Amiante : “Les coupables doivent être punis”

http://www.viva.presse.fr/Amiante-Les-coupables-doivent-etre_16666.html

Avocate du barreau de Paris, Sylvie Topaloff défend les victimes de l’amiante.

Y aura-t-il, un jour, un procès de l’amiante en France ?
Les premières plaintes ont été déposées en 1996, mais, hélas, le procès pénal est loin d’être à l’horizon. Pourtant, depuis le départ, on a toutes les preuves.
Certes, il y a des difficultés objectives. Les maladies se déclarent trente ans après l’exposition. On se retrouve donc à enquêter sur des situations anciennes avec des prévenus qui sont âgés aujourd’hui et des interactions entre la faute commise par les industriels et la carence des pouvoirs publics qui ont tardé à réagir. Par ailleurs, il faut des expertises pour déterminer les liens de causalité, c’est très compliqué.
Néanmoins, l’Italie l’a fait, et un procès pénal exemplaire a eu lieu à Turin, à la suite duquel deux ex-Pdg d’Eternit ont été condamnés à seize ans de prison ferme [voir Amiante : les ex-dirigeants d’Eternit condamnés à 16 ans de prison au procès de Turin ]. En France, tout se passe comme si la tragédie de l’amiante n’avait pas existé, alors que, chaque année, 2000 personnes en meurent. Il faut que les coupables soient punis.

N’a-t-on pas donné la priorité à l’indemnisation des victimes ?
Grâce à leur combat, les travailleurs de l’amiante ont pu obtenir une indemnisation décente par rapport à ce qui se pratiquait avant, mais elle ne peut pas remplacer les sanctions. Il faut que les fautifs paient. Pour l’heure, l’indemnisation des victimes ne leur coûte rien, puisqu’elle est prise sur des fonds publics.
Les anciens dirigeants d’Eternit peuvent couler une retraite tranquille, c’est l’impunité complète. C’est très bien d’indemniser les gens, mais ça dilue les responsabilités et ça fait taire les victimes. Or, elles ne demandent pas seulement une compensation financière, elles veulent que les responsables de leur préjudice soient condamnés, qu’ils soient reconnus coupables.
La justice doit faire son travail. Cela fait seize ans qu’on attend.

Le pôle de santé publique, créé en 2002, vous aide-t-il ?
On a fondé beaucoup d’espoir sur lui au début, car il permettait de regrouper les procédures disséminées dans toute la France, mais depuis dix ans qu’il existe, rien n’a avancé.
La juge d’instruction, Marie-Odile Bertolla-Geoffroy, manque cruellement de moyens face à l’ampleur de la tâche. Les scandales de santé publique sont des domaines complexes à appréhender, ils nécessitent des enquêteurs ayant des compétences particulières pour faire des investigations correctes. C’est un travail de fourmi, il faut consulter des centaines de dossiers, ça prend du temps.
Il faudrait une volonté politique pour que cela change et que l’on soit plus actif dans le soutien aux victimes. Au lieu de ça, le Fonds d’indemnisation des victimes de l’amiante réclame à quelque 300 familles le remboursement des 5 000 à 15 000 euros d’indemnités qu’elles auraient indûment perçues. C’est inacceptable. Ces indemnités ont été acquises à juste titre, on ne peut pas revenir dessus. Les gens les ont dépensées, ce sont des personnes modestes. Qu’est-ce qu’on va faire, leur saisir leur retraite ?

 

[01.03.12]   Brigitte Bègue

Les autres articles du dossier :
La double peine des victimes de scandales sanitaires
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