Source : lemonde.fr (extraits)
12 août 2011
By Criwar
Le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) a mené durant deux ans « une évaluation sans précédent » de l’étendue et de l’impact de la pollution dans l’Ogoniland, au cœur du Delta du Niger, la région pétrolifère du premier producteur de brut d’Afrique. « La restauration environnementale de l’Ogoniland pourrait bien être l’exercice de nettoyage de pétrole le plus vaste et le plus long jamais réalisé dans le monde si l’on veut ramener à un état entièrement sain l’eau potable, les sols, les criques et les écosystèmes importants tels que les mangroves, qui sont contaminées », selon un communiqué du PNUE qui a présenté l’étude jeudi à Abuja.
Le PNUE a préconisé la création d’un fonds spécial pour l’Ogoniland et suggéré que les compagnies pétrolières et le gouvernement nigérian y injectent 700millions d’euros. « Dans au moins dix communautés Ogoni, où l’eau potable est contaminée avec des niveaux élevés d’hydrocarbures, la santé publique est sérieusement menacée ». L’Ogoniland est quadrillé d’oléoducs et jonché de puits et autres installations pétrolières. Les défenseurs de l’environnement dénoncent depuis des années l’impact environnemental de l’exploration de brut. Parmi les nombreux groupes opérant dans le Delta du Niger, le géant anglo-néerlandais Shell est le plus ancien et le plus important.
Shell a jugé jeudi « de grande valeur » le rapport de l’ONU sur la pollution pétrolière dans ce pays.« Ce rapport apporte une contribution de grande valeur en vue d’améliorer la compréhension du problème des fuites de pétrole dans l’Ogoniland », a estimé Mutiu Sunmonu, directeur général de Shell Petroleum Development Company (SPDC), qui gère les opérations nigérianes pour Shell. « Toutes les fuites de pétrole sont mauvaises (…) pour les communautés locales (…), pour l’environnement (…) » a-t-il ajouté dans un communiqué, rappelant que Shell ne produit plus de pétrole dans l’Ogoniland depuis 1993. Cependant, un important oléoduc appartenant au groupe continue de traverser la région, selon le site Internet de la société, et Shell a reconnu mercredi sa responsabilité dans deux marées noires de 2008 et 2009 dans l’Ogoniland, s’engageant à payer des compensations.
Shell a souvent affirmé que la plupart des fuites sont causées par des activités illégales telles que le vol de brut, prélevé directement sur les oléoducs, et le raffinement clandestin.
Le PNUE relève que « le contrôle et l’entretien des installations pétrolières dans l’Ogoniland demeure inadéquat : les propres procédures de Shell n’ont pas été respectées, conduisant à des problèmes de santé publique et de sécurité ». Les dommages pourraient s’élever à plusieurs centaines de millions de dollars, selon le journal britannique The guardian.
Selon les défenseurs de l’environnement, la pollution liée au pétrole a ravagé l’Ogoniland et détruit les moyens de subsistance d’une population vivant essentiellement de la pêche et de l’agriculture.
Amnesty International a estimé jeudi dans un communiqué que l’étude prouvait que« Shell a eu un impact terrible au Nigeria et s’en est sorti en niant cela des décennies durant ». Le groupe a « systématiquement échoué » à nettoyer ses fuites de pétrole, selon l’ONG.