Rapport de l’ASN sur la sureté nucléaire  » l’establisment de l’atome  » a changé de paradigme même s’il  » garantit que tout va bien  » ( FNE )

« En assurant que le risque d’accident nucléaire ne peut être définitivement écarté, l’ASN acte le fait que l’improbable est malgré tout possible. » C’est, d’après Maryse Arditi, pilote des réseaux risques industriels et énergie de FNE (France nature environnement), l’un des « points positifs » à souligner suite à la publication du rapport de l’ASN sur les évaluations complémentaires de sûreté des installations nucléaires françaises, mardi 3 janvier 2012 (L’AEDD n°12494). « C’est une modification radicale de l’opinion générale de l’establishment nucléaire, qui, jusqu’à l’accident de Fukushima, était persuadé que le risque d’accident nucléaire dans un pays comme le nôtre était nul », ajoute la militante.

Pour autant, Maryse Arditi regrette le « double discours » de l’ASN : « Dans un premier temps, elle rassure tout le monde, à commencer par les élus, garantit que tout va bien et que les centrales françaises sont sûres, et dans un second temps, elle impose aux industriels plus de rigueur en matière de sûreté nucléaire. » D’après FNE, le message essentiel que souhaite diffuser l’ASN est « en gros, tout va bien, mais ça pourrait aller mieux ».

« DIMINUER LA PROBABILITÉ D’ACCIDENT »

« L’ASN interpelle surtout les exploitants sur les mesures post-accident à mettre en place », estime Maryse Arditi. Une démarche que l’opérateur japonais Tepco n’avait pas entrepris, rappelle-t-elle. « Moins d’un an avant l’accident de Fukushima, Tepco a commandé une étude d’impact sur la centrale en cas de tsunami de quinze mètres de hauteur : les dirigeants ont été tellement effarés du résultat qu’ils ont préféré ranger cette étude sous la table et ne plus y toucher. Pourtant, ils auraient sans doute mieux géré l’accident en tenant compte de cette étude, et en se préparant au fait que le risque zéro n’existe pas », raconte la militante.

Pour FNE, la stratégie la plus pertinente reste de « réduire la probabilité d’accident en stoppant cette course au ‘toujours plus de nucléaire’ ». « Les réacteurs de Fessenheim ont une capacité de 900 mégawatts, alors que l’EPR atteint les 1 650 mégawatts », rappelle Maryse Arditi. « Même si la probabilité qu’un accident survienne sur l’EPR est faible, les conséquences d’un tel accident seraient désastreuses. »

« ADOPTER UNE APPROCHE MULTIRISQUE »

De son côté, Greenpeace France regrette que le périmètre d’étude de l’ASN ait été « réduit à quatre facteurs : risque sismique, risque d’inondation, risques de coupure d’alimentation électrique et d’alimentation en eau ». « Que se passerait-il en cas de chute d’avion accidentelle, ou d’accident sur un site industriel à proximité d’une installation nucléaire ? », interroge Sophia Majnoni, chargée de campagne nucléaire pour l’ONG.

« Il faudrait avoir une approche multirisques ; en l’état, le rapport de l’ASN ne permet pas au gouvernement de garantir que nos installations nucléaires sont sûres », ajoute-t-elle. Pour rappel, Greenpeace a obtenu le lancement par le gouvernement d’une « inspection interministérielle de la sécurité de tous les sites [nucléaires], et en particulier, un audit des dispositifs anti-intrusion » (L’AEDD n°12379), après avoir pénétré via plusieurs militants dans les centrales nucléaires EDF de Nogent-sur-Seine (Aube), Cruas (Ardèche) et mené différentes actions de « déstabilisation » sur d’autres sites le 5 décembre dernier (L’AEDD n°12249).

L’ARRÊT D’UN RÉACTEUR : UNE DÉCISION POLITIQUE SELON LES ONG

Par ailleurs, FNE et Greenpeace France « s’attendaient » à ce que l’ASN « ne demande l’arrêt immédiat d’aucune » des installations nucléaires. « De toute façon, la décision de fermer définitivement une centrale revient au gouvernement », explique Sophia Majnoni. « C’est un choix politique, et il est surprenant que le gouvernement en transfère la responsabilité à l’ASN », ajoute-t-elle en référence aux propos tenus à plusieurs reprises par Éric Besson. Ainsi, le 22 novembre 2011 à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Industrie a assuré, lors d’une séance de questions au gouvernement qu’il « appartiendr[ait à l’ASN], en janvier, dans le cadre de ce qu’on appelle l’audit ‘post Fukushima’, de décider de la prolongation ou non de la durée de vie de Fessenheim ».

D’après Sophia Majnoni, « la vraie question à se poser est : veut-on dépenser des milliards pour maintenir l’industrie nucléaire, ou investir dans la transition énergétique ? »

Paris, mardi 3 janvier 2012, 18:44:50

Contacts :
– FNE, Yann Barthélémy, chargé de communication, 01 44 08 02 51,communication@fne.asso.frwww.fne.asso.fr/
– Greenpeace France, Adélaïde Colin, directrice de la communication, 01 83 64 51 69,adelaide.colin@greenpeace.fr

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