Pour une écologie du métal !

rapport Ils sont partout. Dans votre téléphone portable, dans le tableau de bord de votre voiture, dans les lampes à basse consommation accrochées au plafond, dans votre téléviseur à écran plat, dans votre ordinateur…

Il y en a de plus en plus. On les appelle les métaux critiques ou stratégiques. Ils sont indispensables aujourd’hui dans les nouvelles technologies et plus largement dans un certain nombre de filières industrielles (automobile, aéronautique,…). Dans les années 80, l’industrie utilisait grosso modo une vingtaine de métaux. Aujourd’hui, ils sont plus de soixante à se retrouver dans les produits qui nous entourent. Ils sont partout mais on ne les produit pas partout. Quelques grands pays comme la Chine, le Brésil, l’Australie, le Canada, en extraient la plus grande quantité. L’approvisionnement est un enjeu pour notre modèle économique. On peut parler d’un véritable « risque métal » si l’un de ces pays venait à pratiquer des quotas ou des restrictions d’exportation. La Chine est tentée de le faire. L’OMC a été saisie. Autre élément du risque, comme beaucoup de ressources, les métaux ne sont pas infinis.

En févier 2011, j’ai été nommé avec mon collègue Michel Havard, pour rédiger un rapport d’information sur la gestion durable de ces métaux. Nous avons effectué plus d’une cinquantaine d’auditions, rencontré les acteurs majeurs de l’industrie, visité des sites de production à travers le monde (Brésil, Suède, Belgique). mine-au-bresilAu bout de ces six mois de mission, nous avons présenté notre rapport en commission à l’assemblée nationale. Un état des lieux sans concession et des préconisations pour que cet enjeu figure dans nos agendas politiques au même titre que le changement climatique ou la perte de la biodiversité. Il n’y a pas de fatalité face au « risque métal ».

Nous avons développé l’idée d’une « écologie du métal ». Il y a des chiffres qui valent bien plus qu’une thèse en la matière. Il faut par exemple une tonne de minerai pour extraire 5 grammes d’or. Il faut une tonne de téléphones portables pour en produire de 300 à 350 grammes. Encore plus parlant. Il y a 20 millions de téléphones portables recyclables en France par an. Seulement 500 000 le sont véritablement. On comprend mieux l’enjeu du recyclage. Les produits en « fin de vie » constituent de véritables gisements de métaux. On peut les qualifier sans exagérer de « mines urbaines ». Mais la filière de recyclage a besoin d’être soutenue. Il faut améliorer la collecte, lui garantir des débouchés, et empêcher la fuite de produits en « fin de vie ». L’amélioration de la collecte passe par les éco-organismes efficaces et par une meilleure sensibilisation du public. La fiabilité de la filière pourrait venir de l’Europe avec par exemple une obligation d’incorporation de matière première secondaire dans différents produits, ou encore la refonte de la définition et le statut du déchet afin d’éviter les fuites. Enfin l’éco-conception peut permettre de « préparer » les produits a être recyclés ou réutilisés en fin de parcours. Dernier élément qui ressort de notre rapport, c’est la substitution, c’est à dire le remplacement de métaux critiques par des métaux plus abondants ayant les mêmes propriétés ou s’en approchant.terres-rares

Produire durable semble à portée de main. Là où le bât blesse, c’est dans la consommation durable. Comment accepter l’usage dispersif de certains métaux ? Comment accepter à terme que le zinc et le titane soient utilisés pour blanchir le dentifrice, ou le bismuth pour teindre les cheveux ? Comment accepter à travers l’utilisation de nano particules pour fabriquer des chaussettes anti – odeurs dont l’effet disparaît au bout de trois lavages et qui finissent dans les boues à la sortie des stations d’épurations ? J’ai apprécié le travail mené dans le cadre de ce rapport. J’espère maintenant qu’un grand nombre de nos propositions seront reprises. En tout cas, je continuerai à suivre ce sujet dont les enjeux sont à la frontière de l’économique et de l’environnement. J’ai aussi acquis la conviction qu’il y avait à la clé d’un développement solide de la filière de recyclage une source d’emplois locaux !

Articles créés 204

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut