Alain Keler expose à la Bibliothèque universitaire et à Créapolis jusqu’au 14 avril.
Le Havre – J’ai rendez-vous avec Alain Keler pour une interview au sujet de la magnifique exposition « Vents d’Est, les minorités dans l’ex-monde communiste » qui se tient à la Bibliothèque Universitaire. Je me sens fébrile, dans une envie de perfection. J’ai hâte de partir à la rencontre de ses images dont les quelques reproductions du dossier de presse m’ont donné l’eau à la bouche ; j’ai hâte de m’entretenir avec l’homme pour évoquer avec lui ce qu’est le photojournalisme aujourd’hui, « une époque où l’image dans la presse a été sacrifiée à l’autel de l’économie financière ». Mais il me le dira plus tard : « Une nouvelle génération est née. Passionnée, elle s’engage avec ferveur, va jusqu’au bout de ses envies ». Et des magazines récents donnent de nouveau la part belle à leur boulot. Ouf !
Vite, il faut que je passe à la rédaction chercher l’appareil photo. Arrivée dans les lieux, je m’aperçois que le Reflex a disparu, ma collègue probablement partie avec. Pendant quelques secondes, je la déteste. Je m’empare du seul appareil dispo, le numérique de base avec lequel je ne me suis pas encore familiarisée. Je déteste çà : partir en reportage avec un appareil photo inconnu. Bon, je fais confiance à ma capacité d’improvisation.
L’iPhone contre le ridicule
L’entretien avec Alain Keler se révèle passionnant et s’étire un peu dans le temps. Arrive tout de même l’instant où je me dois de prendre l’invité en photo. De nouveau, je me sens fébrile. Ai-je raison ? C’est la honte qui s’emparera bien vite de moi quand, au moment de capturer l’image, j’ai juste le temps de voir l’icône de la batterie m’indiquer qu’elle est vide. Et là, plus rien, rideau. L’appareil s’éteint. « Doris, je te hais ! ». Sourire d’Alain Keler qui me tend son iPhone. C’est ce formidable outil, il me l’avait confié précédemment, qui le réconcilie aujourd’hui avec le numérique. Il publie d’ailleurs ses images « dernière génération » sur son blog (http://alain-keler.tumblr.com).
Je vois là comme une invitation à partager son engouement, moi, qui me sens me dissoudre dans le ridicule. Mais je le découvre encore, le ridicule ne tue pas. Et mon seul et unique portrait d’Alain Keler est donc un portrait à l’I-Phone.
Alain Keler expose à la Bibliothèque universitaire et à Créapolis jusqu’au 14 avril.