l’ARS.
Le responsable du pôle santé environnement de l’ARS de Haute-Normandie est aussi clair sur le fait que la pollution havraise, dans les proportions où elle s’est développée, « n’imposait aucune restriction de consommation d’eau potable », puisque considérée comme non dangereuse pour la santé.
« L’eau, c’est le futur scandale de l’amiante ! »
Rassuré, Bernard Lelièvre ? Le citoyen havrais affirme qu’il ne le sera jamais « tant règne l’opacité dès lors que l’on aborde la question de la qualité des eaux. Le laxisme doit cesser sinon, dans dix ou quinze ans, l’eau, ce sera à l’égal du scandale de l’amiante », lance-t-il. Lassé, le délégué de l’association de consommateurs alerte désormais élus, médecins et médias par l’envoi d’une lettre ouverte titrée : « Sur le Havre et la région havraise, buvons-nous sans le savoir une eau toxique depuis plusieurs décennies ? ».
« Je pense que jusqu’en 1980, l’ensemble des canalisations du Havre étaient concernées par cette pollution. Ce qui induit que nous, Les Havrais, buvions depuis des décennies de l’eau toxique, même à faibles doses, avec des effets potentiels de cancéro-génicité », estime Bernard Lelièvre qui entend obtenir des réponses claires sur le sujet.
Arnold Cautman tend lui à dédramatiser le propos. L’opacité n’est pas de mise, à ses yeux. Le président de la Codah (le député-maire du Havre) s’apprêterait d’ailleurs à répondre à l’UFC Que Choisir « avec tous les éléments demandés », pour le prouver. La Codah tout comme l’ARS rappellent par ailleurs que toutes les analyses sur la qualité de l’eau sont affichées en mairie et sont consultables sur le site de l’ARS.
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Informations pratiques
UFC-Que Choisir Le Havre, 12 rue de Saint-Wandrille, au Havre. Tél. 02 35 47 75 00
Les rues qui étaient concernées par la pollution à l’anthraquinone à Sanvic sont les rues du Cimetière, David d’Angers, Bir Hakeim, Bayard, Albert Copieux et Igor Stravinsky.