Monsanto, lobbying et infiltration


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Créé le mardi 7 février 2012 15:30

Écrit par Thibault Lemont

Son réseau dans les administrations est une des armes majeures utilisée par Monsanto, non seulement dans sa stratégie de contrôle de l’information mais aussi dans la gestion des situations de crises. Monsanto bénéficie de nombreux appuis aux seins des diverses agences étatiques de Washington, notamment grâce au système du « pantouflage », aussi connu sous le nom de « chaises musicales » ou « revolving doors ». Ce terme de pantouflage est utilisé pour décrire la carrière de certaines personnes qui échangent un poste de régulateur public (fonctionnaires ou experts) pour rejoindre un poste au sein du secteur privé, dans le domaine dont elles avaient la charge dans la sphère publique et vice versa.

Ce phénomène pose indéniablement un problème de conflit d’intérêt et de partialité dans l’exercice des fonctions du régulateur, surtout si celui-ci obtient l’assurance tacite d’un futur poste grassement rémunéré en échange de sa coopération avec le secteur privé.

Monsanto possède des alliés hauts placés au sein de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA), de la Food and Drug Administration (FDA) ou encore du ministère de l’agriculture (USDA). Le phénomène de chaises musicales entre la firme et les bureaux de Washington est particulièrement inquiétant et n’est pas un phénomène nouveau. Il semble relever d’une stratégie dûment planifiée par Monsanto. En effet, Monsanto a développé ces pratiques à partir des années 80, sous les administrations républicaines de Ronald Reagan et de Georges Bush, sans pour autant laisser les démocrates de côté. Ainsi, Michael Kantor, chef de campagne de Bill Clinton, fut un personnage influent dans le milieu des biotechnologies lorsqu’il était secrétaire d’État au Commerce pour le camp démocrate. Après la fin du mandat de Clinton, il deviendra membre du Conseil d’administration de Monsanto.

Aujourd’hui encore, Georges W. Bush perpétue cette tradition de liens étroits entre agrobusiness et administration. Richard Crowder a été nommé en décembre 2005 comme chef des négociations pour le Commerce Agricole (Trade Representative Chief Agricultural Negotiator). Or, durant les trois années précédents sa nomination, il était au poste de direction d’un groupe de lobbying agricole appelé The American Seed Trade Association, représentant les grands groupes agro-industriels américains. De 1994 à 1999, il était vice président de DEKALB Genetics Corporation, une corporation agricole spécialisée dans l’agriculture transgénique, rachetée depuis par le groupe Monsanto. Enfin de 1989 à 1992, il était sous-secrétaire au Ministère de l’agriculture USDA.

Un autre cas éloquent est celui de Donald Rumsfeld, ancien membre du comité directeur de Searle Pharmacy, firme qui fut acheté par Monsanto pour devenir sa filiale pharmaceutique.

Ces vingt dernières années, les cas des chaises tournantes entre la FDA et Monsanto sont particulièrement troublant, surtout lorsqu’il s’agit de l’homologation de technologies radicalement nouvelles comme les hormones transgéniques ou les organismes génétiquement modifiés.

LE CAS DE M. BARROSO:

Avant même l’entrée en scène officielle de sa future équipe qui vient d’être auditionnée, le président de la Commission Européenne doit déjà faire face à une polémique qui a émergée ces dernières semaines et qui risque de grossir. Une affaire qui pourrait bien embarrasser José Manuel Barroso, alors même que les prétendants aux différents postes de commissaire européen doivent ce mardi faire l’objet d’un vote de confiance au Parlement de Strasbourg, avant que les candidatures ne puissent d’être entérinées par le Conseil Européen des chefs d’États et de gouvernements des 27 États membres.

Ainsi, dans une lettre datée du 21 janvier 2010, quatre organisations non gouvernementales (Corporate Europe Observatory, Amis de la Terre, Lobbycontrol et Testbiotech) demandent à M. Barroso de s’expliquer sur le cas de l’ancienne directrice du Panel Scientifique sur les Organismes Génétiquement Modifiés au sein de l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (AESA, EFSA en anglais). Cet organe officiel de l’Union Européenne joue notamment un rôle central dans l’évaluation des risques liés aux plantes transgéniques ainsi que dans la gestion de ses applications. C’est sur ses avis que la Commission, le Parlement et les États membres de l’Union Européenne appuient leurs décisions d’autoriser ou non une semence issue de l’outil biotechnologique.

« PORTES TOURNANTES » : ATTENTION LES DOIGTS…

Le cas de Suzy Renckens remet en tout cas au goût du jour les critiques dont l’AESA fait régulièrement l’objet mais aussi illustre le phénomène des « portes tournantes » dans lesquelles José Manuel Barroso – qui a réussi presque miraculeusement à se maintenir à la tête de la Commission de Bruxelles – pourrait bien s’y coincer les doigts.Il espère éviter cette situation en comptant notamment sur le Maltais John Dalli, pressenti comme étant le futur commissaire à la Santé et à la Protection des consommateurs. A l’occasion de ses auditions par les députés européens la semaine dernière, il a souligné l’importance de « l’indépendance » des experts scientifiques et des agences en charge du dossier. Il a également promis de se pencher sur la question de l’étiquetage des produits utilisant des OGM. Quant au Roumain Dacian Ciolos, pressenti pour être le prochain commissaire à l’agriculture, il pourrait être l’autre personnage clé dans le dossier des OGM alimentaires. Il a estimé que « l’avis des scientifiques » était « très important » (…) Mais il faut aussi voir si les producteurs arrivent à convaincre les consommateurs », a-t-il déclaré la semaine dernière au Parlement Européen. Les prochaines semaines pourront permettre de se faire une meilleure idée sur la gestion du dossier OGM de la Commission Européenne et de la tournure que pourrait prendre le cas de Suzy Renckens. A ce jour, le cas le plus fameux de « portes tournantes » est celui de Michael R. Taylor qui aux États-Unis occupe actuellement le poste de directeur de la section sécurité alimentaire de la FDA (Food and Drug Administration). Entre 1978 et 1998, il y avait déjà travaillé notamment comme juriste, pour ensuite devenir avocat au sein d’un cabinet dont le plus gros client était… Monsanto, pour finalement rejoindre la firme de 1998 à 2001. Il serait d’ailleurs sinon le rédacteur, du moins le grand inspirateur de la réglementation OGM des États-Unis qui reconnaît noir sur blanc l’équivalence en substance des plantes transgéniques aux plantes naturelles. Aujourd’hui, son rôle est notamment de légiférer sur ces questions au sein de la FDA. Il est vrai que Monsanto est reconnu par ses détracteurs comme étant le champion incontesté des « portes tournantes » dans le monde…

1,4 MILLIONS DE DOLLARS EN UN TRIMESTRE: LE LOBBYING COUTE CHER A MONSANTO !

Selon un rapport divulgué récemment, Monsanto aurait dépensé 1,4 millions de dollars au cours du premier trimestre 2011 pour ses activités de lobby auprès du gouvernement fédéral américain.

C’est beaucoup moins que les 2,5 millions de dollars dépensés un an plus tôt, mais en très légère baisse par rapport au 1,5 million de dollars que la firme a dépensés au cours des trois derniers mois de 2010. Toujours selon ce même rapport, le plus gros semencier du monde a fait pression sur le Congrès et le Département américain de l’Agriculture (USDA) sur les règlements qui pourraient affecter la distribution des cultures génétiquement modifiées comme le soja Roundup Ready et la luzerne Alfalfa. La société a également fait pression sur le Congrès et l’USDA sur les questions entourant la consolidation et la loi antitrust dans le secteur agricole. L’année dernière, l’USDA a lancé un effort conjoint avec le ministère américain de la Justice pour examiner la conformité des entreprises alimentaires avec la loi anti-trust américaine, et Monsanto a été sérieusement mise en cause. La société a également fait pression sur le représentant américain au Commerce et le Département d’État sur les questions entourant la réglementation étrangère et le commerce des semences biotechnologiques.

Ce puissant lobby porte ses fruits puisque la justice américaine ne parle plus de poursuite à l’encontre de Monsanto pour l’application de la loi anti-trust et les récentes révélations de wikileaks ont prouvé que le gouvernement américain reste, via ses ambassades, un fervent défenseur des intérêts de la firme à travers le monde.

 

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