L’Amiral Bruguière se saborde

Jacques Marie Bourget

http://www.bakchich.info/societe/2011/12/23/lamiral-bruguiere-se-saborde-59880

L’ancien magistrat antiterroriste vole au secours de Total lors du procès en appel de la catastrophe d’AZF.

Et voilà que tel le barde d’Astérix qu’il est impossible de faire taire, le juge Bruguière que l’on a pourtant beaucoup trop vu, revient à la surface. Ne voilà-t-il pas qu’il s’en vient apporter de l’essence au moulin de Total en venant témoigner lors du procès en appel de l’affaire AZF à Toulouse. Objectif, démontrer que la firme pétrochimique était exemplaire et que c’est Ben Laden qui a fait sauter l’usine. Et circulez, il n’y a plus rien à voir… C’est épatant ce culot de Bruguière, lui qui vient d’être pris la main dans le sac pour avoir étouffée une pièce importante dans l’instruction de l’attentat de Karachi. Allez, Jean-Louis, baisse la tête t’auras l’air d’un coureur !

Mais revenons au dossier. Le 14 mai 2010, l’avocat Daniel Soulez-Larivière demande à Jean-Louis Bruguière de formuler son avis  sur l’instruction qui a suivi l’explosion de l’usine AZF de Toulouse, le 21 septembre 2001. Dans cette affaire, le jugement  rendu le 18 novembre 2009, explique l’explosion par un accident chimique. Si Soulez sonne à la porte de Bruguière c’est qu’il a formé un recours afin d’obtenir des indemnisations pour ses clients qui, à la suite de l’accident, ont été « gardés à vue et mis en examen dans une enquête émaillée de fautes graves, ce qui leur a porté préjudice ». Pour être clair l’avocat demande, à celui qui a quitté la magistrature, pour échouer aux élections législatives sous les couleurs de l’UMP, d’écrire que le travail d’enquête des policiers et des collègues magistrats est du sabotage.

Dans son rapport de 26 pages « l’expert » Bruguière ne se lasse pas de cogner  sur tout ces gens de justices qui n’ont pas la chance d’être aussi infaillibles que lui. Sur AZF Bruguière, en grand amateur de Tristan Tzara, donc de blagues, fait parler la poudre, à la simple lecture du dossier. Très vite le juge donne le la : bien sûr que c’est ce Jandoubi,  musulman dans cette usine de Grande Paroisse, qui a fait sauter les tas d’azote. Bruguière le jure, ce désigné kamikaze post mortem a agit sous les ordres du Tabligh, de très méchants barbus qui traînent à Toulouse. Faute de preuves, Jean-Louis jure et crache que si ses collègues n’ont pas débusqué la main de Ben Laden, c’est qu’ils sont sous influence ou nuls, ou les deux. Le pauvre commissaire Malon, qui a conduit l’enquête, rêvera tout sa vie de devenir un jour aussi sublime que Bruguière. Quant aux magistrats, qui ont cherché à comprendre l’origine de la tragédie, en lisant le « rapport Bruguière » on comprend que leur compétence égale celle du petit juge d’Outreau.

Ce « rapport », dont on espère qu’il a été rémunérer à son juste prix, est accablant pour son auteur, juge auto désigné pour se constituer en tribunal de ses pairs, une première dans le droit peint en tricolore. Personne, hélas, ne commandera jamais d’audits sur les instructions naguère conduites par Bruguière. Nous avons évoqué le fâcheux oubli de l’autopsie du kamikaze de Karachi (non communiquée au juge d’instruction). Mais d’autres bavures judiciaires  resteront de joli cactus jalonnant les annales. Celui, par exemple, de l’affaire Chalabi, où cinquante inculpés ont quitté le palais de justice avec les excuses du tribunal. La bonne nouvelle reste celle-ci, Bruguière n’est plus juge, mais parti… et partie.

ven, 23/12/2011

Articles créés 1543

Articles similaires

Commencez à saisir votre recherche ci-dessus et pressez Entrée pour rechercher. ESC pour annuler.

Retour en haut