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Prolonger la durée de fonctionnement des centrales nucléaires au delà de 40 ans semble inévitable au vue des chiffres et des arguments énoncés par la Cour des comptes, à moins de réaliser des investissements colossaux tout en baissant drastiquement la consommation d’électricité.
Explications :
« La durée de fonctionnement de chaque centrale fait l’objet d’un examen décennal par l’Autorité de sureté nucléaire (ASN) qui précise les conditions d’une éventuelle autorisation de poursuivre l’exploitation. Actuellement, seuls deux réacteurs des centrales du Triscastin et de Fessenheim ont reçu une autorisation de fonctionnement jusqu’à 40 ans, sous réserve de la réalisation de travaux significatifs pour en améliorer la sécurité. »
« Toutefois, comptablement, les centrales d’EDF sont amorties sur 40 ans depuis 2003. Or, la durée de vie des centrales a un impact significatif sur le coût de production réel en permettant d’amortir les investissements sur un plus grand nombre d’années. D’autre part, elle repousse dans le temps les dépenses de démantèlement et le besoin d’investissement dans de nouvelles installations de production. »
La Cour constate que d’ici une dizaine d’années (fin 2020), « 22 réacteurs sur 58 atteindront leur quarantième année de fonctionnement ». Par conséquent, « dans l’hypothèse d’une durée de vie de 40 ans et d’un maintien de la production électronucléaire à son niveau actuel, il faudrait construire 11 EPR d’ici la fin de 2022, ce qui paraît très peu probable, voire impossible, y compris pour des considérations industrielles. »
Cela signifie qu’il est fait l’hypothèse soit d’une durée au-delà de 40 ans, comme semble l’indiquer la « programmation pluriannuelle des investissements » (PPI) de production d’électricité pour la période 2009-2012, qui « privilégie un scénario central de prolongation au-delà de 40 ans du parc nucléaire », soit d’une évolution du mix énergétique vers d’autres sources d’énergie, sans que ces orientations stratégiques n’aient fait l’objet d’une décision explicite, connue du grand public, alors qu’elles nécessitent des actions de court terme et des investissements importants.
« Des investissements importants sont à prévoir à court/moyen terme avec des conséquences significatives sur le coût de production global. »
Ainsi, le prolongement de l’autorisation de fonctionnement jusqu’à 40 ans, la prise en compte des conséquences des évaluations de sûreté faites à la suite de Fukushima (rapport de l’ASN) et le maintien du taux de disponibilité des centrales à un niveau acceptable (entre 80 et 85 %) nécessitent un doublement du rythme actuel d’investissement de maintenance, ce qui représente une augmentation d’environ + 10 % du coût complet économique de production (CCE).
Par ailleurs, si les centrales actuelles étaient remplacées par des EPR dont le coût de construction (au moins 5 Md€ pour un EPR « de série ») sera très sensiblement supérieur à celui des centrales actuelles, et dans l’hypothèse d’une durée de vie des centrales actuelles de 50 ans, cela supposerait un investissement de 55 Md€ (11 EPR) dans les 20 ans qui viennent.
La Cdc présente également une conclusion sans exclure pour autant des évolutions possibles :
De nombreux facteurs peuvent avoir des conséquences sur le montant des dépenses futures en matière de production électronucléaire, même dans l’hypothèse du maintien du niveau de la production actuelle.
La durée de fonctionnement des centrales est un élément déterminant. Le scénario industriel implicitement retenu aujourd’hui, sans aucune assurance sur son acceptation par l’ASN, est celui d’un prolongement au-delà de 40 ans de la durée de fonctionnement des réacteurs, les capacités de production de substitution rendues nécessaires par un scénario à 40 ans n’ayant pas été lancées ni même programmées.
Dans l’hypothèse d’une durée de fonctionnement étendue jusqu’à 50 ans, d’un point de vue uniquement financier, des investissements massifs sont nécessaires pour prolonger la durée de fonctionnement des centrales, construire les EPR qui sont censés prendre la place des réacteurs actuels et développer le programme de la 4ème génération.
Outre les incertitudes sur les difficultés techniques et l’acceptabilité de la 4ème génération, son coût est actuellement inconnu. « Seul celui de la réalisation de l’APD d’ASTRID, qui reste un outil d’expérimentation et n’a pas de dimension industrielle, est aujourd’hui chiffré à 650 M€ » reconnaît la Cdc.
Pour elle, il deviendrait plus prudent de travailler à « des solutions alternatives, au cas où l’hypothèse de la 4ème génération ne se révèlerait pas réalisable à grande échelle, notamment en intégrant une variante prévoyant le stockage des combustibles usés dans le projet de stockage géologique profond actuellement à l’étude. »
Cela permettrait notamment de chiffrer avec plus de précision la provision pour gestion des combustibles usés qui repose déjà sur cette hypothèse.