Une affaire en salle des ventes.
Notre correspondant, Simon d’Anglade, a tenté d’acheter un tableau à petit prix «aux enchères» en salle des ventes pour l’anniversaire de sa fille aînée. Il est finalement reparti avec des bouteilles de vin…
«ADJUGÉ au n°32, Mme Valentin !» Le marteau d’ivoire du commissaire-priseur vient de s’abattre sur le pupitre. Trop tard, je n’ai pas réagi assez vite. La litho de Dali signée du maître ne sera pas pour moi. Je l’avais repérée hier lors de l’exposition publique des lots à vendre. Oui, je m’efforce en amateur moyennement averti de toujours déambuler dans la salle des ventes avant le jour fatidique. Cela permet de noter pour les oublier les numéros des objets sans intérêt ou de mauvaise qualité et en même temps de jeter son dévolu sur tel ou tel lot séduisant. L’achat en salle des ventes, ça fonctionne au coup de coeur. Aujourd’hui, mon objectif est double : acheter un tableau à petit prix pour compléter ma collection et acquérir un beau bibelot à offrir à ma fille aînée pour son anniversaire. Un bibelot, à défaut d’un bijou ancien, cette bague en or blanc rehaussée de petites pierres précieuses qui trône dans la vitrine fermée à clé. Mise à prix 300e. Trop cher pour moi ! Je suis assis au 2e rang, au milieu de la «caverne d’Ali Baba». J’ai trouvé une place sur un vieux canapé pour assister confortablement au spectacle. Car c’en est un ! Aujourd’hui, le public a droit à un catalogue.
Une vente plus prestigieuse que la liquidation fourre-tout de certains jours de semaine à Rouen. Toute la marchandise d’aujourd’hui provient d’une liquidation, d’une succession conflictuelle et de particuliers désargentés. Untel s’est défait d’une série d’assiettes en Vieux- Rouen, tel autre s’est débarrassé des meubles en fruitier de sa vieille tante. Cet aprèsmidi, comme à chaque fois, ces armoires et ces buffets partiront à des prix dérisoires. Trop volumineux, trop vieux et pourtant très beaux ! Non sans un brin d’humour, le commissairepriseur poursuit sa litanie des pièces à vendre dans l’ordre chronologique des numéros accolés sur les objets. Il les a examinés soigneusement avant la vente. Il se méfie du vol et du recel. L’argumentaire est sobre. Le vocabulaire accessible. Dès la mise à prix annoncée, les mains se lèvent. Parfois il suffit d’un hochement de tête. Le maître de céans ne rate rien des mouvements de la foule agglutinée devant la table de présentation. «50e, 60 à droite, 70 au 2e rang, 80 au téléphone, 100 au fond de la salle….. plus personne ? Allez un petit effort, ça vaut bien plus que 100e. J’adjuge : 100 e pour ce tabouret recouvert d’un tissu précieux. » Le marteau tombe à nouveau. Le monsieur du fond de la salle a le sourire. Il paiera 120e (100e plus 20% de taxes). Il est brocanteur et pourra revendre son acquisition 3 ou 400e ! En ce dimanche, 3 des 5 commissaires-priseurs de Rouen ont décidé de faire leurs ventes respectives à la même heure en trois lieux différents. Une bien mauvaise idée ! Les amateurs doivent se dédoubler pour être partout à la fois et ne rien rater. Finalement pas de tableau et pas de bibelot pour moi, ce pourquoi j’étais venu. Je repars avec quelques belles bouteilles de vin de Bordeaux, de Bourgogne et de Cognac. 25 flacons millésimés pour 210e et un vieux tapis pour 30e. Le vin je sais quoi en faire ! Le tapis beaucoup moins….mais j’ai été content de lever la main pour enchérir, satisfait aussi de ne pas avoir été coiffé sur le poteau par un autre acheteur. J’aime gagner … l’acheteur est aussi un joueur!
Rouen dispose de 3 salles des ventes : une singularité en province !