La campagne des Municipales havraises, houleuse avant même son lancement.
Pour de nombreux commentateurs, le combat s’annonce difficile pour l’actuel maire du Havre, Edouard Philippe. Affiché comme cadre de l’UMP d’avantage que son mentor Antoine Rufenacht, moins connu aussi, il subit également une côte affaiblie par des travaux longs et à peine terminés, des braquages à répétition, un nombre de fermetures d’entreprises important, un taux de chômage plus élevé que la moyenne nationale et une baisse subie du nombre d’habitants depuis 15 ans… Difficile donc, mais pas impossible. Car pour d’autres, la fin des travaux, les aménagements récents, le tramway, la refonte de quartiers comme l’Eure, Danton ou Caucriauville, le Stade Océane, permettent à l’ancien Directeur général de l’UMP d’espérer gagner aisément.
Le Front National quant à lui, en observateur silencieux, se voit déjà, après une longue période d’absence, revenir au Conseil municipal. Il s’affiche en effet comme solution à tous les problèmes rencontrés au Havre face à la fameuse « UMPS » ; situation aisée puisque le parti de Damien Noir, la tête de liste, ne siège pas. Et si ce candidat est totalement inconnu, ce facteur n’a jamais posé problème au parti des Le Pen. C’est en effet sur le nom de la Présidente et sur la marque « FN » que vont s’orienter les voix, plutôt que sur un candidat, quel qu’il soit.
Revenons maintenant sur les dernières élections du Havre. Lorsque le jeune Énarque Edouard Philippe s’est présenté sur son nom propre, il a subi deux revers et une victoire dans la Cité Océane. Les Législatives dans la 8ème Circonscription en 2002 ? Un galop d’essai souhaité par Antoine Rufenacht, insurmontable et perdu d’avance, face à un Parti Communiste particulièrement implanté avec Daniel Paul pour candidat indétrônable. Les Législatives dans la 7ème Circonscription en 2012 ? Un cauchemar encore, Sainte-Adresse sauvant de justesse le candidat UMP et lui donnant la place si difficilement acquise, fief pourtant où Jean-Yves Besselat gagnait aisément, avant la modification du territoire faite par Nicolas Sarkozy. C’est ainsi un échec cuisant face à Laurent Logiou, qui s’impose au Havre, tout comme face au Front National, autre gagnant attendu de l’élection. Une victoire est tout de même à retenir pour Edouard Philippe : celle de 2008, lorsqu’il s’est imposé dans le 5ème canton du Havre, décidément acquis à Droite. A la Ville, à la Communauté de Communes, au Département, à la Région comme dans le ministère tenu par Alain Juppé, il a ainsi pu mener sa carrière politique jusqu’à présent.
A Gauche, deux partis sont en lice pour tenter de gagner : les Socialistes accompagnés des Républicains de Gauche et des Ecologistes, et les Communistes accompagnés du Front de Gauche. Et la donne a fortement changé ces dernières années de ce côté-là.
Le Havre est resté très longtemps l’un des derniers bastions français du PCF. Aux municipales, aux cantonales, aux législatives, les élus de Daniel Paul ont gagné élection après élection de nombreuses places. Aux dernières élections municipales, le PS, après de nombreuses années d’absence, n’a pas réussi à détrôner le parti de André Duromea et de Daniel Colliard. Et la bascule est arrivée, un soir d’élections législatives, sous les traits de Catherine Troallic et de Matthieu Brasse, son suppléant, l’année dernière. A la surprise générale, celle-ci a battu Jean-Paul Lecoq au premier tour, lui donnant son siège à l’Assemblée conformément à leur accord, Agnès Canayer, pour l’UMP, n’accédant pas au second tour.
Pour les municipales de 2014, le Parti Socialiste figure donc comme leader à Gauche, gagnant élection après élection des voix sur les Communistes. D’autant plus que Daniel Paul, le leader dorénavant retraité du parti, a laissé la place à Nathalie Nail, bien moins connue, même si elle siège au Conseil municipal.
Et pourtant, la rose semble avoir perdu quelques pétales. La campagne des primaires n’a d’abord pas créé l’appel d’air espéré par les candidats. Au contraire, elle a fait naître des divergences au sein du parti. Pendant plusieurs mois, la bataille d’image a eu lieu et le gagnant en est Camille Galap, élu par trop peu de Havrais tête de liste aux municipales. « Adhérent de la dernière heure », « non Havrais », « parachuté », les critiques fusent, même si les candidats malheureux tendent à sauver l’éclat du vainqueur.
D’après la Presse Havraise, au Parti Socialiste en fait rien ne semble aller. Dans la liste proposée aux militants par Camille Galap, on nous apprend que Laurent Logiou, Conseiller municipal à la tête du groupe Socialiste et vice-Président de la Région Haute-Normandie, a disparu. Tout comme Armand Legay, autre candidat des primaires, plus ancré à Gauche. Quant à Mathieu Brasse, Secrétaire de Section élu à ce poste par les adhérents Havrais, il se retrouve à une place non éligible. Incompréhensible pour de nombreux militants, qui croyaient la réconciliation faite pour mener la bataille face à la Droite.
Ce choix, s’il est avéré, peut mettre à mal les efforts réalisés mois après mois pour conquérir la Ville. D’abord il risque de choquer profondément tous ceux qui ont soutenu les deux vaincus des primaires. Ce qui signifie en premier lieu des Présidents d’associations, des décideurs locaux représentant chacun des voix. Cela touche également la base de la Politique, celle qui s’écrit avec un « P » majuscule : avec un parti pour soutenir un candidat, il est possible de gagner des élections ; sans c’est un combat perdu d’avance, à moins d’être une personnalité reconnue même par ses opposants et d’être l’élu sortant. Nombreux sont ceux qui ont découvert un peu tard cette réalité indiscutable sur des élections nationales ou municipales dans une grande ville. Ensuite, il mène une liste où les professionnels de la politique sont abandonnés : peut-on diriger une ville lorsque l’on n’a jamais été élu ne serait-ce que Conseiller municipal et que l’on ne veut pas d’anciens Conseillers municipaux dans son équipe ? A n’en pas douter, la Droite va se saisir de cet argument, qu’il soit fondé ou non, pour disqualifier la liste de Camille Galap et de ses colistiers. Les éléments pour malmener la Gauche Socialiste sont servis sur un plateau en or ; des erreurs de débutant diront certains. L’unité devrait être présente dans l’équipe avant le premier tour, car qu’en sera-t-il au second, lorsqu’il d’agira également de composer avec la Gauche de la Gauche ?
Ajoutons à cela le fait incontestable que sur une élection locale la situation nationale a un impact important. Antoine Rufenacht connaissait fort bien cette donnée, lui qui après des années de vache maigre a pris la Ville en 1995, année où Jacques Chirac a ravi également l’Elysée. La côte de popularité de François Hollande est donc également à prendre en compte, même si nul ne peut présumer, à moins de 6 mois des élections, du futur. Lorsque le bateau prend l’eau au niveau national, une équipe qui se voit en vainqueurs devrait afficher un front commun et les Havrais sont loin de le trouver au Havre.
Bref, le parti donné comme leader à Gauche il y a quelques mois a encore bien des preuves à faire, au risque de recevoir une leçon d’humilité. Et certainement de revivre une décomposition. Nathalie Nail se présente de son côté avec l’étiquette « Rassemblement », d’ores et déjà présenté sur ses affiches. Pour le plus grand plaisir de la Droite, convaincue que les Havrais ne placeront pas de nouveau les Communistes à la tête de la Ville s’ils sont en tête l’année prochaine au premier tour.
L’élection s’annonce donc, une fois de plus, passionnante pour les uns, trop longue pour les autres.
