
Samedi, une marche a rappelé qu’au cœur des débats, on oublie d’évoquer un sujet principal : l’humain.
Rappel des faits : le foyer Aftam Brindeau sis dans le quartier de l’Eure compte 288 chambres occupées par des migrants; des personnes pour la plupart retraitées, qui sont venues travailler en France à une période où le pays manquait de main-d’œuvre, au moment de la reconstruction : « Des personnes qui ont passé toute leur vie en France et qui pour certaines cumulent médailles et distinctions pour services rendus à la nation, indique Claude Hénon de l’Asheti, l’une des associations qui, aux côtés d’AC! et de la Ligue des Droits de l’homme soutient le collectif. « Ils ont cotisé et acquis des droits au même titre que tous les Français et vivent paisiblement au sein du foyer Brindeau dans le contexte d’une communauté qui fait office de famille pour ces célibataires expatriés de longue date ».
Plus un foyer
Ce foyer appartenant à Immobilière Basse-Seine est géré par l’Aftam (association d’aide et d’accompagnement social pour l’hébergement) avec des subventions de la Ville du Havre et du Conseil Régional. Il est aujourd’hui au cœur d’un projet de restructuration ayant pour objectif de transformer le foyer en résidence sociale. « Voilà qui pose problème, continue Claude Hénon. En effet, en devenant résidence sociale, on change totalement l’affectation du foyer qui accueillera désormais toutes les personnes en souffrance sociale, de l’ado fugueur à la femme battue ». En ôtant la fonction de « foyer », on ampute considérablement le confort moral des résidents : « Ce sont des gens qui ont déjà un passé de déraciné ; en outre, ils sont âgés, ils ont besoin de soins ». Comme tous les retraités, ils doivent être protégés.
Contre-projet moins cher
La Ville met en exergue « la vétusté du foyer datant des années 1970 ne répondant plus aux normes de sécurité, des équipements obsolètes et des conditions de vie qu’elles jugent inacceptables » pour justifier la destruction du foyer. « Ce projet de destruction – reconstruction coûtera aux alentours de 8 millions d’euros, indique la porte-parole de l’Asheti. Frédéric Denise, architecte du quartier a proposé un contre-projet de réhabilitation du lieu existant pour un montant de 6 millions d’euros ».
Dans un pays en crise qui devrait être soucieux de la possibilité de faire quelques économies, voilà 2 millions de moins qui devraient être les bienvenus. « Mais voilà, démolition et réhabilitation ne donnent pas droit aux mêmes subventions. Tout ceci est complètement incohérent ».
DLM-T
Chronique d’une destruction annoncée
Les résidents ne sont pas opposés de principe à la destruction : « En effet, si le gestionnaire peut justifier cette destruction par des expertises, ils peuvent l’entendre. Mais en dépit des nombreuses demandes de notre avocat, Maître Mary, nous ne pouvons obtenir les documents d’expertises ». Claude Hénon évoque également « des raisons ubuesques invoquées par le gestionnaire pour justifier cette destruction : le bâtiment serait trop haut ou trop ceci ou trop cela ».
Le sous-préfet « horrifié »
Lors d’une visite surprise, le sous-préfet aurait été, selon les associations, horrifié par les conditions de vie des résidents. « Et il avait des raisons de l’être ! Depuis 2005, aucune amélioration n’a été réalisée par le bailleur, tout étant laissé à l’abandon. Voilà qui ne justifie par pour autant l’éradication des lieux. Il suffit de réhabiliter puis d’entretenir ».
Que veulent les résidents ?
« Une vraie concertation qui tiendrait compte de leurs désirs. Certes, on propose de les reloger dans des HLM mais en réalité on leur propose surtout d’être « bringuebalés » à droite à gauche, de faire éclater un cercle social communautaire qui gêne et qui est pour ces gens plein de repères vitaux ». Claude Hénon va plus loin. « Ces déplacements massifs ne pourront être supportés par certains résidents… »