Ma tribune dans Paris-Normandie sur la première année du Quinquennat, l’Europe et la relation Franco-allemande

A l’occasion de l’anniversaire de l’élection de François HOLLANDE, j’ai publié dans le quotidien régional Paris-Normandie une tribune évoquant la première année du Quinquennat, l’Europe et la relation Franco-allemande.

« Voilà désormais un an que François Hollande est devenu, par la volonté des citoyens français, le 7ème Président de l’histoire de la Vème République, avec 51,7% des suffrages exprimés, soit un peu plus de 18 millions de voix.  Pour lui comme pour les parlementaires de la majorité,  ces 12 mois de responsabilité n’ont pas été un long fleuve tranquille, ni un chemin pavé de roses. Les différentes enquêtes d’opinion et le flot de commentaires acides ou désabusés auquel cet anniversaire donne lieu pourraient laisser croire qu’au terme de cette première année de pouvoir, l’espoir de changement a fait place à une forme de désenchantement. Ce sentiment est nettement plus nuancé sur le terrain, et surtout plus ambivalent qu’il y paraît : il est logique et normal d’un côté ; mais aussi injuste et irrationnel de l’autre.

Logique et normal au regard de la situation de l’économie, de l’industrie, de l’emploi et du pouvoir d’achat dans notre pays ; injuste et irrationnel au regard de l’héritage particulièrement lourd – 600 milliards de dettes supplémentaires et 1 million de chômeurs de plus en 5 ans, 23 mois de hausse consécutive du chômage,  ce n’est tout de même pas rien ! – qui nous a été légué, des nombreux engagements de campagne qui ont déjà été tenus (comme cela a été souligné ici, ici ou encore ici) et des principaux dispositifs (Emplois d’avenir, Contrats de génération, Banque publique d’investissement…) qui ont été mis en œuvre pour inverser les courbes du chômage.

Il est plutôt réconfortant de constater que les plus fervents supporteurs de la Droite ne se réjouissent pas de la politique engagée ces 12 derniers mois. Et rassurant de voir, à la lumière du bilan de la majorité sortante, que le Gouvernement en place n’applique plus le programme de l’UMP, lequel préconise, dans sa dernière version, des coupes budgétaires de 130 milliards d’euros en 5 ans, de ne pas remplacer 2 fonctionnaires sur 3 partant en retraite, au détriment de l’éducation, de la santé et de la sécurité de nos concitoyens, d’augmenter la TVA de 3 points, d’abaisser les plafonds des livrets d’épargnes réglementés…

Depuis toujours attachée à l’union de la Gauche, je me soucie, en revanche, que nos amis politiques puissent ressentir et exprimer le sentiment d’avoir été trompés. Ce désamour – à supposer que la Gauche radicale ait un jour porté une grande affection à François Hollande ! – n’est sans doute pas dénué de tout fondement. Qu’il s’agisse du Traité budgétaire européen, du Crédit d’impôt compétitivité accordé aux entreprises, de l’ANI, de l’affaire des « Pigeons », de l’amnistie sociale, certaines des positions prises au nom du principe de réalité ou de l’efficacité économique peuvent être discutées. Le débat est légitime, et le dialogue nécessaire. Pour autant, l’action de la nouvelle majorité ne mérite pas d’être ainsi dénigrée et rejetée en bloc : la réalité est plus complexe et contrastée. Le procès en reniement intenté par certains relève de la mauvaise foi (ou d’un déficit de mémoire), tant le candidat Hollande s’est attaché, aussi bien dans le cadre des primaires socialistes que de la campagne présidentielle, à ne pas promettre la lune et à souligner les efforts qui seraient nécessaires pour redresser le pays. Ce discours de vérité aurait dû appeler une certaine indulgence face aux difficultés rencontrées. Il n’en est rien.

Entre une Droite revancharde – voire, pour une partie d’entre-elle, réactionnaire – qui nous reproche aujourd’hui de ne pas avoir réussi en 12 mois ce qu’elle a été incapable de faire pendant une décennie, une Gauche sevrée de toute responsabilités nationales depuis 10 ans – autant de frustrations et d’impatiences accumulées ! – et un monde du travail particulièrement malmené ces dernières années, nous agissons depuis un an dans un contexte de haute turbulence sociale et politique. Avec en toile de fond, à l’échelle européenne et mondiale, une crise économique et financière exceptionnelle par sa gravité et sa durée. Nous nous situons ainsi dans un entre-deux historique instable et inconfortable : notre ancien modèle de développement n’a pas encore tout à fait disparu tandis que le modèle appelé à le remplacer n’a pas encore vraiment vu le jour. Cette mue nécessairement longue s’accommode mal du temps court de la politique, et encore moins de la « dictature » du quotidien, de l’immédiateté et de l’urgence qui caractérise aujourd’hui nos sociétés.

Cette culture de l’instantanéité, à laquelle participent les réseaux sociaux, les chaines d’information en continu et une poignée de chroniqueurs politiques multimédia – radio, télé, presse, internet…- , bouleverse profondément notre rapport à l’espace et au temps. Il devient de plus en plus difficile, dans ces conditions, de faire ressortir de manière pédagogique la cohérence d’une action politique, laquelle ne peut s’apprécier que sur le moyen ou le long terme, avec le recul et la hauteur de vue nécessaires par rapport à l’écume des jours.

Symptomatique est, à cet égard, le pataquès suscité par la divulgation dans la presse d’un simple document de travail du Parti socialiste – alors non encore discuté et donc a fortiori pas validé – pointant notre opposition à la vision de l’Union portée par les conservateurs européens, au premier rang desquels figure la Chancelière allemande Angela Merkel. Cet épiphénomène a soulevé dans notre pays un emballement médiatique et un procès en germanophobie absolument hallucinants.

Loin des figures imposées, des postures surjouées et des arrière-pensées du landernau politique national, j’assume pleinement, en tant que socialiste, germanophile et européenne convaincue, d’avoir activement contribué à l’élaboration de cette Convention sur l’Europe, qui va je crois dans le sens de ce que les citoyens espèrent.

A l’heure où le chômage dans la zone euro atteint un niveau historique, nous avons plus que jamais le devoir d’engager un combat démocratique contre les dérives de l’Europe libérale et les dirigeants qui la soutiennent. N’en déplaise à nos détracteurs, l’adhésion à la politique de la CDU et de Madame Merkel ne saurait constituer un préalable à l’amitié entre la France et l’Allemagne. Je refuse que l’hypocrisie du politiquement correct participe à la stratégie de discrédit de toute politique alternative à l’austérité et aux égoïsmes nationaux, mortifères pour la croissance et les emplois de notre continent.

Alors que le FMI, le G20, la Commission européenne, le Président du Parlement européen, le gouvernement des Pays-Bas et le nouveau Président du Conseil italien prennent enfin conscience des effets néfastes du carcan austéritaire imposé ces dernières années, donnant ainsi raison aux analyses socialistes, régulatrices, progressistes – bref de gauche – les socialistes français n’ont pas à s’excuser d’être fidèles à leurs convictions, à leurs engagements et à leurs objectifs de réorientation de l’Europe. C’est un travail de longue haleine que nous devons mener avec constance et ténacité sur l’ensemble du quinquennat, tant à l’échelle nationale qu’européenne, sans nous laisser excessivement distraire par les jugements hâtifs et des polémiques stériles. »

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