Journal des Assises : 4 avril. Question d’énergie

Générateur d’émissions de gaz à effet de serre, notre modèle énergétique est sur la sellette. Pour son impact environnemental, mais aussi pour des raisons d’économie et de justice sociale. Centrale, l’énergie a bien évidemment été au cœur des questions posées par les Assises du développement durable. Un ménage sur cinq serait aujourd’hui en situation de précarité énergétique. Soit qu’il consacre plus de 10 % de son budget pour se chauffer, soit qu’il subit le froid. Ce qui conduit à des situations parfois dramatiques, auxquelles les services sociaux essaient de trouver des réponses. "De plus en plus de familles ont des difficultés à régler leurs factures d’énergie", s’alarme Anne-Claire Charlet, responsable du service solidarité de la mairie. Revenus trop faibles, logements mal isolés, coûts de l’énergie… les causes sont nombreuses. Et souvent se cumulent. Résultat : les demandes d’aides à la facture, soumises au CCAS, ont explosé. "600 familles ont demandé à ce qu’on les aide en 2011, indique Anne-Claire Charlet. Ce chiffre a doublé en cin ans. Pour la Ville, l’aide à la facture représente un budget de 75 000 euros."
Un engagement solidaire que la commune ne peut pas assumer seule. Elle a besoin de partenaires, comme l’a montré la table ronde organisée mercredi dans le cadre des Assises : les travailleurs sociaux de la Ville – et du Conseil général – agissent en relation avec les pôles solidarité des deux fournisseurs historiques d’énergie, que sont EDF et GDF-Suez, contrairement à leurs concurrents que les services sociaux de la Ville n’arrivent jamais à joindre. "On aidera les clients qui se font connaître des services sociaux", garantit ainsi Catherine Prilleux, correspondante solidarité de GDF-Suez. "Notre objectif est d’éviter les coupures", reprend en écho Laurence Bizet, son homologue à EDF. Les deux entreprises disposent de moyens pour échelonner des dettes ou pratiquer des tarifs spécifiques, qu’ils appliquent aux "clients démunis" que les services sociaux leur adressent.
La présentation des différentes mesures proposées par les deux opérateurs a suscité de vives réactions dans le public : "L’énergie n’est pas une marchandise, c’est un service qu’on doit au public pour le bien être", a ainsi lancé un professeur, ulcéré que certains de ses élèves, "privés d’électricité", ne puissent pas faire leurs devoirs. "L’énergie est un droit fondamental, nous prônons l’interdiction des coupures", a de son côté plaidé Christine Boulier, présidente de l’association Droit à l’énergie. Membre de la Confédération nationale du logement, Roger Mercado a soutenu cette revendication, "pour empêcher les familles de tomber dans la misère énergétique".
Libéralisation du marché de l’électricité ou reconnaissance d’un droit à l’énergie, la question posée par ce débat est éminemment politique… "Il y a des services de première nécessité dont la nation pourrait se ressaisir, au nom de la solidarité nationale", a ainsi estimé Hubert Wulfranc, le maire de Saint-Etienne-du-Rouvray.
Question de service public, de volonté politique, d’action collective… si l’enjeu dépasse les frontières communales, il a malgré tout sa place dans les débats locaux. Et les collectivités, qui remunicipalisent de plus en plus le service de l’eau, cherchent aussi des solutions aux problèmes énergétiques.
Des pistes intéressantes ont ainsi été ébauchées lors des Assises. La mise en service en décembre 2009 d’une chaudière à bois pour chauffer 4 000 logements du Château Blanc constitue une solution d’avenir. Pour réduire à la fois les pollutions – « On est passé de 6 000 à 600 tonnes d’émission de CO2 », a expliqué Julien Coquelet, chef d’exploitation Idex – et les factures des locataires, qui ont diminué de 20 à 40 % selon les bailleurs sociaux. Ce gain, dont a aussi profité la Ville qui utilise la chaufferie à bois pour une partie de ses équipements publics, devrait se pérenniser, car "les variations du prix du bois étant modérées, les charges des locataires vont se stabiliser, a jugé Cédric Lefebvre, directeur du patrimoine Habitat 76. Et, sur la durée, les gains seront croissants."
Pas autant cependant que les bénéfices attendus par la commune de Montdidier, invitée aux Assises pour partager son expérience : ville pilote en maîtrise de l’énergie, elle multiplie depuis 2004 les investissements pour augmenter son autonomie énergétique et passer à l’ère de l’énergie durable. "Pourquoi le vent picard ne reviendrait-il pas aux Picards ?", a lancé Benjamin Sauval, chargé de maîtrise de l’énergie de Montdidier, pour justifier le vaste programme d’équipement éolien dont cette commune de 6 500 habitants s’est dotée en 2008. Une première à cette échelle. Sans compter que la municipalité ne s’est pas contentée de faire du vent ! Elle a aussi, parallèlement, renforcé l’isolation thermique des bâtiments publics et encourager les particuliers à en faire autant. Elle a aussi mis en place un réseau de chaleur bois, installé des panneaux photovoltaïques pour développer le solaire et, enfin, lancé une étude pour créer une unité de méthanisation pour une production éventuelle de biogaz à partir de la décomposition des déchets ! C’est donc une politique globale de révolution énergétique que la petite commune picarde a entrepris. Grâce notamment à sa régie : héritée de l’après-guerre, celle-ci est un outil essentiel à la création d’un service municipal de l’électricité. Un choix de service public énergique.

Isabelle Friedmann

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