Journal des Assises : 4 avril. Nouveau départ pour les transports

Avec pour objectif de placer "les transports sur une voie durable", les Assises se sont achevées, mercredi 4 avril au soir, par des échanges sur l’avenir des déplacements : à pied, à cheval, à vélo, en bus, en train… Comment, dans un monde menacé de réchauffement climatique, rendre les transports à la fois plus écologiques et plus économes, tout en restant pratiques ? "En plaçant les citoyens au cœur des réflexions, a immédiatement tranché Jean-Michel Bodin, vice-président de la Région Centre. Car les gens sont enfermés dans des contingences de transports, dans des systèmes hyper contraints et chers, dont il faut les libérer."
"Il faut que les transports soient avant tout pratiques pour les usagers, a renchéri, Noël Levillain, vice-président de la Région Haute-Normandie. Il faut considérer le temps de transport de chacun, entre le départ de son domicile et l’arrivée à l’atelier, pour être capable de proposer une réponse adaptée aux besoins." Chargés des transports, ces deux élus, invités des Assises du développement durable, cherchent à faire franchir à l’organisation des transports en commun, dans leur région respective, une nouvelle étape : celle de l’intermodalité.
Car après avoir enrayé le repli des transports en commun, les Régions qui ont hérité de cette compétence en 2000 doivent imaginer de nouvelles solutions pour rendre plus attractive leur offre : le train seul ne suffit pas, la coexistence de lignes de bus départementales et communales crée la confusion… "Quand on arrive à construire des projets ensemble, à plusieurs, on crée des synergies, on donne de la lisibilité au dispositif et on obtient une plus grande efficacité", a ainsi expliqué Jean-Michel Bodin. Si dans sa région, l’analyse des besoins a conduit le Conseil régional à doubler l’offre de transport en trois ans, ce qui a permis de multiplier par trois le nombre d’usagers, il s’agit maintenant d’être plus inventif pour progresser encore : "Il faut sortir des sentiers battus, a lancé l’élu. Avec la participation des citoyens, il faut avoir une approche globale pour faire fonctionner tous les moyens de transport ensemble, bus, vélo, train…" C’est une des solutions, aujourd’hui, pour lutter efficacement contre le tout voiture.
Autre piste, très alléchante, la gratuité des transports, mise en place dans la communauté d’agglomération d’Aubagne, semble y avoir créé un cercle vertueux. En faisant le pari de la gratuité totale de tous les transports en commun (11lignes régulières, 8 lignes scolaires et un dispositif de transport à la demande), la collectivité a obtenu des résultats à la hauteur de ses ambitions : 160 % d’augmentation de fréquentation, depuis mai 2009, voire même 200 % pour les lignes intra muros à Aubagne. "Il y a eu un vrai engouement, et ça ne cesse d’augmenter, a jugé Antoine Di Ciaccio, vice-président chargé des finances à l’agglomération du pays d’Aubagne et de l’Etoile. Et grâce à cet engouement, les lignes sont optimisées, si bien que le réseau est devenu plus rentable."
Financée grâce à une augmentation du versement transport – une taxe payée par les entreprises de plus de 9 salariés – cette politique de la gratuité n’aura pas coûté un centime au contribuable. Elle permet en revanche aux jeunes et aux femmes des quartiers, notamment, de se déplacer plus librement. Quant aux commerçants du centre-ville, ils disent voir revenir, les jours de marché, des clients des quartiers plus excentrés.
Cette expérience, unique par son ampleur (gratuité totale sur tout le réseau), ouvre de nouveaux horizons pour le développement des transports en commun et leur utilisation citoyenne. Encore faut-il que des choix politiques permettent d’ouvrir cette voie durable, qui allégera le porte-monnaie des citoyens et l’air que nous respirons tous.

Isabelle Friedmann

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