
On ne parle pas de sélections nationales, mais d’élections
présidentielles. La semaine dernière, le Sénégal a concrétisé une occasion. Les
militaires mutins maliens de Bamako finiront-ils par marquer contre leur camp
?
La semaine dernière fut riche en émotions politiques dans le cadre de
l’ancienne AOF. En effet, après un début de match difficile, les Lions de la
Terenga ont fini par envoyer à la retraite leur coach qui malgré les mauvais
résultats de son équipe et de sa méthode tentait de s’accrocher à son poste
pour un règne qui aura même duré bien plus longtemps que l’interminable mandat
de Raymond Domenech.
Mais s’il n’a pas profité de sa défaite qui sonna le glas de sa carrière à
la tête de l’équipe nationale pour faire une demande en mariage, Abdoulaye Wade
a fini par accepter le verdict du terrain, reconnaître sa défaite et souhaiter
bonne chance à son successeur. Ce dernier, Macky Sall, aura donc la lourde
tâche de restaurer un collectif sénégalais digne de ce nom qui, il faut bien le
dire, partait en sucette depuis quelques saisons. Le récent fiasco de l’équipe
nationale, de football cette fois, à la dernière CAN qui eut lieu dans les
pétromonarchies d’Afrique centrale reflétait-il l’incertitude vécue par les
citoyens ? En tous cas, l’espoir footballistique déçu des Lions de la
Teranga n’a pas auguré de l’échec de l’alternance, le peuple ayant finalement
éliminé le Vieux de la compétition politique.
En ce qui concerne les Aigles du Mali, c’est l’inverse. Lors de la CAN 2012,
l’équipe nationale obtint une méritoire et honorable 3ème place. Mais sur le
terrain politique, ce fut la douche froide. Alors qu’au contraire de son voisin
et collègue, le coach avait déclaré qu’il ne postulerait pas à sa propre
succession, un quarteron de sous-officiers prit les rênes de la fédération,
pardon de la République montrant une fébrilité qui n’augure pas d’une sérénité
parfaite notamment face à un adversaire réputé plus modeste, mais qui cause de
gros ennuis aux marges de la compétition, pardon aux frontières du pays,
notamment contre les adversaire qui jouent en bleu des pieds à la tête, le
Touareg FC.
SI Amadou Toumani Touré avait pris la sage décision de finir son contrat et
de partir tranquillement comme stipulé par les clauses constitutionnelles, il a
été limogé par la junte comme un vulgaire entraîneur historique du PSG par un
gang d’émirs qataris. Le public sera-t-il reconnaissant à la junte ? Rien
n’est moins sûr. Car si les Sénégalais jouent en première division démocratique
depuis toujours, les Maliens ne sont pas un club de quatrième division dans le
domaine. Il faut espérer que les ressources démocratiques non feintes et
réelles du peuple malien sauront ressurgir et redonner au pays sa place en
première division démocratique et même sur le podium.
Car Maliens et Sénégalais sont des peuples dignes, patients et éclairés. Le
message des putschistes qui tente de convaincre qu’il faille un nouveau fond de
jeu, soit une nouvelle constitution, semble être contredit par la méthode
employée. Les mutins (et pas ceux de Knysna) annoncent à qui veut les entendre
que la junte « affirme solennellement sa détermination de perpétuer un
état de droit et de démocratie pluraliste dans lequel les droits fondamentaux
de l’Homme sont garantis ». Premier manquement : les droits de
l’homme politique malien n’ont pas été garantis puisqu’une douzaine s’est
retrouvée non sur le banc mais dans des vestiaires fermés à double tour. A peu
près aussi absurde que la volonté de Laurent Blanc de faire jouer plus de
Blancs pour relever le niveau.
Mais ne soyons pas si inquiets car le peuple malien, comme le peuple
sénégalais, a des ressources démocratiques bien ancrées qui lui permettront de
redresser la tête et de coller un bon coup de boule à ceux qui confisquent la
démocratie.
Le mot de la fin au travailliste britannique Clement Atlee que tout bon
démocrate ou apprenti démocrate devrait graver dans le marbre de sa
mémoire : « La démocratie n’est pas simplement la loi de la
majorité, c’est la loi de la majorité respectant comme il convient le droit des
minorités. »
Et ceci aussi de Dakar à Bamako…