” Territoires ruraux, territoires d’avenir” c’est le titre du rapport d’évaluation présenté ce matin à la commission de développement durable par mes collègues Jérôme Bignon et Germinal Peiro. Ils ont réalisé un formidable travail parlementaire alternant auditions et visites de terrain que retracent les 800 pages de leur rapport. Dans un monde de plus en plus urbanisé, les territoires ruraux constituent une richesse essentielle de notre pays : foncier, patrimoine, culture, mais aussi savoir-faire et intelligences locales. L’image du monde rural change, un regain démographique qui ne se dément pas depuis les années quatre-vingt-dix et avec la montée en puissance des valeurs environnementales. De nouvelles populations rurales sont issues d’un transfert en provenance des villes. La sociologie du milieu rural s’en trouve profondément affectée. Ces tendances lourdes je les ressens bien dans le territoire que je représente, aussi bien dans la vallée de la Seine , autour de l’agglomération rouennaise ou de l’agglomération havraise, mais également dans la vallée de l’Austreberthe et dans la vallée du Cailly. Force est de constater le sentiment largement répandu d’abandon du monde rural : réorganisation des services publics et au public, raréfaction de l’offre de soins, enclavement des territoires, retard dans l’équipement en communications électriques, inquiétudes sur l’avenir de la politique agricole commune (PAC), désindustrialisation, logements insalubres ou inadaptés… Le rapport présenté ce matin est sans concession. Il tente de dresser un état des lieux et avance plusieurs recommandations. J’ai apprécié ce travail de qualité. Plusieurs sujets abordés me tiennent particulièrement à cœur. Face par exemple aux problèmes croissants de démographie médicale, la question de l’accès aux soins apparaît comme la première attente des habitants des territoires ruraux. Les rapporteurs ont fait le constat que l’exercice de la médecine de façon isolée n’était plus adapté aux conditions prévalant dans les territoires ruraux. L’exercice pluridisciplinaire et le regroupement des professionnels de santé doit être recherché. Autre sujet d’actualité, le rapport recommande une action forte pour la préservation du foncier, pour lutter contre l’artificialisation des terres. Mais il évoque également des thèmes rarement traités quand on parle du rural. Comme par exemple le tourisme.
Les espaces ruraux français disposent d’un potentiel touristique très riche. Le constat généralement établi montre que 80% de la population fréquente de façon touristique 20% seulement du territoire ( littoral, montagne, stations touristiques classées …), alors que 70% du territoire national est rural. Il s’en suit une saturation des zones touristiques, avec des conséquences négatives en terme de développement durable, et une paupérisation des territoires ruraux environnants. Il faut s’intéresser aux arrière-pays ruraux. Autres sujets abordés dans ce rapport : dans le monde rural, les communications électroniques sont devenues des services de première nécessité tant pour les habitants que pour les entreprises; le maintien d’une desserte de transports de qualité représente un enjeu prioritaire; enfin le parc de logements en milieu rural est plus vétuste, largement individuel et plus inconfortable qu’en milieu urbain. La question du logement me paraît essentiel. 70% des ménages en zone rurale sont des propriétaires occupants. Les travaux attendus peuvent être incompatibles avec les revenus de ces propriétaires. On constate par ailleurs un déficit de logements sociaux locatifs (7% contre 20% en milieu urbain). Il faudra maintenant être attentif aux suites données à ce rapport. Il serait dommage qu’il prenne la poussière dans un placard. Les recommandations de nos deux rapporteurs méritent une traduction législative ou des décisions politiques fortes.