http://www.viva.presse.fr/Amiante-le-verdict-de-Turin_16564.html
Le verdict du tribunal de Turin a suscité nombre de réactions en France. Les associations, syndicats et les Mutuelles de France, solidaires des victimes italiennes, ont fait savoir leur satisfaction devant ce jugement qui prend la pleine mesure des responsabilités et prend en compte les dégâts considérables, à la fois humains et environnementaux, causés par l’extraction et la production d’amiante en Italie, notamment dans le Piémont.
Si le site de Casale-Monferrato, le plus touché, a en effet fermé en 1986 et si l’amiante est interdit en Italie depuis 1992 (soit cinq ans avant la France), les conséquences sanitaires et environnementales y sont toujours très prégnantes.
L’association des victimes de Casale rapporte qu’une cinquantaine de décès, consécutifs à l’exposition à la fibre mortelle, sont encore enregistrés, chaque année, rien que sur cette commune et ses environs.
Un contraste insupportable entre la France et l’Italie
Que la justice s’active aussi en France ! C’est ce que réclament désormais, les associations de victimes françaises. Pour l’Association des accidentés de la vie (www.fnath.org) : “ce premier procès pénal de l’amiante doit convaincre les pouvoirs publics et les politiques de la fin d’une époque. Une époque où la criminalité industrielle et environnementale de masse n’était pas considérée comme un trouble à l’ordre public.”
L’association dit ainsi attendre “la démonstration que l ’État, le ministre de la Justice et le parquet s’inspirent de cet exemple italien pour que les victimes de l’amiante et leurs familles ne soient pas toutes décédées ou trop âgées pour que leurs plaintes, déposées il y a plus de 15 ans, aboutissent enfin à un procès pénal de l’amiante en France.”
L’ Association nationale des victimes de l’amiante (Andeva) relève que “cette condamnation est une première mondiale”.
“Elle résonne comme un avertissement pour tous ceux qui font passer le profit avant la santé des salariés et comme un encouragement à continuer la lutte pour la justice (…)” » analyse l’association française des victimes de l’amiante. “Le contraste entre la situation en France et en Italie n’est que plus insupportable” », estime l’Andeva qui prévient : “Les victimes françaises n’accepteront jamais que tant de souffrances et tant de morts restent impunis. En France comme en Italie, les empoisonneurs doivent être jugés”.
La Confédération générale du travail (Cgt) estime quant à elle dans un communiqué que “ce jugement contre la multinationale Eternit marque un tournant judiciaire dans l’histoire mondiale des procès contre les industriels de l’amiante. Il condamne la stratégie mise en œuvre par les firmes multinationales qui ont organisé une désinformation délibérée des effets sanitaires de l’amiante, à l’échelle mondiale, ayant conduit à la catastrophe que l’on sait”.
Le syndicat français estime également que “ce qui a été possible en Italie doit l’être en France” et rappelle que l’amiante n’est interdit que dans un tiers des pays de la planète.
La Fmf réclame aussi justice
La Fédération des Mutuelles de France a elle aussi, dans un communiqué, donné son analyse et rappelé son soutien aux victimes, en France comme en Italie ou partout dans le monde. “Ce jugement est historique et a valeur d’exemple, estime la Fmf. Il nous encourage à poursuivre notre action, aux côtés de beaucoup d’autres, pour que le procès pénal de l’amiante s’ouvre enfin en France, en Europe et dans tous les pays où les industriels n’ont rien fait pour empêcher la catastrophe de l’air empoisonné par les fibres d’amiante”.
Les Mutuelles de France poursuivent : “Au moment où les enjeux de société sont posés dans le débat présidentiel – dont la question de l’indépendance de la justice –, ce jugement nous renforce dans notre détermination à obtenir que les procédures judiciaires aboutissent. Depuis seize ans, les veuves de Dunkerque attendent que les responsables du drame qui a tué leurs maris soient jugés. Avec elles et avec toutes les victimes, les Mutuelles de France continueront, comme elles l’ont fait inlassablement depuis des années, à réclamer justice. C’est la meilleure façon d’empêcher que de telles catastrophes sanitaires et sociales se reproduisent”.
[16.02.12] Anne-Marie Boulet
Nos précédents :
Amiante : l’exemplaire procès de Turin fera-t-il enfin bouger les choses en France ?
Amiante : les ex-dirigeants d’Eternit condamnés à 16 ans de prison au procès de Turin
Les deux dirigeants condamnés iront en appel
“Totalement incompréhensible”. C’est ainsi que l’un des avocats de Stephan Schmidheiny, l’un des deux dirigeants d’Eternit, a qualifié le verdict rendu lundi après-midi à Turin par le tribunal de la capitale du Piémont avant d’annoncer que les deux hommes feront appel.
Rappelons que le milliardaire Stephan Schmidheiny, ex-propriétaire d’Eternit Suisse et l’un des principaux actionnaires du groupe entre 1976 et 1986, et le baron belge Jean-Louis Marie de Cartier de Marchienne, actionnaire et dirigeant de la filiale italienne d’Eternit au début des années 1970, répondaient aux principaux chefs d’inculpation de “catastrophe environnementale criminelle” et “omission volontaire des mesures anti-catastrophes”. Ils ont été jugés responsables et condamnés à seize ans d’emprisonnement chacun. Condamnés également à payer les frais de justice et à verser d’importantes indemnités aux parties civiles.