L’éducation doit-elle être la même pour un garçon ou une petite fille ? Telle est la question posée ce mardi 21 à l’occasion du Café débat, organisé au centre social de La Houssière, espace Célestin-Freinet. La Ville propose plusieurs rendez-vous autour de l’éducation filles/garçons. De quoi s’interroger sur ses pratiques et mesurer le poids des représentations toujours en place dans la société. « J’ai un fils, mais je pense que si un jour j’ai une fille je l’éduquerai de la même façon, avec la même tendresse et la même sévérité quand c’est nécessaire, assure Jérôme, jeune père qui dépose son enfant chez nounou. Concernant les jouets, mon fils a bien sûr plutôt des jouets de garçon à la maison. Mais aussi des poupées et une poussette… Mais elle est bleue, parce que rose ça faisait vraiment trop… fille. »
Et voilà, même avec la meilleure volonté du monde, il est bien difficile d’échapper aux clichés concernant le genre de ses enfants. Les assistantes maternelles de l’association Amac, réunies en activités au centre Georges-Déziré, notent pourtant qu’au fil des années, les mentalités évoluent, mais elles entendent encore des remarques comme : « vous allez me le transformer en fille… » de la part de parents qui « tiquent » en découvrant leur fiston en train de jouer avec une poupée.
Le conditionnement est puissant et personne n’y échappe vraiment. Il n’y a qu’à observer quelques instants les catalogues de jouets à l’approche de Noël. Si l’offre concernant les 0/3 ans est présentée de façon plutôt indifférenciée, c’est tout autre chose pour les âges suivants. D’un côté un environnement bleu avec jeux de construction, panoplies de guerriers et voitures télécommandées. De l’autre, ambiance rose avec tout le matériel miniaturisé pour reconstituer un foyer, de belles poupées à coiffer et de quoi effectuer bijoux et parfums. Et ces représentations existent de la même façon dans le monde des jeux vidéo, preuve que la modernité n’efface pas ces schémas. « Les éditeurs ciblent des marchés et donc ce qu’ils considèrent être les attentes du public, note Laurent Tremel sociologue, auteur d’ouvrages sur les jeux et chargé de conservation au musée de l’éducation. On continue de flatter l’ego des utilisateurs en leur proposant de devenir des chefs d’États, des guerriers ou des footballeurs et les personnages féminins sont des faire-valoir sexy qu’il faut sauver le plus souvent. Quant aux filles, on leur propose de prendre soin d’animaux, d’être baby sitter, ou créatrice de mode… »
Mais est-il souhaitable de gommer les différences entre les deux sexes ? s’interroge le sociologue Laurent Tremel. Ce dernier mise plutôt sur l’éducation encore et toujours : « L’école, la culture générale, la confrontation aux grandes œuvres cinématographiques et littéraires, sont les mieux à même de permettre aux enfants et aux jeunes de décoder leur environnement social, et donc d’ouvrir les yeux sur des discriminations et les combattre. »
Afin de réfléchir à ces questions et de débattre de ces représentations, la Ville met en place plusieurs temps d’échanges autour de l’éducation. « Il s’agit avant tout de se questionner sur l’intérêt ou non d’élever les filles et les garçons différemment et aussi sur le modèle parental qu’on offre aux enfants, au sein de son propre foyer », précise Géraldine Ronceray qui interviendra au nom du Centre d’information sur les droits des femmes et des familles (CIDFF). Parallèlement, une formation va être dispensée aux directeurs et coordinateurs des Animalins sur ces questions d’éducation et de genre afin de les sensibiliser au sujet dans le cadre de leur pratique professionnelle.
• Filles/garçons : la même éducation ? Café débat, mardi 21 février, à 14 heures, au centre social de La Houssière, espace Célestin-Freinet, avenue Ambroise-Croizat. Plus d’infos au 02 32 95 17 40Cafés des parents dans les écoles de la ville du 16 au 30 mars.