Yes we CAN 2012 !

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La Coupe d’Afrique des Nations, en jargon footballistique la
CAN, revient comme tous les deux ans tenir en haleine les commentateurs
sportifs. Parfois, on se dit qu’on aimerait que ce soient les commentateurs
politiques qui se saisissent de cet objet d’actualité tant l’organisation de la
compétition semble liée à des contraintes géo-politico-économico
stratégiques…

En effet, cette année, c’est donc le Gabon, pays immense et très peuplé de
près d’un million et demi d’habitants, et la Guinée Équatoriale (six cent
mille ? sept cent mille habitants ou plutôt sujets de la famille Obiang)
qui ont l’honneur d’organiser la CAN. Outre leur voisinage mutuel, ces deux
pays ont en commun certaines traditions politiques. Tout d’abord, les deux pays
sont sous la coupe réglée de deux familles (Bongo pour le Gabon et Obiang pour
la Guinée Équatoriale) qui ont confisqué le pouvoir et les ressources
naturelles, le sacro-saint pétrole, à leur propre profit.

On citera bien sûr les actions en justices menées par diverses associations
de grincheux (dont Transparency International, Survie…) dans le procès dit des
biens mal acquis. Car les familles Bongo et Obiang ne détestent pas à
l’occasion investir dans la pierre et dans des pays occidentaux, au premier
rang desquels la France. On ne niera pas non plus l’attirance dans des biens,
mal acquis, certes, mais de luxe et qui vous classent leur propriétaire aussi
sûrement qu’une collection de Rolex.

C’est le principal intérêt du pétrole qui permet une économie obscure faite
de dessus et de dessous de table, de commissions, de rétro commissions et
peut-être même de rétro rétro commissions ! Ainsi, un des fils du
dictateur équato-guinéen, Tedoro Junior Obiang (son destin est tout tracé pour
succéder à son père tel un Bongo, Bush ou El-Assad de base) a pu s’offrir une
superbe collection de véhicules plutôt classe : 7 Ferrari, 4
Mercedes-Benz, 5 Bentley, 4 Rolls-Royce, 2 Bugatti, 1 Aston Martin, 1 Porsche,
1 Lamborghini et 1 Maserati, bref un lot d’une valeur de pas moins de douze
millions de dollars US, importé en 2009 des States et qui avait à l’époque
tracassé la douane de ce pays. Mais il faut bien se déplacer sur les routes du
grand pays qu’est la Guinée Equatoriale (superficie 2 034 km², soit à la louche
6 fois plus petit que… la Haute-Normandie). On pourra considérer ces véhicules
dont la fiabilité est légendaire comme des utilitaires, ce qui ferait de
Teodoro Junior un conducteur avisé.

Mais l’apprenti successeur est aussi un homme de goût et de ce fait un
véritable esthète. Il a acquis il y a quelques années la collection d’œuvres
d’art de feu Yves Saint-Laurent lors d’une vente aux enchères pour la modique
somme de 18 347 952 euros et… 30 centimes.

On retiendra que le pays dont la capitale est Malabo est un champion en
matière d’indicateurs… de développement humain : l’espérance de vie est de
50 ans, la mortalité infantile avant 5 ans est de 205 pour 1000 naissance (20 %
!), moins de la moitié de la population a accès à l’eau potable malgré le
pétrole dont la production en fait un des 30 plus gros pays producteurs au
monde. La redistribution des richesses nationales est un gros mot en Guinée
Équatoriale. On remarquera également que la dernière CAN a eu lieu en Angola,
que cette CAN aurait se tenir en Lybie en cas de défaillance des deux
présipautés pétrolières.

Les dirigeants politiques ou économiques occidentaux qui aiment intervenir
ou investir dès qu’ils renflent du pétrole, se consoleront tout de même en
regardant le symbolique match d’ouverture de la compétition : Guinée
Équatoriale – Lybie ! Certes, moins prestigieux qu’un Ghana – Mali par
exemple en matière de foot comme en matière de démocratie. On objectera que la
confédération Africaine de Football n’a certes pas beaucoup de choix si elle
tient à organiser ses compétitions dans des pays démocratiques. Mais l’avant
dernière CAN a eu lieu en Egypte (Moubarak n’a plus la baraka), celle-ci aurait
pu être en Lybie (ça n’a pas porté chance à Kadhafi), alors je m’appellerai
Bongo ou Obiang, je me méfierais !

Le mot de la fin à l’écrivain sociologue belge Pierre Mertens qui a dit ou
écrit un jour : « La dictature n’est rien d’autre qu’une machine
à fabriquer du passé avec de l’avenir.
 »

Le plus dur à venir étant de passer… en quarts de finale !

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