http://www.bioaddict.fr/article/sante-et-alimentation-nos-enfants-avalent-128-residus-chimiques-par-jour-a1295p3.html
Sommaire
1 – Des substances toxiques dans les assiettes des enfants
2 – Pire que la quantité : l’effet cocktail
3 – La nécessité d’agir
L’association Génération Futures et le réseau européen Health & Environnement Alliance, en partenariat avec WWF-France et le Réseau environnement santé, ont publié une enquête dans le cadre de la campagne » Cancers et environnement « . Les résultats sont alarmants !
Aujourd’hui, un homme sur 2 et une femme sur 3 est ou sera touché par le cancer en France. L ‘Institut de veille sanitaire prévoit d’ailleurs qu’en 2010, 350 000 nouveaux cancers auront été diagnostiqués.
Alors que les cas de cancers chez les enfants et les adolescents sont en augmentation continue depuis les années 1970, les scientifiques sont de plus en plus poussés à en chercher les causes dans notre environnement. Les associations Générations Futures et HEA, dans le cadre de leur campagne de sensibilisation intitulée « Cancer et environnement », ont ainsi commandé à plusieurs laboratoires français et belges indépendants la réalisation des tests sur des produits non bio achetés dans des supermarchés de l’Oise et de Paris entre juillet et septembre 2010.
4 repas et un encas -une journée type d’un enfant d’environ 10 ans- ont ainsi été élaborés en suivant les recommandations du ministère de la santé. Ainsi 5 fruits et légumes frais ont été inclus dans la journée, de même qu’au moins 3 produits laitiers et un litre et demi d’eau (du robinet). Des friandises ont également été rajoutées.
Diverses substances chimiques ont été recherchées : des plastifiants dont du Bisphénol A (BPA) et des phtalates, des retardateurs de flamme bromés (PBDE), des dioxines, furanes, PCB et autres Polluants Organiques Persistants (POPs), des pesticides ou encore des métaux lourds…
Résultats ? Les analyses montrent qu’en 24h, un enfant est susceptible d’être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d’être cancérigènes ou encore soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens par des instances sanitaires européennes ou américaines !
L’étude montre ainsi qu’en une journée, un enfant de dix ans ingèrerait pas moins de 81 substances chimiques différentes.
Ont été trouvés dans ces 4 repas : 128 résidus chimiques qui représentent 81 substances chimiques différentes, 36 pesticides différents, 47 substances classées cancérogènes possibles ou probables (dont 5 certaines) et 37 perturbateurs endocriniens (PE)!
Parmi les produits très touchés, on trouve l’eau du robinet qui contient 8 résidus chimiques dont de l’atrazine, du chloroforme et des nitrates, le saumon avec trente-quatre résidus chimiques détectés et le steak-haché avec 10 substances détectées.
» Les résultats de cette enquête vont au-delà de ce que nous imaginions. Une telle étude mériterait surement d’être approfondie mais elle vise avant tout à apporter un éclairage sur les substances chimiques auxquels nous pouvons être exposées par notre alimentation. Même si, dans la quasi-totalité des cas, les limites légales pour chaque substance chimique prise individuellement ne sont pas dépassées, on voit bien dans notre enquête que la réalité de l’exposition des consommateurs aux contaminants possiblement cancérigènes et/ou PE est préoccupante car elle résulte de l’ingestion de cocktails de très nombreuses substances. Les effets de synergie possible induits par l’ingestion de tels cocktails de contaminants ne sont pas pris en compte dans l’évaluation des risques posés par ces différentes substances et le risque final pour le consommateur est donc probablement sous estimé », précise l’enquête.
Quelles sont les conséquences pour la santé ? On ne peut aujourd’hui rien affirmer par manque de données et de recul. Pour chacune de ces molécules en effet, les doses ingérées sont inférieures aux recommandations. Mais c’est bien le mélange de ces substances qui est inquiétant, car on ne sait pas grand-chose des effets de ces combinaisons.
Le risque final pour le consommateur de ce « cocktails de contaminants » « est probablement sous-estimé », met ainsi en garde l’étude.
Ainsi, par exemple, une étude de 1996 avait déjà mis en évidence des effets de synergie entre des pesticides aux potentiels œstrogéniques faibles. Les effets des mélanges de pesticides étaient alors de 150 à 1600 fois plus importants que les effets des pesticides pris isolément.
Une autre étude de 2006 menée par le Pr. Kortenkamp, a démontré qu‟une grande partie des cancers pourrait être liée aux perturbateurs hormonaux chimiques, notamment du fait de l’ « effet cocktail « .
Le bio, solution pour réduire l’exposition
L’association conseille ainsi de recourir aux produits issus de l’agriculture biologique pour diminuer l’exposition chimique : » Avec le bio, on élimine 36 substances, dont 18 cancérogènes, de nos assiettes « .
« Cette alimentation sans résidus de pesticides a un impact très favorable sur le niveau de contamination corporel et donc la santé. Le fait de passer à une alimentation biologique élimine notamment très rapidement les résidus de pesticides les moins persistants de nos organismes », précise ainsi l’étude.
L’AFSSA, Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments, reconnait également que: » Le mode de production biologique , en proscrivant le recours aux produits phytosanitaires de synthèse, élimine les risques associés à ces produits, pour la santé humaine. »
Lire : Dossier spécial alimentation et produits bio : ce que garantit le logo bio européen
Actuellement, l’impact des cocktails chimiques ingérés par voie alimentaire n’est pas évalué. A fortiori, l’impact de ces résidus alimentaires conjugué avec ceux des autres substances chimiques auxquels nous sommes exposés tous les jours (par l’air intérieur ou extérieur, par les cosmétiques, par les biocides…) n’est pas évalué non plus. Cette situation est inacceptable.
Le groupement d’associations milite donc pour » l’application du principe de précaution dans l’objectif de diminuer au maximum l’exposition environnementale, et notamment alimentaire, de la population à des substances soupçonnées d’être cancérigènes ou PE « .
Il souhaite notamment interdire l’usage de pesticides et de certains additifs, développer la recherche pour mieux comprendre l’impact des différents facteurs de risque et améliorer l’information des usagers.
L’association Générations futures déclare ainsi en conclusion de cette enquête :
» Aujourd’hui, un homme sur 2 et une femme sur 3 est ou sera touchés par le cancer en France. Nous sommes donc tous et toutes concernés par cette terrible maladie. Face à cette épidémie, nous avons décidé de lancer une campagne sur Environnement et Cancer. Le premier volet de cette campagne est donc cette enquête sur l’exposition de la population, par l’alimentation, à des substances chimiques suspectées d’être cancérigènes.
Notre but est de faire prendre conscience aux citoyens et aux responsables publics de la part importante que représentent les facteurs de risque environnementaux parmi les causes de cancers et ainsi de les inciter à agir et prendre les mesures qui s’imposent .
C’est parce que nous nous en inquiétons aussi que nous avons souhaité faire cette enquête. Depuis que nous travaillons sur le sujet de l’alimentation et de la contamination des aliments, notamment par les pesticides, nous n’avons de cesse de nous interroger sur l’exposition alimentaire » réelle » à laquelle une personne, particulièrement un enfant, est soumise durant une journée.
Malheureusement les résultats de nos analyses vont bien au-delà de ce que nous craignions. Si dans la quasi-totalité des cas les seuils légaux (normes, limites) sont respectés pour chaque substance prise individuellement, nous avons été impressionnés par le nombre important de molécules différentes retrouvées susceptibles d’avoir des propriétés cancérigènes et/ou pouvant perturber le système endocrinien.
Le message que ce rapport porte est que, au vu des résultats de cette enquête, il est du devoir de nos représentants de trouver des moyens de réduire de manière substantielle l’exposition, notamment alimentaire, de la population aux substances chimiques suspectées d’être cancérigènes et/ou pouvant perturber le système endocrinien.
Cet objectif est atteignable. Pour nombre de ces substances des solutions de substitution existent déjà. Ainsi pour ce qui est des pesticides et des additifs, la production d’aliments sans résidus est possible comme le prouve l’agriculture biologique. »
Retrouvez plus d’infos sur le site www.environnement-et-cancer.com
Sachez que le WWF relance l’opération « oui au bio dans cantine » le 15 décembre prochain !
Alicia Muñoz