Penser global, agir local. Suivant cette formule désormais connue, les Assises du développement durable se sont penchées, mercredi 4 avril, sur les moyens à mettre en œuvre, sur le terrain, pour préserver les équilibres écologiques, économiques et sociaux. Matrice du développement durable, ce triptyque "environnement, économie, solidarité" tente d’infléchir les règles qui régissent l’ordre du monde depuis plus de cinquante ans.
Une entreprise difficile qui exige l’adoption de nouveaux principes planétaires, mais qui n’exclut pas, pour autant, de faire aussi évoluer les comportements à l’échelle des collectivités locales.
C’est ce qui explique la multiplication des agendas 21 locaux : "Le terme d’agenda évoque ce qu’il faut faire, l’idée de programme, et le chiffre 21 renvoie au XXIe siècle", a expliqué Julia Poulain, chargée de mission à la Ville de Saint-Etienne-du-Rouvray. Car la Ville est, depuis quelques mois, engagée dans une démarche d’agenda 21 qui, après plusieurs étapes de diagnostics et de concertation, doit déboucher en 2013 sur un programme d’actions concrètes.
À l’image de ce qui a été fait à Grand-Couronne : "Il est nécessaire d’avoir une démarche au plus près de la population, a insisté Patrice Dupray, le maire de Grand-Couronne, venu présenter le processus suivi depuis 2003 dans sa commune. Il faut aussi considérer qu’un agenda 21 n’est pas seulement un livre qu’on édite, mais un document vivant qui doit évoluer. Enfin, il ne faut pas que le développement durable soit un supplément d’âme, il faut qu’il fasse partie intégrante de tous nos projets." Autant de rappels importants pour les élus, les personnels municipaux et les habitants de Saint-Étienne-du-Rouvray, qui se lancent aujourd’hui dans la démarche.
Ce qui ne veut pas dire que, jusqu’à présent, rien n’a été fait, a souligné Ludovic Arnold, responsable des bâtiments et moyens généraux : "Les agents municipaux sont déjà mobilisés et des actions relevant du développement durable ont déjà été mises en place par les services".
En témoigne l’évolution des pratiques au service des espaces verts : selon les principes d’une gestion dite "raisonnée", les équipes de jardiniers pratiquent un entretien différencié des espaces, en fonction de leur emplacement, de leur niveau de fréquentation ou encore de leur rôle dans le paysage. "Les enjeux de cette gestion sont à la fois environnementaux, puisqu’on limite l’utilisation de produits phytosanitaires et le recours à l’eau, et économiques puisqu’on maîtrise les coûts et qu’on optimise les moyens humains, a expliqué Déborah Lefrançois, de la direction de l’urbanisme et du paysage. Ils sont aussi culturels, avec une mise en valeur de l’identité du paysage de la ville, et sociaux, puisqu’on améliore le cadre de vie." Le choix des essences, la question de la récupération des eaux pluviales et de la valorisation des déchets sont autant de questionnements qui se sont déjà imposés aux membres du service des espaces verts.
Selon le triptyque du développement durable, c’est aussi dans les domaines sociaux et
économiques que de nouvelles préoccupations sont apparues dans la ville. À commencer par celle de l’accessibilité de la cité, y compris aux personnes handicapées. Un vaste diagnostic a été réalisé et des actions prioritaires identifiées pour aménager les rues les plus fréquentées. Manquent cependant des moyens pour que la ville soit intégralement praticable par tous, "il faudrait une enveloppe de 8 millions d’euros HT", a annoncé Ludovic Lefort, responsable de la voirie. Or si l’État prescrit à juste titre ces aménagements, la prise en charge financière revient aux collectivités.
Au-delà des cheminements, les handicaps sont pris en compte dans l’offre municipale de services : "Nous voulons aller au-delà des obligations réglementaires d’accessibilité, a expliqué Anne-Claire Charlet, responsable du service solidarité. Nous voulons que l’offre sportive, culturelle et de loisirs soit accessible à tous, sans qu’on ait besoin d’avoir une offre réservée aux personnes handicapées." C’est ainsi qu’à la piscine ou à l’espace Georges-Déziré, en plus des infrastructures, des efforts sont faits pour former les professeurs à l’accueil des personnes handicapées.
À l’intersection des dimensions économique et sociale, l’introduction de clauses d’insertion dans les marchés publics a permis ces dernières années à la Ville de se doter d’un "outil de développement durable", utile à double titre : il permet à des personnes au chômage de "recoller au monde du travail", pour reprendre les termes de Serge Soares, le directeur de la Maison de l’information pour l’emploi et la formation (Mief) ; mais il vise aussi à rappeler aux entreprises leurs responsabilités sociales à l’égard du territoire sur lequel elles interviennent. Un outil utile, mais pas suffisant : "Il faut qu’on puisse aussi parler d’emploi durable, de formation tout au long de la vie, sans rupture, a ainsi martelé Serge Soares. Quand les personnes gagneront leur argent, alors elles pourront penser au développement durable."
Consciente que le développement durable doit prendre en compte les inégalités criantes qui marquent la société, la Ville "ne veut justement pas renvoyer le développement durable à la seule responsabilité individuelle, a précisé Joachim Moyse, premier adjoint au maire. Il s’agit avant tout de développer des actions collectives". C’est dans cet esprit que l’agenda 21 municipal va s’écrire.
Isabelle Friedmann
• À suivre : le compte-rendu des débats sur l’énergie et le transport.