Comme beaucoup de Français, je suis déçu par la campagne électorale. Le débat
électoral passe à côté du sujet, s’éloignant chaque jour des problèmes de la
France et s’égarant dans des polémiques qui ne durent pas plus d’une journée.
Aujourd’hui, les préoccupations des Français pourraient se résumer ainsi : un
emploi – un toit – un avenir pour nos enfants.
La réponse politique à ces questions
ne peut malheureusement pas être traitée par un coup de baguette magique mais
renvoit à 3 enjeux : la mondialisation, les comptes
publics et l’Europe.
Nos gouvernants, responsables face à la mondialisation
Depuis 30 ans, les seuls discours sur la mondialisation, de gauche
comme de droite, ont été » protecteurs « .
L’état est sensé nous protéger contre
la mondialisation destructrice d’emplois et source de tous nos maux.
Mais c’est
oublier que le chômage existait bien avant la mondialisation (de l’ordre de
10% dans les années 80). C’est aussi oublier que des pays plus ouverts à la
mondialisation de niveaux de vie ou de coût du travail équivalents aux nôtres
(comme l’Allemagne, la Suisse ou les Pays Bas) ont su tirer des bénéfices de
la mondialisation.
Ce rôle protecteur de l’Etat est grossièrement mis en scène
par nos hommes politiques qui, au gré de l’actualité de quelques entreprises
en difficultés, font figure de sauveurs. Mais ces actions symboliques constituent
des doubles mensonges. Elles induisent en erreur les Français sur le rôle de
l’Etat. Et laissent croire que sa protection est productive, alors qu’elle demeure
parfaitement inefficace sur les chiffres du chômage.
Comme l’a déclaré au Havre, le député
Charles de Courson, le temps de l’action politique ne se situe pas dans le court
terme, mais sur le long terme, en créant les conditions favorables au développement
économique, à travers des actions portant notamment sur la recherche, la compétitivité, l’éducation-formation,
la législation sociale, les infrastructures, l’Europe.
Aussi, je n’attends pas
de notre gouvernement qu’il nous protège, mais je compte sur lui pour qu’il
prenne à temps les mesures qui nous permettront de nous adapter à
la mondialisation. Là est la responsabilité de nos gouvernants.
Nos gouvernants, garants de l’équilibre budgétaire.
L’accumulation des déficits budgétaires annuels depuis 30 ans nous
place au bord du gouffre. Pour des raisons différentes, nous nous trouvons dans
la même situation que le Canada ou la Suède au début des années 90, que l’Italie,
l’Espagne, la Grande-Bretagne, l’Irlande en 2009.
Pour nous, l’exemple européen
à suivre n’est pas l’Allemagne mais l’Italie. En effet l’Italie prend depuis
quelques mois des mesures courageuses et acceptées par le peuple italien. Or,
que font les différents candidats, très diserts et imaginatifs sur les projets
de nouvelles taxes et impôts ?
Aucun d’entre eux ne nous explique les efforts
nécessaires sur la réduction des dépenses publiques. Aucun d’entre eux ne s’aventure
sur ce terrain qui leur ferait perdre des voix.
Tous savent pourtant que s’ils
ne redressent pas la situation budgétaire, les marchés financiers imposeront (par le biais des taux d’intérêt) des mesures d’économie que La France, pays
ô combien politique, supportera mal.
Nos gouvernants, acteurs de l’Europe
Relancer
la construction européenne pour peser dans la mondialisation est indispensable.
Comme est indispensable la convergence des politiques économiques et sociales des pays européens qui partagent une même monnaie (€).
La seule perspective pour ces pays c’est
la construction d’une Europe fédérale.
Il est incroyable de penser que l’idée
européenne recule dans l’opinion, alors que la mondialisation se développe,
que les nouvelles techniques d’information et communication rapprochent les hommes comme si le Monde devenait un village et que de nouveaux pôles économiques émergent
à l’autre bout du monde. Actuellement, les Français considèrent que l’Europe
est inefficace – ce n’est pas faux sur certains aspects- mais la réponse n’est pas dans le repli
sur soi : elle est dans la poursuite de la construction européenne.
La désorganisation, l’autre mal français
Parallèlement à ces trois enjeux, la France souffre d’un mal profond : la désorganisation.
Les Français sont travailleurs mais leur travail est trop souvent gâché par
des défauts structurels d’organisation.
Nous vivons dans un pays sur-administré,
trop centralisé, avec un Etat qui cède trop facilement à des intérêts corporatifs
ou à des intérêts locaux au détriment de l’intérêt général. C’est confortable
sur le court terme. C’est pénalisant sur le long terme.
Quelques réformes permettraient de fluidifier
l’ensemble et de supprimer des carcans qui nous étouffent :
Il
faut réduire le nombre de collectivités : est-il nécessaire d’avoir
tant de niveaux de collectivités, depuis la commune jusqu’au conseil régionaux
en passant par les conseils généraux et les communautés d’agglomération ? Nos
territoires ne seraient-ils pas mieux gérés s’ils se débarrassaient enfin de
ces strates superposées, de ces mille-feuilles administratifs ?- Il
faut fermer (ou remplacer en hôpital de soins de suite) les
petits hôpitaux pour renforcer les plus importants. La médecine hospitalière
exige des moyens humains et matériels importants qui nécessitent une concentration
des équipements. - Il faut rapprocher l’enseignement
primaire et secondaire des réalités locales. Davantage d’autonomie
et moins de centralisme responsabiliseraient les établissements, sans qu’il
s’agisse pour autant de remettre en cause le travail des enseignants ni le caractère
national des programmes.
L’Education est un des piliers de la république. C’est à travers l’Education que les jeunes issus de l’immigration peuvent s’intégrer, que la promotion sociale peut s’exercer, que notre économie trouvera sa matière grise pour ses innovations. Un système éducatif en panne et c’est toute la société qui est malade et les plus fragiles qui trinquent.
Pourquoi la France dépense-t-elle plus dans l’enseignement
(primaire et secondaire) que ses voisins européens, alors que ses résultats
sont médiocres ?
Une partie de la réponse se trouve dans l’organisation. Je
pourrais citer de nombreux autres exemples
La France n’a plus les moyens…
Aujourd’hui,
le constat est clair : la France vit au-dessus de ses moyens. Elle n’a plus
les moyens de continuer à fonctionner avec ces insuffisances.
Et tous les candidats
à l’élection présidentielle, à commencer par les deux leaders, en sont conscients.
Mais du haut de leurs discours et de leurs QG, ils considèrent, comme leurs
aînés l’ont fait depuis 30 ans, que les Français ne sont pas prêts à entendre
des paroles de vérité. Ils estiment que renoncer à la démagogie, au clivage
artificiel sur des sujets factices comme l’abattage des bovins, ne leur permettrait
pas de dégager une majorité en leur faveur.
Pourtant, 15 et 20% (estimation
personnelle) de l’électorat ont conscience des difficultés de la France, ils
sont prêts à faire des efforts (récemment les Suisses ont refusé par référendum
les deux semaines de congé supplémentaire proposées…) et souhaiteraient que
les candidats fassent enfin preuve de courage, n’esquivent pas le débat et présentent
leurs propositions pour nous adapter à la mondialisation, réduire enfin les
déficits budgétaires, résoudre notre manque d’organisation et relancer l’Europe. Ses 15 à 20% sont le socle électoral surlequel s’aggregera une majorité pour permettre le redressement de la France
Force est de constater que, même si je ne partage pas la stratégie politique
de François Bayrou, il reste le seul candidat à porter ces idées et ces préoccupations.
Plus son score sera élevé au 1er tour, plus cette politique sera prise en compte.
C’est pourquoi, je voterai François Bayrou