Staël et Dubuffet, deux artistes majeurs pour clôturer l’anniversaire du MuMa du Havre

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Alors que l’exposition anniversaire «On n’est pas sérieux quand on a 50 ans» va bientôt  fermer ses portes, le Muma organise un final en apothéose avec une mise en lumières des chefs-d’œuvre de Nicolas de Staël et Jean Dubuffet.

Plus que quelques jours pour profiter de l’événement anniversaire du Muma, «On n’est pas sérieux quand on a 50 ans». Et pour clore ce final en beauté, Annette Haudiquet, la conservatrice du Musée et toute son équipe offrent au public deux surprises comme deux coups de projecteurs sur les œuvres de Nicolas de Staël et Jean Dubuffet. Deux occasions de rencontres encore entre des chefs-d’œuvre cachés du Musée et des collections publiques et privées, prêtées pour la circonstance.

Lumière à supplice

« Paysage, Antibes », l’une des toutes dernières œuvres peintes par Nicolas de Staël dans son atelier d’Antibes où il s’est cloisonné en 1954, peu de temps avant sa mort. Elle est entrée en 2009 dans les collections du musée du Havre grâce à la donation Edouard Senn. «Et parce qu’elle faisait partie par le passé d’une collection privée, peu ont pu réellement l’apprécier», commente Virginie Delcourt, en charge de cette expo-dossier. Gustave, le fils du peintre, fut de ceux-là. Mercredi, il appréciait enfin «Paysage, Antibes» dont il n’avait vu que des reproductions, au Muma. « Ce tableau explose de couleurs éclatantes et révèle une technique particulière puisqu’elle contient plus de matière que ses autres toiles,  beaucoup plus en fluidité. ».
Virginie Delcourt et le Comité Nicolas de Staël, associé au travail, ont eu à cœur de réunir dans un même espace trois autres chefs-d’œuvre de la même période, toutes incarnant la fascination du peintre pour cette lumière du Sud, qu’il qualifiait de « lumière à supplice transparent » et pour le paysage. « Dans ce contexte, la toile est pour lui un mur qui révèle les espaces ; elle réduit le paysage à un choc visuel ». Et le choc, dans sa profonde radicalité, est de toute beauté.
« Le poète et le voltigeur », autre pépite de ce final au Muma. Un dialogue encore entre Ontogénèse, œuvre offerte au Muma par Jean Dubuffet lui-même, à l’issue de l’exposition rétrospective organisée en son nom en 1976, dans ce même musée, et d’autres, issues de collections extérieures. Dialogue aussi parce que cette exposition révèle la profonde amitié entre Dubuffet et le poète havrais, Jacques Berne.

Le temps de l’Hourloupe
Dubuffet était fâché avec le Havre, sa ville natale ; Berne y est resté toujours ancré. Dubuffet était bavard ; Berne, timide et réservé. Le plasticien avait une profonde admiration pour la littérature ; Berne, pour les arts plastiques. Un jour, ils se sont rencontrés et plus jamais quitté. Quarante ans d’amitié. L’exposition se nourrit de cet échange. Des lettres de Jean Dubuffet à Jaques Berne, extraites du fond de la bibliothèque Armand Salacrou qui en contient 622 offertes récemment par la famille de Jacques Berne. L’admirable «Ontogénèse» dialogue avec Tapétologie, incroyable poème de Jacques Berne pour remercier Dubuffet de son cadeau, un tapis en laine réalisé à New-York par Edward Fields. Le tapis resplendit dans la salle d’exposition du Muma. Des publications communes, des livres illustrés, tels « Le flux même » témoignent encore de la confiance mutuelle et de l’admiration profonde que les artistes se vouaient. L’Hourloupe est le lieu de leurs rencontres, de leurs créations. « L’Hourloupe est une invention de Dubuffet, inspirée de l’écriture automatique. Dubuffet avait une aversion profonde pour ce qu’il appelait «l’asphyxiante culture». Il s’est beaucoup intéressé à des travaux dénués de toutes références ; ce qui l’a conduit à la création de ce nouveau mode d’expression qui incarnait finalement la divagation de l’esprit », explique Michèle Blanchard, responsable de ce travail de mise en lumière. Nous nous plaisons à “hourlouper”.

Ces deux coups de projecteurs sont présentés au Muma jusqu’au 29 janvier.

Karine Lebrun

• Au MuMa – Musée d’art moderne André Malraux, 2 bd Clemenceau au Havre. Renseignements et réservations à l’accueil et au 02 35 19 62 72. Du lundi au vendredi de 11 à 18 h, samedi et dimanche de 11 à 19 h. Tarif : 5 euros.


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