NOUVELLE REFORME DE TRAVAIL EN ESPAGNE
Le gouvernement espagnol vient de voter une nouvelle réforme du travail :
c’est la réforme la plus agressive depuis la création du Statut des
Travailleurs (en 1980). C’est une réforme qui bafoue la négociation
collective, qui encourage le licenciement libre et gratuit et qui donne
tous les droits aux patrons qui voudront, à l’avenir, licencier, baisser
les salaires, changer les horaires, etc.
Rappelons que le chômage touche 5 millions de travailleurs en Espagne
(soit 23% de la population), que ce taux est de 50% parmi les moins de 34
ans. Le gouvernement de Mariano Rajoy a même eu le culot de déclarer que
cette réforme ne favorisera pas la création d’emploi en un premier temps
et que le chômage risque d’augmenter encore dans les premiers mois. Le
projet de développer à nouveau le secteur immobilier pour créer de
nouveaux emplois, en construisant des bâtiments en bord de mer est
envisagé comme une issue à la crise, alors que c’est ce même secteur qui a
poussé l’Espagne vers le gouffre, sans parler des ravages écologiques que
cela entraînera.
Voici, d’après le syndicat Solidaridad Obrera, quelques clés pour
comprendre cette réforme :
Le licenciement :
Les indemnités de licenciement abusif sont réduites de 45 à 33 jours par
année travaillée.
La plupart des licenciements ne seront plus considérés comme « abusifs ».
L’absentéisme pourra être envisagé comme motif de licenciement.
Le licenciement collectif -permis par la loi lorsque les entreprises
font appel à des raisons d’ordre économique, technique, organisationnel-
aura une indemnité de 20 jours par année travaillé et pourra être appliqué
si une entreprise déclare une baisse de son revenu pendant trois mois
consécutifs, même si elle obtient toujours des bénéfices.
Les organismes et entités du public qui ne seraient pas productifs
pourront adopter des mesurer pour licencier et que le licenciement soit
considéré comme légal. De ce fait, les licenciements dans le public
deviennent plus faciles, puisqu’il ne suffira que d’une « insuffisance dans
le budget » pendant neuf mois consécutifs, comme raison majeure pour
procéder ainsi.
Les contrats :
Un nouveau type de CDI est créé : l’entreprise recevra 3 000 euros de
prime si elle embauche un jeune de moins de 30 ans. La période d’essai est
d’un an : pendant ce temps, le licenciement est libre et gratuit.
Le salaire de ce travailleur sera composé d’un 25% de l’allocation
chômage et du reste, payé par l’entreprise.
À partir du 31 décembre, il ne sera pas possible d’enchaîner des CDD qui
dépassent les 24 mois chacun.
Le CDI ordinaire disparaît et seul reste celui qui favorise les emplois
stables.
L’âge maximum pour accéder à un contrat de formation et apprentissage
est de 30 ans. Une fois que le taux de chômage aura atteint un 15% (à
présent il est à 23%), l’âge maximum descendra à 25.
Les négociations
Le délai maximum d’une négociation collective sera de deux ans. Après,
tous les droits acquis seront supprimés et il faudra négocier à nouveau.
Les entreprises ayant des difficultés pourront ne pas respecter les
négociations.
Baisse des salaires et flexibilité
La baisse des salaires, justifiée par des raisons économiques,
techniques, organisationnelles ou productives est autorisée.
Les travailleurs ne seront plus classifiés par catégories mais par des
« groupes professionnels », ce qui permettra qu’ un travailleur soit obligé
d’exercer différentes fonctions et différents postes au sein d’une même
entreprise.
De la même manière, les patrons pourront modifier les journées et les
horaires de travail, ainsi que le lieu de travail des travailleurs.
Les démarches administratives pour réduire la journée de travail ou
suspendre un contrat seront simplifiées, voire éliminées dans certains
cas.
Congés maladie et prestations
La collaboration entre les entreprises et les mutuelles se voit
renforcée, afin d’évaluer sur l’incapacité temporelle des travailleurs.
Les employés qui recevront des indemnités chômage devront réaliser des
missions d’ordre général au profit de la communauté.
Un compte qui compilera toute l’information reçue par le travailleur, au
long de sa vie active, sera crée.