Climat : perspective sur une France qui va chauffer

http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20111212.OBS6549/la-france-qui-chauffe.html

Publié le 12-12-11      par Morgane Bertrand

A défaut d’accord audacieux sur l’atténuation du changement climatique, comment se préparer à une envolée du thermomètre de 1,5° à 2°C d’ici 2050 ?

Pionnière en la matière, la France a adopté en juillet dernier un Plan d’adaptation au changement climatique. Soit un ensemble de 230 mesures concrètes et de programmes de recherche pour préparer un avenir caniculaire, 171 millions d’euros directement affectés auxquels s’ajoutent les 391 millions d’euros des Investissements d’avenir.

Ce qu’il faut faire ? Inutile de chercher bien loin. Avec un réchauffement de 0,6°C depuis cinquante ans, et jusqu’à 2° dans l’Arctique, les effets du changement climatique sont déjà là : remontée du niveau de la mer et érosion des côtes, réchauffement des cours d’eau, problèmes de ressources en eau dans les régions du sud mais aussi en Ile-de-France, apparition de maladies à vecteur comme la dengue, multiplication des insectes ravageurs… Autant s’y préparer tout de suite.

Au bord de la mer : adieu les pieds dans l’eau

Ce qu’on sait : le niveau moyen de la mer s’est élevé de 18 cm entre 1870 et 2000 et selon Groupe d’experts international sur le climat (GIEC), il pourrait encore gagner jusqu’à 1 mètre d’ici 2100. Pourtant, le risque viendrait d’ailleurs : « Les effets des tempêtes et des interventions humaines (dignes, enrochements) sur le littoral sont pires que l’élévation », assure Alain Hénaff, coordinateur du programme Cocorisco (Connaissance, compréhension et gestion des risques côtiers) à l’Université de Bretagne Occidentale. Des phénomènes qui, selon le GIEC, ont vocation à se multiplier.

Ce qu’on risque : la noyade. Fin février 2010, la tempête Xynthia a fait 53 morts en Charente-Maritime et en Vendée. Toutes les côtes de faible altitude ou gagnées sur la mer sont menacées de submersion. Sans compter la probable transformation du tracé des côtes par l’érosion. En Languedoc-Roussillon, des dizaines de milliers de logements et d’entreprises pourraient avoir à se déplacer.

Ce qu’on fait : alors que le lido de Sète à Marseillan (Hérault) est en train de plonger, la communauté d’agglomération du bassin de Thau a entrepris de déplacer la route littorale de 100 mètres à l’intérieur des terres pour permettre la restauration d’une zone protectrice dunaire ! Plus simplement, les communes littorales adoptent des plans de prévention des risques littoraux qui rendent inconstructibles les zones les plus exposées. Au risque, comme à Gâvres (Morbihan), d’entrer en conflit avec des riverains très mécontents du déclassement de leur terrain.

Dans nos assiettes : adieu le tout maïs

Ce qu’on sait : les précipitations attendues au printemps et en été devraient diminuer d’environ 50% vers 2050 et de 30% supplémentaires vers 2090 dans le scénario pessimiste du GIEC.

Ce qu’on risque : la pénurie. L’irrigation pour l’agriculture intensive représente une part majeure des prélèvements d’eau douce. Le phénomène des « à sec » de certaines rivières françaises en période de sécheresse en est l’illustration. Impossible de poursuivre les grandes cultures, fortement consommatrices en eau.

Ce qu’on fait : des cultures mieux adaptées à la rareté. Dans le cadre des Mesures Agro Environnementales Territorialisées (MAET), l’objectif est de réduire les volumes prélevés sur 14.000 hectares. Dans ce cadre, la consommation en eau du maïs a été nettement réduite depuis 2003. Le sorgho, moins assoiffé, pourraient le détrôner. Pour information, il se cuisine comme le riz, et sa farine peut être utilisée pour faire du pain. Il sert aussi pour l’alimentation animale.

En montagne : adieu le ski

Ce qu’on sait : la neige ne disparaîtra pas en montagne, mais la limite « pluie-neige » remontera. « Un problème pour les stations de moyenne et basse montagne, à partir de 1.500 mètre d’altitude », explique Claude Schneider, nivologue à la Plagne sur le site Zapiks.fr.

Ce qu’on risque : se retrouver coincé dans un appartement de location de 30 m2 et la montagne sous la pluie. Sans compter le manque à gagner pour les saisonniers. Alors que les sept grandes stations de la Tarentaise (Les 3 Vallées) et de la Haute-Tarentaise (Les Arc, La Plagne, Val d’Isère, Tignes), les plus hautes et les plus riches, continueront d’attirer les skieurs, les petites, comme celle du Col de Porte au-dessus de Grenoble, surnagent difficilement.

Ce qu’on fait : on plante des canons à neige. « Les premiers, posés au milieu des années 1970 à Flaine (Haute-Savoie), arrivaient en appoint en bas des pistes, se souvient Guillaume Desmurs, rédacteur en chef de Skipass.com. Aujourd’hui, on en trouve même sur le glacier de Pissayas à Val d’Isère ! ». On développe aussi d’autres activités : yourtes, raquettes à neige, traîneaux, spa et surtout, centres sportifs avec piscine, patinoire, mur d’escalade, jeux d’enfants… Enfin, on pense à l’été et on mise sur les parcours ludiques pour VTT. Sans grand succès.

Sur les sols meubles : adieu les constructions légères

Ce qu’on sait : les épisodes de sécheresse du type 2003 ou 2009 devraient être de plus en plus fréquents, et intensifier les variations d’humidité des sols.

Ce qu’on risque : voir sa jolie maison, un été, se transformer en bicoque fissurée. C’est ce qui est arrivé à Valérie Delmotte-Masson, co-auteur de rapports du Groupe d’experts international sur l’évolution du climat. Sa maison essonnienne est construite sur de l’argile, qui a la particularité de réagir comme une éponge : se gonflant en période de pluie, se rétractant en période de sécheresse. Depuis 1989, 18 774 arrêtés de catastrophe naturelle ont été pris pour cette raison par 8 066 communes. Ce « retrait-gonflement » constitue le deuxième poste d’indemnisation des catastrophes naturelles derrière les inondations, avec 4,5 milliards d’euros déboursés entre 1989 et 2010.

Ce qu’on fait : dans les régions les plus touchées, bassin parisien, Haute-Garonne, Bouches-du-Rhône, Puy-de-Dôme, Tarn, Gironde et Tarn-et-Garonne, les architectes bien informés construisent des fondations plus profondes et des structures plus solides. « Des dispositions simples à mettre en œuvre et qui entraînent un surcoût relativement faible », assure Sébastien Gourdier, ingénieur risques naturels au Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM). Une carte permet d’identifier l’aléa sur l’ensemble du territoire, à la commune près.

En forêt : adieu le hêtre

Ce qu’on sait : en forêt, le réchauffement climatique aura un double effet. Le premier, sympa : la forte teneur en dioxyde de carbone et la douceur du climat devrait booster la croissance de la biomasse. Le second, moins joyeux : assèchement des sols et hausse des températures devrait modifier les zones de répartition des essences.

Ce qu’on risque : d’important dépérissement pour les espèces dépendantes de l’eau. Le hêtre devrait ainsi disparaître d’Ile-de-France. Les feux pourraient également faire leur apparition dans des forêts jusque-là épargnées, comme la Sologne ou Fontainebleau. Enfin, la chaleur favorise déjà certains ravageurs, comme la très urticante chenille processionnaire du pin.

Ce qu’on fait : L’ Office National des Forêts joue la carte du « bouquet d’essences », un savant mélange pour que toutes ne subissent pas les mêmes attaques au même moment. Il ne plante le hêtre qu’avec parcimonie et privilégie les chênes les plus robustes. A Paris, les services de la Ville ont remplacé le hêtre par des essences… méditerranéennes

L’été : bonjour les moustiques

Ce qu’on sait : la multiplication des événements caniculaires favorisera la remontée vers le nord et en altitude d’espèces susceptibles d’affecter la santé humaine. En la matière, la France en est au stade de l’étude.

Ce qu’on risque : une prolifération des moustiques, liée au réchauffement des écosystèmes aquatiques. Vecteurs potentiels de trois maladies : le chikungunya, la dengue et le paludisme.

Ce qu’on fait : les chercheurs cherchent. Et les autres s’équipent de moustiquaires.

Morgane Bertrand – Le Nouvel Observateur

 

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